‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 91 sur 254 · LIVRE IV, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. V

depuis trois semaines. Ensuite je lui reniis le billet fatal dont j'étais diargé. Elle le relut deux ou trois fois ; il semblait qu’elle se défiât du rapport de ses yeux. Effectivement, elle ne s'attendait à rien moins qu’à une pareille réponse. Elle éleva ses regards vers le ciel, se mordit les lèvres, et pendant quelque temps sa contenance rendit témoignage des peines de son cœur. Puis, tout à coup m’adressant la parole : Mon ami, me dit-elle, don Luis est-il devenu fou depuis notre séparation? Jé ne comprends rien à son procédé. Apprenez-moi, si vous le savez, pourquoi il m’écrit si galamment. Quel démon peut l’agiter? S’il veut rompre avec moi, ne saurait-il b» faire sans m’outraget" par des lettres si brutales?

Madame, lui dis-je on affectant un air plein de sincérité, mon maître a tort assurément; mais il a été en. quelque façon forcé de le fahe. Si vous me promettiez de garder le 'lecret, je vous découvrii’ais tout le mystère. Je vous le promets, interrompit-elle avec précipitation; ne craignez point que je vous commette : expliquez-vous hardiment. Eh bien ! reprisje, voici le fait en deux mots : un moment après votre lettre reçue, il est entré dans notre hôtel une dame couverte d'une mante des plus épaisses. Elle a demandé le seigneur Pacheoo, lui a parlé quelque temps en particulier; et, sui- la fin de la conversation, j’ai entendu qu’elle lui a dit : Vous me jurez que vous ne la reverrez jamais; ce n’est pas tout, il faut, pom ma satisfaction, que vous lui écriviez tout à l’heure un billet que je vais vous dicter : j’exige cela de vous. Don Luis a fait ce qu’elle désirait ; puis, me mettant le papier entie les mains: Informe-toi, m’a-t-il dit, où demeure le docteui’ Miucia de la Llana, et fais adroitement tenii- ce poidet à sa fille Isabelle.

Vous voyez bien, madame, pomsuivis-je , que celte lettre désobligeante est l’ouvrage d’une rivale, et que par conséquent mon maîtx’e n’est pas si coupable. O ciel ! s’écria-t-elle, il l’est encore plus que je ne pensais. Son infidélité m’offense plus que les mots piquants que sa main a tracés. Ah ! l’infidèle, il a pu former d’autres nœuds!... Mais, ajouta-t-elle en prenant un aii' fier, qu’il s’abandonne sans contrainte à son nouvel amour ; je ne prétends point le traverser. Dites-lui, je vous prie, qu’il n’avait pas besoin de m’insulter pour m’obliger à laisser le cliamp libre à ma rivale, et que je mépiise

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