‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 241 sur 254 · LIVRE th, xrv · texte numérisé non relu

LIVRE th, xrv

n revint à mon château le lendemain matin dans le temps que j’achevais de m’habiller. Seigneur de Santillane, me ditil/ je viens aujourd’hui à Lirias pour vous parler d’une all'aire sérieuse. Je le fis passer dans mon cabinet, où d’abord entrant en matière : Je crois, continua-t-il, que vous n’ignorez pas le sujet qui m’amène : j’aime Séraphine ; vous pouvez tout sur son pèfe; je vous prie de me le rendre favorable; faites-moi obtenir l'objet de mon amour : que je vous doive le bonheur de ma vie. Seigneur don Juan, lui répondis-je, comme vous allez d’abord au fait , vous ne trouverez pas mauvais que je suive votre exemple, et qu’après vous avoir promis mes bons offices auprès du père de ma filleule, je vous demande les vôtres auprès de votre sœur.

A ces derniers mots, don Juan laissa éclater une agréable surprise, dont je tirai un augure favorable. Serait-il possible, s’écria-t-il ensuite, que Dorothée eût fait hier la conquête de votre cœur? Elle m’a channé, lui dis-je, et je me croirai le plus heureux de tous les hommes si ma recherche vous plaît à l’un et à l’autre. C’est de quoi vous devez être assuré, me l'épliqua-t-il ; tout nobles que nous sommes, nous ne dédai> gnerons pas votre alliance. Je suis bien aise, lui repartis-je, que vous ne fassiez pas difficulté de recevoir pour beau-frère un roturier, je vous en estime davantage ; vous montrez en cela votre bon esprit : mais quand vous seriez assez vain pour ne vouloir accorder la main de votre sœur qu'à un noble, sachez que j’ai de quoi contenter votre vanité. J’ai travaillé vingt ans dans les bureaux du ministère ; et le roi, pour récompenser les services que j’ai rendus à l’État, m’a gratifié de lettres de noblesse que je vais vous faire voir. En achevant ces paroles, je tirai mes patentes d’un tiroir où je les tenais humblement cachées, et je les présentai au gentilhomme, qui les lut d’un bout à l’autre attentivement avec une extrême satisfaction. Voilà qui est bon, reprit-il en me les rendant; Dorothée est à vous. Et vous, m’écriai-je, comptez sur Séraphine.

Ces deux mariages furent donc ainsi résolus entre nous. Il ne fut plus question que de savoir si les futures y consentiraient de bonne grâce ; car don Juan et moi, également délicats, nous ne prétendions point les obtenir malgré elles. Ce gentilhomme retourna au château de Jutella pour me proposer

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à «>a sœur ; et moi, j’aseamMsi Scipioi), Béatru et «a» fiUeirie, pour leur taiie part de l'eatretien que je Tenais d'avoir avec ce cavalier. Béatrix fut d’avis «ju'ou f acceptât pour époux sauis hésitai’; et Scraphine fit couiuùtfe, pai' son silence, qu'elle était du sentiment de sa mère. Pour le père, il ne fut pas, à la vérité, d’une auU e opinion ; mais il témoigoa quelque inquiétude sui' la dot qu’il faudrait, disait-ü, doiuier à un gentilhomme dont le uhdteau avait un si (H'essant besoin de répaiatioos. Je l'erinai la bouche à Scipion, en ha disant que cela me regardait, et que je faisais présent à n» filhuile de quatre mille pistoles pour payer sa ^t.

Je . revis don Juan dès le soir même. Vos affaires, lui dis-ie, vont à merveille ; je souhaite que les miennes ne soient |sts dans un plus mauvais état. Elles vont aussi le mieux du monde, me répondit-il ; je n’ai pas été à la peine d'employer l’autorité pour avoir le consentemeut de Dorothée.; votre personne lui revient, et vos manières lui plaisent. Vous appréhendiet de n'étre pas de son goût, et elle ci-aint, avec plus de raisoii, que n’ayant à vous offrir que son cœur et sa main... tjue voudi'ais-je de plus? interrompis-je tout transporté de joie. Puisque la charmante Dorothée n’a point de répugnance à lier son sort au mien, c’est tout ce que je demande : je suis assez riche pour l'épouser sans dot, et sa seule possession comblera tous mes vœux.

Don Juan et moi, fort satisfaits d’avoir heureusement amené les choses jusque-là, nous résolûmes, pour hâter nos noces, d'en supprimer les cérémonies superflues. J’abouchai ce gentilhomme avec les parents de Sérapbine; et, après qu’ils furent convenus des conditions du mariage, il prit congé de nous, en nous promettant de revenff le ; lendemain avec Dorotluie. L’envie que j'avais de pai'aiti’e agréable à celte dame me fit ompk>yer trois bonnes heures poui' le moins à m’ajustei-, à m’adoniser; encore ne pus-je parvenu’ à me rendre content de ma personne. Pour un adolescent qui se prépare à voir sa maîtresse, ce n’est qu’un plaisir; mais pour un homme qui conunence à vieillir, c’est une occupation. Cependant je fus plus heui’eux que je ne le méritais : je levis la sœur de dou Juan, et j’en fus regardé d’un œil si favorable, que je m’itiMgioai valok aneuro quelque chose. J’eus avec elle un long

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