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bre, à qtrf tu viens de parier, ne t'eu ait lait æcit>ire. Non. nc^, répliqua-t-il, ce n’est point à moi qu’un en donne à gai'* der : j’ai déjà interi-ogë les voisins; et je conclus de tout cc qu’ils m’ont dit que la senora Catalina est telle que vous pouvez la désirer, c’est-à-dire une Danaé chez laquelle il vom sera peruiis d’aller faire le Ju{Mter, à la faveur d’une grêle de pisloies que vous y laisserez tomber.
Tout prévenu que j’étais contre ces sortes de bonnes fortih nés, je me prêtai à celle-là; et, comme la femme de chambre vint dire le joui' suivant à Scipion qu’il ne tiendrait qu’à moi d’être introduit dès ce soir-là même dans la maison de ses maîtresses, je m’y glissai entre onze heum et minuit. La soubrette me reçut sans lumièpe, et me prit par la main pour me conduire dans une salle assez propre, où je trouvai les deux dames galamment habillées et assises sur des caneaux de satin. Aussitôt qu’elles m’aperçurent , elles se levèrent et me saluèrent d’une manière toute giadeuse; je crus voir deux poi-sonnes de qualité. l.a tante, qu'on appelait la senora Meucia, quoique belle encore, n’attirait pas moins mon attention. Il est vrai qu'on ne pouvait regarder que la nièce, qui nte parut une déesse. A l’examiner pourtant à la riguetu', on aurait pu dire que ce n’était pas une beauté parfaite; mais elle avait des grôci*s, avec un air piquant et voluptueux qui ne l^rincttait guère aux yeux des hommes de remai'quer ses défauts.
Aussi sa vue troubla mes sens. J'uubltai que je ne venais là que pour faire l’offlce de procureur; je parlai en mon propre et privé nom, et tins tons les discours d’un homtnc passionné. La petite fllle, i qui je trouvai trois fuis )>lus d’esprit qu’elle n’en avait, tant elle me paraissait aimable, acheva de m’enchanter par ses réponses. Je commençais à ne me plus posséder, lorsque la tante, pour modérer mes ü-ansports, prit la parole, et me dit : Seigneur de Santillane, je vais m’expliquer frandiement avec vous. Sur l’éloge que l’on m’a fait de Votrt Seigneurie , je vous ai permis d’enti-er chez moi , sans atfecter, par des 'façons, de vous faire valoir cette faveui' : mais ne pensez pas i>our cela que vous en soyez plus avancé ; l’ai jusqu’ici élevé ma nièce dans la retraite, et vous êtes, pour ainsi dire, le premier cavalier aux regards de qui je
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m BLAS. .
IVxpost*. Si vous la jugez digne d’èlie votre épouse, Je serai ^•avie qu’elle ait cet honneur : voyez si elle vous convient à ce prix-là; vous ne l’aurez pi)int à uieilleur marche.
Ce coup tiré à bout portant ellaivucha l’.\iuour, qui m’allait décocher une llèche. Pour parler sans métapliore, un mariage pi'oposé si crûment me fit rentrer en moi-même : je redevins tout à coup l’agent fidèle du coude de Lenios; et, changeant de ton, je répondis à la senora Meiicia : Madame, votre franchise me plait, et je veux l’imiter. Quelque figure que je fasse à 1a coui', je ne vaux pas l’incomparable Calalina; j’ai (MMir elle en main un parti plus brillant , je lui destine le prince d'Espagne. 11 suffisait de refuser ma nièce, reprit la tante fi’oideinent : ce refus, ce me semble, était assez désobligeant; il n’était pas nécessaire de l’accompagner d’un trait laillcur. Je ne raille point, madame, m’écriai-je; ricn*n’e;jt plus sérieux : j’ai oixiivi de cliercher une peisonne qui mérite d’être honorée des visiU*s secrètes du prince d’Espagne; je la trouve dans votie maison, je vous marque à la craie '.
La senora Mencia fut fort étonnée d’entendre ces paroles; et je m’aperçus qu’elles ne lui déplurent point. Néanmoins, croyant devoir faire la réservée , elle me répliqua de cette manière : Quand je prendrais au pied de la Icttiv ce que vous me dites, apprenez que je ne suis pas d’un caraCtcie à m’applaudir de l’infàrae honneur de voir ma nièce maitresse
d’un prince. Ma vertu se révolte contre l’idée Que vous
êtes bonne, interrompis-je, avec votre vertu! Vous pensez comme une sotte bom geoise. Vous moquez-vous de considérer a's choses-là dans un point de vue moral? C’est leur ôter tout ce qu’elles ont de beau; il faut les regarder d’un œil chunné. Envisagez l’héritier de la monai'chie aux pieds <Ie l’heurouse Catalina; représentez-vous qu’il l’adore et la comble de présents, et songez enfin qu’il naitra d’elle peut-être un héros qui rendra le nom de sa mère immortel avec le sien.
Quoique la taule ne demandât pas mieux que d’acceptpr ce que je proposais, elle feignit de ne savoir à quoi sc ré-
■ Le miiecbal des lo|;U, les Fourrien de la cour, marquent tiifti le< laBOlMan^ Un rui ci de «a MU le quand H >m «ce. . . i,
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soiidre; et Catalina, qui aurait déjà voulu tenir le prince d’Espagne, aflécla une grande indifférence : ce qui fut cause que Je me mis sur nouveaux frais à presser la place, jusqu’à ce qu’enfm la senora Mencia, me voyant rebuté et prêt à lever le siège, battit la chamade, et nous dressâmes une capitulation qui contenait les deux articles suivants ; Primo, que si le prince d’Espagne, sur le rapport qu’on lui ferait des agréments de Catalina, prenait feu et se déterminait à lui faire une visite nocturne, j’aurais soin d’en informer les dames, comme aussi de la nuit qui serait choisie pour cet elfet. Secundo, que le prince ne pouirait s’introduire chez lesdites dames qu'en galant ordinaire, et accompagné seulement de moi et de son- Mercure en chef.
Après cette convention, la tante et la nièce me firent toutes les amitiés du monde ; elles prirent avec moi un air de familiarité, à la faveur duquel je hasardai quelques accolades qui ne furent pas trop mal reçues; et lorsque nous nous séparâmes, elles m’embrassèrent d’elles-mèmes en me faisant toutes les caresses imaginables. C’est une chose merveilleuse que la facilité avec laquelle il se forme une liaison entre les courtiers de galanterie et les femmes qui ont besoin d’eux. On aurait dit, en me voyant sortir de là si favorisé, que J’eusse été plus heureux que je ne l’étais.
Le comte de Lemos sentit une exti-ème joie quand je lu annonçai que j’avais fait une découverte telle qu’il la pouvait Souhaiter. Je lui parlai de Catalina dans des ternies qui lui donnèrent envie de la voir. Je le menai chez elle la nuit suivante, et il m’avoua que j’avais fort bien rencontré. 11 dit aux dames qu’il ne doutait nullement que le prince d’Espagne ne fût fort.satisfait de la maîtresse que je lui avais choisie , et qu’elle de son côté aurait sujet d’être contente d’nn tel amant; que ce jeune prince était généreux, plein de douceur et de bonté; enfin il les assura que dans quelques jours il le leur amènerait de la façon qu’elles le désii-aient, c'està-dire sans suite et sans bruit. Ce seigneur prit là-dessus congé d’elles, et je me retir ai avec lui. Nous rejoignîmes sou équipage, dans lequel nous étions venus tous deux, et qui nous attendait au bout de la rue. Ensuite il me conduisit à mon hôtel, en me chai-geant d’instruire le lendemain
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5M cit. BiA«. '
oncle <lfc cetfc aventure éhaiicliée, et de le prier de sa part de lui envoyer un millier de pistoles pour la metire à fin.
Je ne manquai pas, le jour suivant, d’alIcT rendre au duc de Lerme un compte exact de tout ce qui s’était passé. Je ne lui cachai qu’une chose. Je ne lui parlai point de S<ûpion; je me donnai pour l’auteur de la découverte de (’atalina : car on se fait honneur de tout auprès des grands.
Je m’attirai par là des compliments à mi-sucre. Monsieur (iil Blas, me dit le ministre d’un air railleur, je suis ravi qu’avec tous vos autri^s talents vous ayez encore celui de déterrer les beautés obligeantes! quand j’en voudmi quelquesunes, vous trouverez bon que je m’adresse à vous. Monseigneur, lui répondis-je sur le même ton, je vous remercie de la préférence; mais votis me permettrez de vous dire que je me ferais un scrupule de procurer ces s<irtes de plaisirs à Votre E.\cellcnce. U y a si longtemps que le seigneur don Hodriguc est eu possession de cet emploi-là, qu’il y aurait de l’injustice à l’cn dépouiller. Le duc sourit do ma réponse; puis, changeant de discoui-s, il me demanda si son neveu u’avait pas besoin d’argent pour cette équipée. Pardonnezmoi, lui dis-je, il vous prie de lui envoyer mille pistoles. Eh bien! reprit le ministre, lu n’as qu’à les lui porter; dis-lui qu’il ne les ménage point, et qu'il applaudisse à toutes les dépenses que le prince sonhaitei a de faire.
C.HAP. XI. — Dp la visilp fppfPtP et iIps presoiU# qup l« prince rt'8s|iagiip lil A Cauliii.'i,
J’allai porter à l’heure même cinq cents doubles pistoles au comte de Lemos. Vous ne pouviez venir plus à propos, me dit ce seigneur. J’ai parlé au prince; il a mordu à la grappe; il brûle d'impatience de voir Cataliaa. Dès la nuit prochaine, il veut se dérober secrètement de son palais pour se rendre chez elle, c’est une chose résolue; nos mesures sont <léjà prises pour cela. Averlissoz-en les dames , et leur donnez l’argent que vous m’apportez ; il est bon de leur faire cnnnaitre que ce n’est point un amant ordinaire qu'elles ont à recevoii-; d’ailleurs, les bienfaits des princes doivent devana>r leure galanteries. Comme vous l’accompagnerez avec moi, poursuivit-il, ayez soin de vous trouver ce soir à son coucher; il faudra de plus que votre carrosse, car je juge à pro-
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pos (Je nous en servir, nous attendit i minuit aux environs (lu palais.
Je me rendis aussitôt chez les dames. Je ne vis point Cala- Hna; on me dit qu’elle reposait. Je ne parlai qu’à la senora Mencia. Madame, lui dis-je,- cxcusez-moi de grâce si je parais dans votre maison pendant le jour; mais je ne puis faire autrement; il faut bien que je vous avertisse que le prince d’Espagne viendra chez vous cette nuit ; et voici, ajoutai-je en lui mettant entre les mains un sac oii étaient les espèct‘s, voici ime offrande qu’U envoie au temple de Cythère pour s’en rendre les divinités favorables. Je ne vous ai pas, comme vous voyez, engagée dans une mauvaise affaire. Je vous en suis redevable, répo,ndit-elle; mais appreneznnoi, seigneur de ^antillane, si le prince aime la musique. 11 l’aime, repris-je, à la folie. Rien ne le divertit tant qu'une belle voix accompagnée d’un luth touché délicatement. Tant mieux! s’écria-t-elle tonte transportée de joie ; vous me chai’mez en me disaiit cela, car ma nièce a un gosier de rossignol et joue du luth à i-avir: elle danse même parfaitement. Vive Dieu! m’écriai-je à mon tour, voilà bien des perfections, ma tante : il n’en faut pas tant à une tille pour (aire fortune; un seul de ces talents lui suffit pour cela.
Ayant ainsi préparé les voies, j'attendis l'hcui-e du coucher du prince. Loi-squ’elle fut arrivée, je donnai mes ordres à mon cocher, et je rejoignis le comte de LeuKiS , qui m^dit que le prince, pour se défaire plus tiH de tout le monde, allait feindre une légère indisposition, et même se mettre au lit pour mieux persuader qu'il était malade; mais qu’il se relèverait une heure après, et gagnerait par une porte secrète un escalier dérebé qui conduisait dans les cours. *
Loi-squ’il m\mt instruit de ce qu’ils avaient concerté tous deux, il me posta dans un endroit par où il m’assm-a qu’ils passeraient. J’y gardai si longtemps le mulet, que je commençai à croire que notre galant avait pris par un autre che> Hiiii ou perdu Tcuvie de voir Cataiina; comme si les princes perdaient ces sortes de fantaisies avant que de les avoir satisfaites ! Enfin j(* m’imaginais qu'on m’avait oublié, quand fi l>artrt deux lH>mraes qui iifi’ahordèrciit. Les ayant reconnus pom- ceux (}ne j’attendais, je les menai à mon cariosse, dans
iet|iiol ils montèrent l’un et l’aiilre; pour moi, je me mis au près du cocher pour lui servir de guide, et je le fis arrêter à cinquante pas do cliez les dames. Je donnai la main au prince d’Espagne et à son compagnon pour les aider à descendre, et nous inarchAmes vers la maison oii nous voulions nous intruduiie. La porte s’ouvrit à notre approche , et se referma dès que nous fûmes entrés.
Nous nous trouvâmes d’abord dans les mêmes ténèbres où ’e m’étais üouvé la première foi^ quoiqu’on eût pourtant par distinction attaché une petite lampe à un mur. La lumière (ju’elle répandait était si sombre, que nous l'apercevions seulement sans en être éclairés. Tout cela ne servait qu’à reudie l’aventure plus agréable à son héros, qui fut vivement frappé de la voie des dames loi-squ’elles le reçurent dans la salle, oit la clarté d’un grand nombre de bougies compensait l’obscurité qui régnait dans la cour. La tante et la nièce étaient dans un déshabillé galant, où il y avait une intelligence de coquetterie qui ne les laissait pas regarder impunément. Notre prince se serait fort bien contenté de la sefiora Mencia, s’il n’eût pas eu à choisir; mais les charmes de la jeune Catalina, comme de raison, eurent la préférence.
Eh bien ! mon piince, lui dit le comte de l.,emos, pouvionsnous vous procurer le plaisir de voir deux personnes plus jolies? Je les trouve toutes deux ravissantes, répondit le prince; et je n'ai garde de remporter d’ici mon cœur, puisqu’il n’échapperait point à la tante, si la nièce le pouvait manquer,
Après un compliment si gracieux pour une tante, il dit mille choses flatteuses à Catalina, qui lui répondit très-spirituellement. Comme il est permis aux honnêtes gens qui 'font le personnage que je faisais dans cette occasion , de se mêler à l'entretien des amants, pourvu que ce soit pour attiser le feu, je dis au galant que sa nymphe chantait et jouait du luth à merveille. Il fut ravi d'apprendre qu'elle eût ces talents; il la pressa de lui en montrer un échantillon. Elle se rendit de bonne grâce à ses instances, prit un luth tout accordé, joua ' (|uelques airs tendres, et chanta d’une manière si touchante, que le prince se laissa toralter à ses genoux tout transporté d'amour et de plaisir. Mais finissons là ce tableau, et disons iculement que, dans la douce ivresse où l'héritier de la mo-