‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 242 sur 254 · UVRE XII, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

UVRE XII, CHAP. XIV

entretien. Je fus charmé du cai'actère de son esprit, et je jugeai qu’avec de bonnes façons et beaucoup de complaisance, je deviendrais un époux chéri. Plein d’une si douce espérance, j’envoyai chercher deux notaires à Valence, qui firent le contrat de mariage; puis nous eûmes recours au curé de Paterna, qui vint à Lirias, et nous maria, don Juan et moi, à nos maîtresses.

Je fis donc allumer pour la seconde fois le flambeau de l’hyménée, et je n’eus pas sujet de m’en repentir. Dorothée, en femme vertueuse, se fit un plaisir de son devoir ; et, sensible au soin que je prenais d’ajler au-devant de ses désirs, . elle s’attacha bientôt à moi comme si j'eusse été jeune. D’une autre part, don Juan et ma filleule s'enflammèrent d’une ardeur mutuelle, et ce qu’il y a de singulier, les deux bellessœurs conçurent l'une pour l’autre la plus' vive et la plus sincère amitié. De mon côté, je trouvai dans mon beau-frère tant de bonnes qualités, que je me sentis naître pour lui une véritable affection, qu’il ne paya point d’ingratitude. Enfin l’union qui régnait entre nous tous était telle, que le soir, lorsqu’il fallait nous quitter pour nous rassembler le lendemain, cette séparation ne se faisait pas sans peine; ce qui fut cause que des deux familles nous résolûmes de n’en faire qu'une, qui demeurerait tantôt au château ,de Lirias, et tantôt à celui de Jutella, auquel, pour cet effet, on fit de grandes réparations des pistoles de Son Excellence.

H y a déjà trois ans, ami lecteur, que je mène une vie délicieuse avec des personnes si chères. Pour comble de .•atisfaction, le ciel a daigné m’accorder deux enfants, dont l'éducation va devenir l’amusement de mes vieux joui’s, et dont je cms pieusi*ment être le père.

l'IX.

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