I.IVRE !V, CHAP. IV
sans manquer au respect que je vous dds, je quitte un prince qu’il ne m'est plus permis d’écouter.
A ces mots, elle s’éloigna d’Enrique avec tonte la précipitation dont elle pouvait être capable dans l’état où elle se trouvait. Arrêtez , madame , s’écria-t-il ; ne désespérez point un prince plus disposé à renverser un trône que vous lui reprochez de vous avoir préféré , qu’à répondre à l’attente de ses nouveaux sujets. Ce sacrifice est présentement inutile, repartit Blanche. Il fallait me ravir au connétable avant que de faire éclater des transports si généreux. Puisque je ne suis point libre, il m’importe peu que la Sicile soit reduite engendres, et à qui vous donniez votre main. Si j’ai eu la faiblesse de laisser surprendi'e mon cœur, du moins j’aurai la fermeté d’en étouffer les mouvements , et de faire voir au nouveau roi de Sicile que l’épouse du connétable n’est plus l’amante du prince EnriqUe. En pariant de cette sorte, comme elle touchait à la pcale du parc, elle y rentra brusquement avec Nise ; et, fermant après elle cette porte, elle laissa le prince accablé de douleur. Il nè pouvait revenir du coup que Blanche lui avait porté par la nouvelle de son mariage. Injuste Blanche, s’écriaitil, vous avez perdu la mémoire de notre engagement! Malgré mes serments et les vôtres, nous sommes séparés ! L’idée que je m’étais ftüte de posséder vos charmes n’était donc qu'une vaine illusion ! Ahi cruelle, que j’achète chèrement l’avantage de vous avoir fait approuver mon amour- !
Alors l’image du bonheur de son rival vint s'offrir à son esprit avec toutes les horreurs de la jalousie; et cette passion prit sur lui tant d’empire pendant quelques moments , qu’il fut sur le point d’immola- à son ressentiment le connétable et Siffredi même. la raison toutefois calma peu à peu la violence de ses transports. Cependant l’impossibilité où il se voyait d’ôter'à Blanche les impressions (ju’elle avait de son infidélité, le mettait au désespoir. 11 se flattait de les effacer, s’il pouvait l’entretenir en liberté. Pour y parvenir , il jugea qu’il fallait éloignée le connétable, et il se résolut à le faii-e arrêter comme un homme suspect dans les conjonctures où l'État se trouvait. Il en donna l’ordre au capitaine de ses gardes , qvri se rendit à Belmonte , s’assirra de sa personne à l’entrée de la nuit, et le mena au château de Palerme. '
Cet incident répandit à Belmonte la consternation. Siffredi pai’tit sur-le-champ pour aller répondre au roi de l’innocence de son gendre, et lui représenter les suites fâcheuses d'un pareil emprisonnement. Ce prince, qui s’était bien attendu à cette démarche de son ministre , et qui voulait au moins se ménager une libre entrevue avec Blanche avant que de relâcher le connétable, avait expressément défendu que personne lui pai'làt jusqu’au lendemain. Mais Leontio, malgré cette défense,.fit si bien, qu’il entra dans la chambre du roi. Seigneur, dit-il en se présentant devant lui , s’il est permis à un sujet respectueux et ûdèle de se plaindre de son maître, je viens me plaindre à vous de vous-même. Quel crime a commis mon gendre? Votre Majesté a-t-elle bien réfléchi sur l’opprobre éternel dont elle couvre ma famille, et sur les suites d’un emprisonnement qui peut aliéner de votre service les personnes qui remplissent les postes de l’État les plus impoilants? J’ai des avis certains, répondit le roi, que le connétable a des intelligences criminelles avec l’infant don Pèdi-è. Des intelligences criminelles, interrompit avec sm’prise Leontio; ah! seigneur, ne le croyez pas : l’on abuse Votre Majesté. La trahison n'eut jamais d’entrée dans la famille de Siffredi, et il suffit au connétable qu’il soit mon gendre , pour être à couvert de tout soupçon. Le connétable est innocent; mais des vues secrètes vous ont porté à le faire arrêter.
Puisque vous me parlez si ouvertement, repartit le roi, je vais vous parler de la même manière. Vous vous plaignez de l’emprisonnement du connétable! Eh! n’ai-je point à me plaindre de votre cruauté? C’est vous, barbeu'e Siffredi, qui m’avez ravi mon repOs, et réduit, par vos soins officieux, à . envier le sort des plus vils mortels; car ne vous flattez pas que j’entre dans vos idées. Mon mai’iage avec Constance est vainement résolu... Quoi! seigneur, interrompit en frémissant Leontio, vous pourrîez ne point épouser la princesse, après l'avoir flattée de cette espérance aux yeux de tous vos peuples ’ Si je trompe leur attente, répliqua le roi, ne vous en prenez fû’à vous. Pourquoi m’avez-vous mis dans la nécessité de leur promettre ce que je ne pouvais leur accorder? Qui vous obligeait à remplir du nom de Constance un billet que j'avais fait à voti'e fille? Vous n’ignoriez pas mon intention; fallait-il ty-