LIVRE IX ^ CHAR. IX
main, mon confident cl moi, après que j'eus dit adieu à Cogollos, et remercié mille fois Tnrdesiilas do tous les témoignages d’amilié que j’avais reçus de lui. Nous primes gaiement la route de Madnd, pour aller retirer des mains du seigneur Gabriel nos deux sacs, où il y avait dans chacun cinq cents doublons. Chemin faisant, mon associé me dit : Si nous ne sommes pas assez riches pour acheter une terre magnifique, nous pourrons en avoir du moins une raisonnable. Quand nous n’aurions qu’une cabane, lui répondis-je, j’y serais satisfait de mon sort. Quoique je sois à peine au milieu de ma carrière, je me sens revenu du monde, et je ne prétends plus vivre que pour moi. Outre cela, je te dirai que je me suis formé des agréments de la vie champêtre une idée qui m'enchante, et qui m’en fait jouir par avance. Il me semble déjà que je vois l'émail des praiiâes, que j’entends chanter les rossignols et murmm-er les ruisseaux : tantôt je crois prendr- le divertissement de la chasse, et tantôt celui de la pêcne. Imagine-toi, mon artii, tous les différents plaisirs qui nous attendent dans la solitude, et tu en seras charmé comme moi. A l’égard de notre nourriture, la plus simple sera la meilleure. Un morceau de pain pourra nous contenter : quand nous serons pressés de la faim, nous le mangerons avec un appétit qui nous le fera trouver excellent. La volupté n’est point dans la bonté des aliments exquis, elle est toute eu nous; et cela est si vrai, que mes repas les plus délicieux ne sont pas ceux où je vois régner la délicatesse et l’abondance. La frugalité est une source de délices merveilleuse pour la santé.
Avec votre permission, seigneur Gil Blas, interiximpit mou secrétaTre, je ne suis jms tout.à fait de votre sentiment sur la prétendue frugalité dont vous voulez me faire fêle. Pourquoi nous nourrir comme des Diogénes? Quand nous ne ferons pas si mauvaise chère, nous ne nous en porterons pas plus mal. Croyez-moi, puisque nous avons. Dieu merci, de quoi rendre notre retraite agréable, n’eu faisons pas le séjour de la faim et de la pauvreté. Sitôt que nous aurons une terre, il faudra la munir de bons vins, et de tontes les autres provisions convenables à des gens d’esprit qui ne quittent pas le commerce des hommes pour renoncta* aux commodités de la vie, mais plutôt pour eu jouir avec plus de tranquillité. « Ce qu’on a
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