LIVRE III, CHAP. XII
promis de prendre là-dessus l’esprit de la compagnie; je dissimulai pendant quelques jours. Je me contentais de lui demander le nom des hommes avec qui je la voyais en conversation particulière : elle me répondait toujours que c'était un oncle ou un cousin.
Qu’elle avait de parents! 11 fallait que sa famille fût plus nombreuse que celle du roi Priarn^. La soubrette ne s’en tenait pas môme à ses oncles et à ses cousins : elle allait encore amorcer des étrangers, et faire la veuve de qualité chez la bonne vieille dont j’ai parlé. Enfln Laure, pour en donner une idée juste et précise, était aussi jeune, aussi jolie et aussi coquette que sa maîtresse, qui n’avait point d’autre avantage sur elle que celui de divertir publiquement le public.
Je cédai au torrent pendant trois semaines. Je me livrai à toutes soldes de voluptés. Mais je dirai en même temps qu’au milieu des plaisirs, je sentais naître en moi des remords qui venaient de mon éducation , et qui mêlaient une amertume à mes délices. La débauche ne triompha point de ces r^ mords ; au contraire , ils augmentaient à mesure que je devenais plus déhanché ; et , par un effet de mon heureux naturel , les désofdres de la vie comique commencèrent à me faire horreur. Ah !, misérable! me dis-je à moi-même, est-ce ainsi que tu remplis l’attente de ta famille? N’est-ce pas assez de l’avoir trompée en prenant un autre parti que celui de précepteur? La condition servile te doit-elle empêcher de vivre en honnête homme? Te convient-il de vivre avec des gens si vicieu.x ? L’envie , la colère et l’avarice régnent chez les uns, la pudeur est bannie de chez les autres; ceux-ci s’abandonnent à l’intempérance et à la paresse , et l’orgueil de ceux-là va jusqu’à l’insolence. C’en est fait, je ne veux pas demeurer plus longtemps avec les sept péchés mortels. ^
* Gc dernier roi de Troie ctU dix-neuf enlanU l^ilimcs, sans compter quarunlc enfants noturels. dont Apollitdore nous a conserve les noms.
DU LIVRE TROISIÊMK*
. •» 1, t:.", K' .Hff
r.lL BLA$