‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 164 sur 254 · I.IVRE vni, OllAP. IV. fW · texte numérisé non relu

I.IVRE vni, OllAP. IV. fW

que J’étais e.xlmnement surpris de ce que j’enlendals, médit : Je vois bien , Santillane , je vois bien ce qui t’étonne. Il te semble fort étrange que Je préfère mon neveu au duc d’Uzèdc, mon propre fils. Mais apprends que ce dernier a le génie trof» borné pour occuper ma place, et que d'ailleurs je suis son ennemi. Il a trouvé le secret de plaire au roi , qui en veut faire son favori ; et c'est ce que Je ne puis souffrir. La faveur d’un souverain ressemble à la possession d’une femme qu’on adore; c’est un bonheur dont on est si Jaloux qu’on ne peut se résoudre à le partager avec un rival, quelque uni qu’on soit avec lui par le sang ou par l’amitié. .

Je te montre ici, continua-t-il, le fond de mon cœur. J’ai déjà tenté de détruire le duc d’Uzède dans l’esprit du roi; et, comme Je n’ai pu en venir à bout. J’ai di-essé une autre batterie. Je veux que le comte de Lemos, de son cdté, s'insinue dans les bonnes grâces du prince d’Espagne. Étant gentilhomme do sa chambre, il a occasion de lui parlera toute heure; et, outre qu'il a de l’esprit, je sais un moyen sûr de le faire réussir dans cette entreprise. Parce stratagème, j’opposerai mon neveu à mon (ils. Je feiai nailre entre ces cousins une division qui les obligera tous deux à rechercher mou appui, et le besoin qu’ils auront de moi me les rendra soumis l’un et l’autre. Voilà quel est mon projet, ajouta-t-il ; ton entremise ne m’y sera pas inutile. C’est toi que J'enverrai secrètement au comte de Lemos, et qui me rapporteras de sa part tout ce qu’il aura à me faire savoir *.

' Ce plan du duc d« I.ernie, qai veut s«ci>i6er md IU< et lui oppeier «oii neren, «e vient pas de l’invcDtion de l'auteur du roman : c'est nu fait historique et géncrelemenl connu. Voici cc qu'en dit I'//ii(qiVs untvertelU imprimée en Hollande ttomc XXIX, in-4*) î

c On convient généralement que le dne de Lenae te distingult pies par sa pra-

> dcnce consommée que par la capacité de son génie. Ce fut par li qu'il reodit son

> ministère pacifique et durable, et ce fut néanmoins ce qui fut à la fin canie de sa

> disgrAce. Il s'aperçut bien que le comte d'Dièdc, son fils, avait moins de capacité » que lui ; mais ce fils avait les manières et la politesse de k cour : la dne forma

> donc In dessein d'en taire son raccessenr dans la faveur du roi. Son bot était que

> ton fih gouvernât k cour; ponr le cabinet, il jeta les yeux sur le «Mate de Lemos, » fils de sa seenr, qui avait de grands tolciiis; mais, comme le duc lui-méno a'éUii » pas pressé de qniuer le ministère, U plaça le comte de Lemet anprèt da priaco

> d'Espague, afin qu'il pût voir le soleil levant et s'élever avec lai. le oomle réussit,

> et gagna l'amitié de son jeune maître sa pins haut peiaL La préveyanee du duc

> alla plus loin eocote t il cbokH pow eoafessenr de rei le père Look d'Alk|% re-

m BUA8. .

Après cëtte ixMafidencn,-quc je. regardai comme de l'argopt «Omptant , je n’eus plus d'inquiétude, lüntin , disais-je, me voici sous la .eoirttière ; une pluie d’or va tomber sur moi. Il est impossible que le confident d’un homme qui gouverne la monarchie d'Espagne ne soit pas bientôt comblé de richesses. Plein d'tme si douce espérance, je voyais d'un œil indifl'ércut ma pauvre boiu-se tirer à sa fin.

, CBAP. V, — Où l'on verra Gil Blas comble de joie, dTionnenr et de misère.'

On s'aperçut bienlôt à la cour de l'affection que le ministre avait pour moi. 11 affecta d’en donner des marques publiquement en me chargeant de son portefeuille, qu’il avait coutume de porter lui-même lorsqu’il allait au conseil.. Cette nouveauté, me faisant regarder comme un petit favori, excita l’envie de plusieurs personnes , et fut cause que je reçus de l'eau bénite de cour. Mes deux voisins les secrétaires ne furent pas des derniers -à me complimenter sur ma prochaine grandeur, et ils m’invitèrent à souper chez leur veuve, moins par représailles que dans la vue de m’engager à leur rencli e service dans la suite. On me faisait fête de toutes parts. Le fier don Rodrigne même changea de manières avec moi. 11 ne m’appela plus que seigneur de Sanlillane lui qui jusqu’alors ne m'avait traité que de vous , sans jamais se servir du terme de seigneurie. Il m’accablait de civilités, surtout jugeait qne notre patron pouvait le remarquer. Mais je vous assure qu’il n'avait pas affaire à un sot. Je répondis à ses honnêtetés d’autant plus poliment que j’avais plus de haine pour lui-: un vieux courtisan ne s’en serait pas mieux acquitté qne moi.

J’accompagnais aussi le duc mon seigneur lorsqu’il allait chez le roi, et il y allait ordinairement ti'ois fois le jour. Il entrait le -matin dans la chambre de Sa Majesté loi-squ’elle était éveillée. Il se mettait à genoux au chevet de son lit,

» iigiemx, éo U verla diiqual II avait une baote opinion. Tout le fruit qu'il recueillit tesaoms al de ton babileui, ce fat qne son tils et le confesseur couspiroreut a contre lui, et derlurent tés-plus grands couemis. Le comte d'Uzode ne pouvail.par» > dasper n tom pèM le peu d^cas qirU asait fait de scs talooU et de sa eapacitc, et J» le ceuCesMor coMpUéi qu'il avaii plus h espérer d’un miuislre qui lui dcviail sou a étëvalioii que de celui qui ravait élevé lui-mèwe. »

* Le wm tla SaaLiHaiie a \ ceiui ville et d’une ancienue Umille*

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