‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 163 sur 254 · I.IVRR VIH, CHAP. III · texte numérisé non relu

I.IVRR VIH, CHAP. III

yeux du seigneur de Calderone. Je le saluai en baissant la tète jusqu'à terre, et lui demandant sa protection dans des termes dont je ne puis me souvenir sans honte, tant ils étaient pleins de soumission. Ma bassesse aurait tourné centre moi dans l’esprit d'un homme qui eût eu moins de fierté. Pour lui, il s’accommoda fort de mes manières rampantes, çt me dit d’un air même assez honnête qu’il ne laisserait échapper aucune occasion de me faire plaisir.

Là-dessus, le remerciant avec de grandes démonstrations de zèle des sentiments favorables qu’il me marquait, je lui vouai un éternel attachement. Ensuite, de peur de l’incommoder, je sortis, en le priant de m’excuser si je l’avais interrompu dans ses importantes occupations. Sitôt que j’eus lait une si indigne démarche, je me retirai plein de confusion, et je gagnai mon bureau, où j’achevai l’ouvrage qu’on m’avait chargé de faire. Le duc ne manqua pas d’y venir dans la ma • tinée. 11 ne fut pas moins content de la fin de mon travail qu’il l’avait été du commencement, et il me dit : Voilà qui est bien. Écris toi-même, le mieiLX quv tu pourras , cette histoire abrégée sur le registre de Catalogne. Après quoi, tu prendras dans le portefeuille un autre mémoire, que lu rédigeras de la même manière. J’eus une assez longue conversation avec Son Excellence, dont l’air doiLX et familier me charmait. Quelle différence il y avait d’elle à Calderone ! C’étaient deux figures bien contrastas, i Je dinai Ce jom-là dans une ajlDerge. où l’on mangeait a juste prix, et je résolus d’y aller tous les jours incoynilo, ■jusqu’à ce que je visse l’efl’et que mes complaisances et mes (Spuplesses pioduiraient. J’avais de l’argent pour trois mois jtout au plus. Je me prescrivis ce temps-là pour travailler aux dépens de qui il appartiendrait, me proposant, les plus com tes folies étant les meilleures, d’abandonner après cela la cornet son clinquant, si je n’en recevais aucun salaire. Je fis donc ainsi mon plan. Je n’épargnai rien pendant deux mois pour pl.tire à Calderone ; mai# il me tint si peu de compte de tout ce que je faisais pour y réussir, que je désespérai d’en venir à bout. Je changeai de conduite à son égard. Je cessai de lui faire la cour ; et je ne m’attachai plus qu’à mettre à profit les moments d’entretien que j’avais avec le duc.

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GÜAP. IV. — GU BliM gagne la faTeurdu tliic de Lerme, {jnl le rend déportlalre tf’an tecrel important.

Quoique monseigneur ne fît, pour ainsi dire, que paraître el disparaître ï mes yeux tous les jours, je ne laissai pas insensiblement de me rendre si a^éablp à Son Excellence, qu'elle me dit une après-dînée : Écoute, Gil Blas , j'aime le caractère de ton esprit , et j'ai de la bienveillance pour toi. Tu es un garçon zélé, fidèle, plein d'intelligence el de discré- Hon. Je ne crois pas mal placer ma confiance en la donnant à un pareil sujet. Je me jetai à ses genoux lorsque j'eus entendu ces paroles; et, après avoir baisé respectueusement une de ses mains qu'il me tendait pour me relever, je lui répondis ; Est-il bien possible que Votre Excellence daigne m'honorer d'une si grande faveur? Que vos bontés vont me faire d'ennemis secrets ! Mais il n’y a qu’un, homme dont je redoute la haine ; c'est don Bodrigue de Calderone.

Tu ne dois rien appréhender de ce côté-là, reprit le duc. Je connais Calderone ; il est attaché à moi depuis son enfance. Je puis dire que se» sentiments sont si conformes aux miens, qu’il chérit tout ce que j'aime comme il hait tout ce qui me déplaît. Au lieu de craindre qu’il n’ait de l’aversion pour toi, tu dois au contraire compter sur son amitié. Je compris par là que le seigneur don Rodrigue était un fin matois; qu'il s'était emparé de l’esprit de Son Excellence, et que je ne pouvais trop garder de mesures avec lui.

Pour commencer, poursuivit le duc, à te mettre en possession de ma confidence, je vais te découvrir un dessein que je médite. Il est nécessaire que tu en sois instruit, pour te bien acquitter des commissions dont je prétends te charger dans la suite. Il y a déjà longtemps que je vois mon autorité généralement respectée, mes décisions aveuglément suivies, et que je dispose à mon gré des charges, des emplois, des gouvernements, des vice-royautés et des bénéfices. Je règne, si j’ose le dire, en Espagne. Je ne puis pousser ma fortune plus loin. Mais je voudrais la mettre à l’abri des tempêtes qui commencent à la Menacer; et, pour cet eflet, je souhaiterais d’avoir pour successeur au ministère le comte de Lemos, mon neveu.

Le ministre, en cet endroit de son discours, remaix|uant

Di. *

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