‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 200 sur 254 · LIVRE X, Clu;». X · texte numérisé non relu

LIVRE X, Clu;». X

croirais au ctonblo de mes vœux. Si ceia est, repvit-H, mon ami, )<egai-(k2>vous dès à présent comme un officier de l’arche vèché. A ees mots, il me conduisit et me présenta au ma-, jordorae, qui, sur mpn air éveillé, me jugea digne d’être reçu parmi les fouille-au-pot.

Je ne fus pas plutôt en possession d’un emploi si honorable, que maître Diego, suivant l’usage des cuisiniei’s des glandes maisons, qui envoient secrètement des viandes à leurs mignonnes, me choisit pour porter chez une dame du voisinage, tantôt des longes de veau, et tantôt de la volaille ou du gibier. Cette bonne dame était une veuve de trente ans tout au plus, très-jolie, très-vive, qui avait tout J.’air de n'êtie pas exactement fidèle à son cuisiniei'. Ce[)cndant il ne se contentait pas de lui fournir de la viande, du pain, du sucre et de l’huile ; il faisait aussi sa provision de vin, et tout ceia aux dépens de monseigneur l’aichevèque.

J’achevai de me dégourdir dans le palais de Sa Grandeur,

, où je fis un tour assez plaisant, et dont oh pai'le encore aujourd’hui dans Séville. Les pages et quelques autres domestiques, pour célébrer l’auniversaiie de monseigneui*, s’avisèrent de vouloü* représentei une comédie. Us choisirent celle de tenavidés^; et, comme il leur faUait un garçon de mon âge pour faii-e le rôle du jeune roi de Léon, iis jetèrent les yeux sur moi. Le maj<H'dome, qui se piquait de déclamation, se chaigea de m’exercer; et, après m'avoir donné quelques leçons, il a«sui-a que je ne serais pas celui qui s’eu acquitterait le plus niai. Comme c’était le paü'on qui faisait la dépense de la fête, vous vous imaginez bien qu’on n’épargna lien pour la rendre magnifique. On construisit dans la plus grande salle du palais un théâtre qui fut bien décoré. On fit dans les aiic.s un lit de gazmi, sur lequel je devais paiaitie endormi, quand les Maures nendraient se jeter sur moi pour me faire prisonnier'. Lorsque les actem'S furent en état de repr ésenter la pièce, l’arebevèque fixa le jour de la -représentation, et se fit un plaisir de prier les seigneiu's et les dames les plus considérables de la ville de s’y trouver-. ,

Ce jour veiHiÿ chaque ficleiu' ne s'occupa que de sou lialiil-

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lomenl. Pour le mien, il me fut apporté par un tailleur accompagné de notre majordome, qui, s’étant donné la peine de me faire répéter mon réle, sc faisait un devoir de me voir habiller. Le tailleur me revêtit d’une riche rol>e de velours bleu, garnie de galons et de boutons d’or, avec des manches pondantes, ornées de franges du meme métal ; et le majordome lui-même me posa sur la tête une couronne de carton parsemée de quantité de perles fines mêlées de faux diamants.

De plus, ils me mirent une ceinture de soie couleur de rose à ' fleurs d’argent; et à chaque chose dont ils me paraient, il me semblait qu'ils me prêtaient des ailes pour m’envoler et m’en aller. Enfin, la comédie commença sur la fin du jour. Uî jeime roi de Léon paraît d’abord dans la pièce, et fait un long monologue; comme c’était moi qui faisais ce personnage, j’ouvris la scène par une tii-ade de vers qui aboutissait à dire que, ne pouvant me défendre des charmes du sommeil, j'allais m'y abandonner. En même temps je me relirai dans les coulisses, et me jetai sur le lit de gazon qui m'y avait été préparé; mais, au lieu de m’y endormir, je me mis à rêver au moyen de pouvoir gagner la rue, et me sauver avec mes habits royaux. Un petit escalier dérobé, par où l’on descendait sous le théâtre et dans la salle, me paj*ut propre à l'exécution de mon dessein. Je me levai légèrement, et, vpyant que pei sonne ne prenait garde à moi, j’enfilai cet escalier, qui me conduisit dans la salle, dont je gagnai la porte en criant : Place, place, je vais changer d'habit. Chacun SD rangea pour ' me laisser passer; de sorte qu’en moins d’une minute je, soi'tis impunément du palais h la faveur de la nuit, et me rendis à la maison du vaillant, mon ami.

Il fut dans le dernier étonnement de me voir vêtu comme j'étais. Je le mis au fait, et il en rit de tout son cœur. Puis, m’embrassant avec d'autant plus de joie (lu’il se flattait de la l'poucc espérance d’avoir part aux dépouilles du roi de Ijéon, il me félicita d'avoir fait un si beau coup, et me dit «jut,, si je ne me démentais pas dans la suite, je ferais un jour du bruit dans le monde par mou esprit. Après nous être égayés tous deux et biep épanoui la rate, je dis au brave : Que feronsnous de ce riche habillement ? Que cela ne vous embarrasse point, me répondit-il. Je connais un honnête fripier qui, saus

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