LIVRE 3HI, C^. Vn. "Ttfi
Ribero, aussi gueux que son bel es|»r}t, est abîmé : fl ne re» viendra, dit-on, jamais sur l'eau.
Sur ce pied-là, lui répliquai-je, mon ami, il faut que je te ^ fasse donner quelque' poste qui te console de la 'perle de ta pension. Je te dispense de ce soin-là, me dit-il; quand tu m'offrirais dans les bureaux du ministère un emploi de trois mille écHS d'appointements, je le refuserais : des occupations de commis ne conviennent pas au génie d'un nourrisson des muses; il me faut des amusements littéraires. Que te dirai-je, enfin? je suis né pour vivre et mourir en poète, et je veux remplir mon sort.
Au reste, continua-t-il, ne t’imagine pas que nous soyons fort malheureux ; outre que nous vivons dans une parfaite indépendance, nous sommes des gaillards sans souci. On cr<^ que nous faisons souvent des' repas de Démocrite, et l’on est là-dessus dans l’erreur. Il n'y a pas un de mes confrères, sans , eu excepter les faisems d’almanachs, qui ne soit commensal dans quelques bonnes maisons; poiu- moi, j’en ai deux où l’on me reçoit avec plaisir. J’ai deux couverts assurés : l’un chex un gros directeur des fei-mes, à qui j’ai dédié un roman ;
. et l’autre chex un riche bourgeois de Madrid , qui a la rage de vouloir toujours à sa table des beaux esprits : heurensemeut il n’est pas fort délicat sur le choix, et la ville lui en fournit autant qu’il en veut*.
Je cesse donc de te plaindre, dis-je au poète des Asturies, puisque tu es content de ta condition. Quoi qu’il en soit, je te proteste de nouveau que tu as toujours dans Gil Bias un ami à l'épreuve de ta négligence à le cultiver ; si tu as besoin de i ma bomrse, viens hardiment à moi : qu’une mauvaise honte ne te prive point d'un secours infaillible, et ne me ravisse point le plaisir de t'obliger. ' - *
A ce sentiment généreux, s’écria Nunez, je te reconnais, Santiilane, et je te rends miUe grâces de là disposition favorable où je te vois pour moi; il faut, par reconnaissance, que je te donne un avis salutaire. Pendant que le comte-duc peut
' OsaiMl Le Sage eerhrait b dernière partie de* arenlarcs de OM Blur, les gens de lettres comnençaient à te répandre dans le monde beaucoup plus qu'ih ne l'avaient bit au dix-t^ieme sinate. Lee gens riches Tunleient tous avoir a Innr lablc des bouts •eprits et des pnétet.
ei.
«fl,
tout eaoore, et epie ta possèdes ses bonnes grâces, profite du temps, hâte-toi de t’enrichir; car ce ministre, à ce qu’on m’a dit, branle dans le manche. Je demandai à Fabrice s’il savait oela de bonne peirt, et il me répondit : Jeiiens cette nouvelle ^ d'un vieux chevalier de Calatrava qui a un talent tout.pax’ti-;^ culier pour découvrir les choses les plus secrètes : on écoute cet honune comme un oracle, et voici ce que je lui entendis dire hier : Le comte-duc a un grand nombre d’ennemis qui se réunissent tous pour le perdre ; il compte trop sur l’ascendant qu’il a sur l’esprit du roi ; ce monarque, à ce qu’on prétend, commence à prêter l'oreille aux plaintes qjui déjà vont jusqu’à lui. Je remerciai Nunez de son avertissement; mais j’y fis peu d’attention, et je m’en retournai au logis, per^adé (^e l’autoiité de mon maître était inébranlable, le regardant comme un de ces vieux chênes qui ont pris racine dans une forêt, et que les orages ne sauraient abattre. . -
CHAP. Vin. — Comment Gll Blas apprit que l'avis de Fabrice n'e'Uit point tam.
Du voyage que le roi St il Saragosse. ‘
Cependant ce que le poëte des Asturies m’avait dit n’étak pas sans fondement. 11 y avait au palais une confédération furtive contre le comte-duc, de laquelle on prétendait que la Mine était le chef; et toutefois il ne transpirait rien dans le public des mesures que les confédérés prenaient pour déplacer ce ministre. 11 s’écoula même depuis ce temps-là plus d’tme amrée, sans que je m’aperçusse que sa faveur eût reçu la. Bforndr'c atteinte. r
.^Mais la révolte des Catalans soutenus par la France et W mauvais sua'ès de la guerre contre ces rebelles excitàcent les., mur mures du peuple, qui se plaignit du gouvernement. Cas, plaintes donnèrent lieu à la tenue d’un conseil eu prt^nce du roi, qui voulut que le marquis de Grana, amlrassâdeur de l’empereur-, à la cour d’Espagne, s’y trouvât. II y fut nais eu délibération s’il était plus à propos que le roi demeurât en Cas-, tille, ou qu'il passât en Aragon pour se faire voir- àses troupesr ^Le comte-duc, qui avait envie que ce prince ne partît point poitr l’armée, parla le premier. Il représenta qu'il était plus cuuvenable à la majesté royale de ne pas sortir du centr e de SOS États, et U appuya son sentiment de toutes les raisons ^le