‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 36 sur 254 · LIVRE 1, CHAP. XVll · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. XVll

que ses lualheui-s réduisent à la nécessité de servir. Enseignezlui, de grâce, une bonne condition, et annptez sur sa reconnaissance. Messieurs, répondit froidement Arias, voilà comme vous êtes tous, vous autres; avant qu’on vous place, vous faites les plus belles promesses du monde : êtes-vous bien placés, vous ne vous en souvenez plus. Comment donc ! reprit Fabrice, vous plaignez-vous de moi ? N’ai-je pas bien fait les choses? Vous auriez pu les faire encore mieux, repartit Arias : votre condition vaut un emploi de commis , et vous m’avez payé comme si je vous eusse mis chez un auteur. Je pris alors la parole, et dis au seigneur Arias que, pour lui faire connaître que je n’étais pas un ingrat, je voulais que la recontiaissance précédât le service. En même temps je tirai de mes poches deux ducats que je lui donnai, avec promesse de n’en pas demeurer là si je me voyais dans une bonne maison.

11 pai’ut content de mes manières. J’aime, dit-il, qu’on en use de la sorte avec moi. 11 y a, continua-t-il, d’excellents postes vacants; je vais vous les nommer, et vous choisirez celui qui vous plaira. En achevant ces paroles, il mit ses lunettes, ouvrit un registre qui était sur la table, toimna quelques leuillels, et commença de lire dans ces termes : 11 lant un laquais au capitaine Torbellino *, homme emporté, brutal et fantasque : il gronde sans cesse, jure, frappe, et le plue souvent estropie ses domestiques. Passons à un autre, m’écriai-jo à ce portrait; ce. capitaine-là n’est pas de mon goilt. Ma vivacité fit sourire Arias, qui poursuivit ainsi sa lecture : Dona Manuela de Sandoval, douairière surannée, hargneuse et bizarre, est actuellement sans laquais; elle n’en a qu’un d’drdinaii'c, encore ne le peut-elle garder un jour entier. 11 y a dans la maison, depuis dix ans, un habit qui sert à tous les valets qui entrent, de quelque taille qu’ils soient ; ou peut dire qu’ils ne font que l’essayer, et qu’il est encore tout neuf, quoique deux mille laquais l’aient porté. Il manque un valet au docteur Alvar Fanez ; c’est un médecin chimiste. Il nourrit

' TorMUnti, tourhilIoD. Il y a beaucoup d'aiilres personnages de celte histoire dont les noms espagnols sont rgalcmcnl signiGcatifs. On ne remarquera que les principaux et ceux dans lesquels l'intention de l'auteur est le plus évidente. Il a marque lui-même cette intention dans le Bachelier île Saiamanqus, ehapUre XZUI, où il a soin d'indiquer, au bas d'une page, au sujet d'un personnage violent, nomme Domi* nique Rifador, que ce nom, en espagnol, signifie querelleurm

GU. BLAS

bien ses domestiques , les entretient proprement, leur donne même de gros gages; mais il fait sui' eux l’épreuve de ses remèdes. Il y a souvent des places de laquais à remplir chez cet homme-là.

Oh! je le crois bien, inteirompit Fabrice en riant. Vive Dieu ! vous nous enseignez là de bonnes conditions ! Patience , dit Arias de Londona, nous ne sommes pas au bout : il y a de quoi vous contenter. Là-dessus, il continua de lire de cette soile : Dona Alfonsa de Solis, vieille dévote, qui passe les deux tiers de la journée dans l'église, et veut que son valet y soit toujours auprès d’elle, n’a point de laquais depuis trois semaines. Le licencié Sedillo, vieux chanoine du chapitre de cette ville, chassa hier au soir son valet... Halte-là, seigneur Arias de Londona, s’écria Fabrice en cet endroit; nous nous en tenons à ce dernier poste. Le licencié Sedillo est des amis de mon maître, et je le connais pariadtement. Je sais qu’il a pour gouvernante une vieille béate qu’on nomme la dame Jacinte, et qui dispose de tout chez lui. C’est ime dc's meilleures maisons de Valladolid. On y vit doucement et l’on y (ait très-bonne chère. D’ailleurs, le chanoine est un homme infirme, un vieiui: goutteux qui feivi bientôt son testament : il y a un legs à espérer. La charmante perspective pour un valet ! Gil Blas, ajouta-t-il en se tournant de mon côté, ne perdons point de temps, mon ami; allons tout à l’heure chez le licencié. Je veux te présenter moi-même, et te servir de répondant. A ces mots, de crainte de manquer une si belle occasion, nous primes brusquement congé du seigneur Arias, qui m'assura, pour mon argent, que si celte condition m’échappait, je pouvais compter qu’il m’en ferait trouver une aussi boune.

riN uü pauMitH Livae.

MVBi; II, CHAI’. I.

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