‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 198 sur 254 · IL M.M · texte numérisé non relu

IL M.M

' Vous venez d'entendre mon coup d’essai, continua Scipion, et je re dotite pas que vons ne vous attendiez à une suite de faits de la m^me nature. Je ne tromperai point votre attente; j’ai encore d’autres pareils exploits à vous conter avant que j'en vienne à mes actions louables; mais j’y viendrai, et vous verrez par mon récit qu'un fripon petit fort bien devenir un honnête homme.

Tout enfant que j’étais, je ne fus point assez sot pour reprendre le chemin de Tolède : c’eût été m'exposer au hasard de rencontrer le frère Chrysostome, qui m’aurait fait rendre désapréabiement son magot. Je suivis une autre route, qui me conduisit au village de Galves, où je m’airêtai dans une hôtellerie dont l’hôtesse était une veuve de quarante ans, qui avait foutes les qualités requises pour bien faire ses petites affaire. Celte femme n’eut pas plus tôt jeté les yeux sur moi, que, jugeant à mon habillement que je devais être un échappé de l'hôpital des Orphelins, elle me demanda qui j’étais et où j’allais. Je lui répondis qu'ayant perdu mon j^reet ma mère, je cherchais une condition. Mon enfant, me dit-elle, sais-tu lire? Je l’assurai que je lisais, et même que j’écrivais à merveille. Véiitablement je formais mes lettres, et je les liais de façon que cela ressemblait un peu à de l’écriture ; et c’en était assez pour les expéditions d’une taverne de village. Je te retiens donc à mon service , me répliqua l’hôtesse. Tu ne me seras pas inutile ; tu tiendras ici le registre de mes dettes actives et passives. Je ne te donnerai point de gages, ajouta-t-elle, attendu qu’il vient dans cette hôtellerie d’honnêtes gens qui n’oublient pas les valets. Tu peux compter sur de bons ^tits profits.

J'acceptai le parti, me réservant, comme vous pouvez croire, le droit de changer d’air sitôt que le séjour de Galves cesserait de m’être agiéablc. Dès que je me vis arrêté pour servir dans f.ette hôtellerie, je me sentis l’esprit travaillé- d’une grande inquiétude, et plus j’y pensais, plus ma crainte me semblait bien fondée. Je ne voulais pas qu’on sût que j’avais de l'argent, et j’étais bien en peine de savoii' où je le cacherais, pour qu’il fût à couvert de toute main éti-angère. Je ne connaissais pas encore assez la maison pom* me fier aux endroits les plus propres à le receler. (j«ie les richesses causent d’cmban‘as!

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