LIVRE CINQUANTE-QUATRIEME
Pendant les premiers mois de 1794, Saint- Just et Lebas, tantôt réunis, tantôt séparés, tous deux confidents intimes de Robespierre, coururent de l'armée du Nord à l'armée du Rhin, de Lille à Strasbourg, pour réorganiser les armées, surveiller les généi'aux, activer ei modérer l'esprit public dans les départements menacés. Saint -Just portait non-seulement dans les tribunaux le nerf d'une volonté inflexible, mais il poitait sur le champ de bataille l'élan de sa jeunesse et l'exemple d'une intrépidité qui étonnait le soldat. 11 ne ménageait pas plus son sang que sa renommée, c Saint- Just, i disait son collègue Baudot à son retour des armées, ï ceint de l'écharpe du représentant, et le chapeau ombragé du panache tricolore, charge à la tête des escadrons républicains, et se jette dans la mêlée, au milieu de la mitraille et de l'arme blanche, avec l'insouciance et la fougue d'un hussard. »
Le jeune représentant eut plusieurs chevaux tués sous lui. Il ne s'arrachait à l'enivrement de la guerre que pour se condamner aux veilles et aux travaux assidus de l'organisateur. 11 ne se permettait aucun des délassements dont «a jeunesse aurait pu le rendre avide. Il semblait ne connaître d'autre volupté que le triomphe de sa cause. Ce proconsul de vingt-quatre ans, maître de la vie de milliers de citoyens et de la fortune de tant de familles, qui voyait à aea pieds les femmes et les filles des détenus, montrait l'austérité de Scipion. Il écrivait du camp, h la sœur de Lebas, des lettres où respirait un chaste attachement. Terrible au combat, impitoyable au conseil, il respectait en lui la Révolution comme un dogme dont il ne lui était permis de rien sacrifier à des sentiments humains. Egalement implacable envers ceux qui souillaient la république et envers ceux qui la trahissaient, il envoya à la guillotine le président du tribunal révolutionnaire de Strasbourg, qui avait imité et égalé ea Alsace les
férocités de Lebon. La mission de Saint-Just à Strasbourg sauva des milliers de têtes. Dégoûté de la terreur, en la contemplant de près, il écrivait à Robespierre: i L'usage de la terreur a blasé le crime comme les liqueurs fortes blasent le palais. Sans doute il n'est pas temps encore de faire le bien ; le bien particulier que Ton fait n'est qu'un palliatif. Il faut attendre un mal général assez grand pour que l'opinion éprouve une réaction. La Révolution doit s'arrêter à la perfection du bonheur et de la liberté publique par les lois. Ses convulsions n'ont pas d'autre objet et doivent renverser tout ce qui s'y oppose. — On parle de la hauteur de la Révolution, î écrit-il ailleurs dans une note de ses Méditations intimes. « Qui la fixera ? Elle est mobile. Il y eut des peuples qui tombèrent de plus haut, s
Lebas, son ami et presque partout son collègue, avait été le condisciple de Robespierre. Il s'était dévoué, par un double culte, à ses principes comme révolutionnaire, à sa personne comme ami. Né à Frévent, dans les environs d'Arras, patrie de Robespierre, des talents oratoires signalés dans des causes populaires avaient porté Lebas à la Convention. Il y suivait la pensée de Robespierre comme l'étoile fixe de ses opinions. Probe, modeste, silencieux, sans autre ambition que celle de servir les idées de son maître, il croyait à la vertu comme à l'infaillibilité de Robespierre. Il avait remis sa conscience et ses votes dans ses mains. Des rapports de familiarité et presque de parenté augmentaient encore l'intimité des opinions. Lebas, introduit par Robespierre dans la maison de Duplay était devenu le commensal de cette famille. Il avait épousé la plus jeune des filles de Duplay. La main qui tirait le sabre h la tête de nos bataillons et qui signait l'emprisonnement de tant de proscrits écrivait à cette femme, rêvant le bonheur domestique sous le même toit où Robespierre rêvait ses
théories souillées de sang : i Quand pourrai-je mettre le sceau à une union à laquelle j'attache le bonheur de ma vie, j> disait Lebas à sa fiancée. « Oh! qu'il sera doux le moment où je te reverrai i Que de cruels sacrifices la patrie me demande par ces absences ! Mais les choses vont M mal, il faut ici des députés vraiment patriotes. Hier je fis arrêter deux généraux. En rendant à Paris tous les services dont je suis capable, je jouirais du bonheur d'être près de toi ! Nous serions unis maintenant ! Dis à Robespierre que ma santé ne peut se prêter longtemps au rude métier que je fais ici. Pardonne-moi la brièveté de mes lettres. 11 est une heure du matin; je rentre accablé de fatigue, je vais dormir en rêvant à toi!... Quand notre voiture nous emporte et que mon collègue Duquesnoy, épuisé de fatigue, cesse de pai'ier ou s'endort, moi je songea toi. Toute autre idée, quand je puis arracher ma pensée aux affaires politiques, m'est importune. Maintenant que ma présence n'est plus aussi nécessaire. Couthon n'aura t-il pas assez d'égards pour son jeune collègue ? Robespierre ne considérerat-il pas que j'ai assez fait pour abréger le terme de mon sacrifice ? Occupe-toi, chère Elisabeth, de l'arrangement de notre future demnure... J'ai écrit hier à la hâte à Robespierre. Je suis content de Saint Just. Il a dis talents et d'excellentes qualités. Embrasse toute la famille, et Robespierre est du nombre. Saint- Just est aussi impatient que moi de revoir Paris : tu sais pourquoi... Nous sommes allés ce matin, Saint- Just et moi, visiter une de ces hautes montagnes au sommet de laquelle est un vieux fort ruiné, placé sur un rocher à pic. Là, nous éprouvâmes tous les deux, en promenant nos regards sur les alentours, un sentiment délicieux. C'est le seul jour où nous ayons eu un moment de repos. J'aurais voulu être à côté de toi, pour partager avec toi l'émotion que je ressentais, et tu es à cent lieues... Nous ne cessons, Saint-Just et moi, de prendre les mesures nécessaires au triomphe de nos armées. Nous courons nuit et jour et nous exerçons la plus infatigable surveillance. Au moment où il s'y attend le moins, tel général nous voit arriver, et lui demander compte de sa conduite. Je suis heureux que tu n'aies point de prévention contre Saint-Just. Je lui ai promis un repas de ta main. C'est un excellent homme. Je l'aime et je l'estime tous les jours davantage. La république n'a pas de plus ardent et de plus intelligent défenseur. L'accord le plus parfait règne entre nous. Ce qui me le rend encore plus cher, c'est qu'il me parle souvent de toi, et qu'il me console autant qu'il peut. Il attache, à ce qu'il me semble, un grand prix à notre amitié. Il me dit de temps en temps des choses d'un bien bon cœur. Je vais écrire à Henriette. Je présume que vous vous aimez toujours bien, i
Henriette étîiit la sœur de Lebas, aimée de Saint Just. L'attachement que Saint-Just témoignait à Lebas était un reflet de celui qu'il éprouvait pour la sœur de son collègue. Cette jeune fille qui rendait au commencement à Saint-Just le sentiment qu'il éprouvait pour elle, ayant hésité ensuite à lui donner sa main, Saint-Just attribua à Lebas cet éloignement. Il se refroidit envers son collègue. Ces deux Conventionnels restèrent néanmoins l'ua et l'autre attachés à Robespierre. Cette circonstance, dit-on, fut, quelques mois plus tard, le motif de l'absence de Saint-Just du comité de salut public; absence qui aflaiblit le parti de Robespierre et qui causa sa chute et sa mort- Une inclination de cœur contrariée fut pour quelque chose dans la catastrophe qui entraîna Robespierre et la république.
Ces détails intérieurs attestent la simplicité des passions et des intérêts ([ui s'agitaient autour du maître de la république. Robespierre le jeune, Saint-Just, Couthon, l'italien Buonarotti, Lebas, quelques jeunes filles naïves dans leur patriotisme, quelques artisans pauvres et probes, quelques sectaires fanatisés par les doctrines (iémocrîitiques étaient toute la cour de Robespierre. La maison d'un ouvrier continuait à être son palais. C'était l'école d'un philosophe au lieu de l'entourage d'un dictateur. Mais ce philosophe avait le peuple indocile pour disciple, et ce peu;)le avait le glaive à la main. Robespierre lui-même, à cette époque, ne se sentait pas encore la force d'imposer ses volontés à la Convention. Danton vivait et pouvait le balancer sur la Montagne. Hébert, Pache, Chaumette, Vincent, Ronsin le bravaient à la commune. Le comité de salut public n'était pas assez dans sa main. Le tribunal révolutionnaire était un instrument docile à tous les partis. La populace de Paris déchaînée intimidait le véritable peuple, la lie débordait. La liberté était le scandale des républicains eux-mêmes. Ce n'était pas le règne, mais les saturnales de la république.
Hébert et Chaumette fomentaient tous les jours davantage ces excès : l'un dans ses feuilles du Père Duchesne, l'autre dans ses discours. Philosophes de l'école de Diderot, ces deux hommes remuaient la crapule du cœur humain. Ils professaient l'athéisme. Le perpétuel dialogue qu'ils entretenaient avec le peuple était assaisonné de jurements et de ces mots impurs qui sont à la langue des hommes ce que les immondices sont à la vue et à l'odorat. Ils infectaient le vocabulaire de la liberté. Le cynisme et la férocité se comprennent. La férocité est le cynisme du cœur. Le bas peuple était fier de voir élever sa trivialité h la dignité de langue
politique. Ce travestissement le faisait rire comme la mascarade des mots. La langue avait perdu sa pudeur. Ses nudités ne la faisaient plus rougir. Elle s'en parait comme une prostituée.
Les femmes du peuple avaient été les premières à applaudir au dévergondage d'Hébert. Mirabeau les avait suscitées d'un mot prononcé à Versailles, la veille des journées des 5 et 6 octobre. « Si les femmes ne s'en mêlent, i avaitil dit à demi-voix aux émissaires de l'insurrection parisienne, a il n'y aura rien de fait, i II savait que la fureur des femmes, une fois enflammée, s'élève à des accès et à des profanations qui dépassent l'audace des hommes.
L'inspiration antique, cette fureur sacrée, bouillonnait surtout dans les sibylles. Les démagogues savaient de plus que les baïonnettes s'émoussent devant les poitrines de femmes, et que ce sont des mains sans armes qui désarment le mieux les soldats. Les femmes de Paris, accourues à la tête des bandes de la capitale avaient en effet violé les premières le palais du roi, brandi le poignard sur le lit de la reine, et rapporté à Paris, au bout de leur piques, les têtes des gardes du corps massacrés. Tbéroigne de Méricourt et ses bandes avaient marché à l'assaut des Tuileries le 20 juin et le 10 août. Terribles pendant le combat, cruelles après la victoire, elles avaient assassiné les vaincus, mutilé les cadavres, égoulté le sang. La Révolution, ses agitations, ses journées, ses jugements, ses supplices étaient devenus pour ces mégères un spectacle aussi nécessaire que les combats de gladiateurs l'étaient aux patriciennes corrompues de Rome. Honteuses d'êtres exclues des clubs d'hommes, ces femmes avaient fondé d'abord, sous le nom de sociétés fralernelles, puis sous celui de sociétés de femmes républicaines et révolutionnaires, des clubs de leur sexe. Il y avait, à côté du lieu de leur réunion, jusqu'à des clubs d'enfants de douze à quinze ans, appelés \es Enfants Rouges : baptême de sang sur la tête de ces précoces républicains. Ces sociétés de femmes avaient des orateurs. La commune de Paris, sur le rapport de Chaumette, avait décrété que ces héroïnes des grandes journées de la Révolution auraient une place d'honneur dans les cérémonies civiques, qu'elles seraient précédées d'une bannière portant pour inscription : t Elles ont balayé les tyrans devant elles! — Elles assisteront aux fêtes nationales, i disait l'arrêté de la commune, i avec leurs maris et leurs enfants, et elles y tricoteront. y> De là vint ce nom de tricoteuses de Robespierre, nom qui flétrit ce signe du travail des mains et du foyer domestique. Chaque jour, des détachements de ces mercenaires, soldés par la commune, se distribuaient aux abords du tribunal, sur la route
des charrettes et sur les marches de la guillostine pour applaudir la mort, insulter les victime ei rassasier leurs yeux de sang. L'antiquité avait des pleureuses à gages, la commune avait des furies stipendiées.
La Société Fraternelle de femmes tenait ses séances dans une salle attenante à la salle des Jacobins. Cette réunion était composée de femmes lettrées qui discutaient avec plus de décence les questions sociales analogues à 'leur sexe, telles que le mariage, la maternité l'éducation des enfants, les institutions de secours et de soulagements à l'humanité. Elles étaient les philosophes de leur sexe. Robespierre était leur oracle et leur idole. Le caractère ufopique et vague deses institutions était conforme au génie des femmes, plus propre à rêver le bonheur social qu'à formuler le mécanisme des sociétés.
La Société Révolutionnaire siégeait à Saint- Eustache. Elle était composée de femmes perdues, aventurières de leur sexe, recrutées dans le vice, ou dans les réduits de la misère, ou dans les cabanons de la démence. Le scandale de leurs séances, le tumulte de leurs motions, la bizarrerie de leur éloquence, l'audace de leurs pétitions importunaient le comité de siilut public. Ces femmes venaient dicter des lois sous prétexte de donner des conseils à la Convention. Il était évident que leurs acte» leur étaient soufflés par les agitateurs de la commune et des Cordeliers. Elles étaient l'avant-garde d'un nouveau 31 mai. Particulièrement affiliées au club des Cordeliers, abandonné, depuis l'éclipsé de Danton, aux plus effrénés démagogues, elles calquaient leur» doctrines agraires sur le club des Enragés. Ce» trois clubs étaient à la commune ce que les Jacobins étaient à la Convention: tantôt son fouet, tantôt son frein, quelquefois son glaive. Hébert était leur Robespierre; Chaumette était leur Danton.
Une femme jeune, belle, éloquente, si l'on peut donner ce nom à l'inspiration désordonnée de l'âme, présidait ce dernier club. Elle se nommait Rose Lacombe. Fille sans mère, née du hasard dans les coulisses des théâtres de province, elle avait grandi sur les tréteaux subalternes. La vie pour elle n'avait été qu'un mauvais rôle; la parole, qu'une perpétuelle déclamation. Nature mobile et turbulente, l'enthousiasme révolutionnaire l'avait facilement emportée dans son tourbillon. Remarquée, admirée, applaudie dans les premières agitations de Paris, cette grande scène du peuple
DES GIRONDINS
Pavait dégoûtée de toute autre scène. Comme Collot-d'Herbois, elle avait passé, de plain pied, du théâtre à la tribune. Elle portait comme lui, dans les tragédies réelles de la république, les accents et \cs gestes de son premier métier. Le peuple aime naturellement ces natures déclamatoires. Le gigantesque lui paraît sublime. Plus sensible au bruit qu'h la vérité, ce qui contrefait la nature lui semble la surpasser.
Les femmes du club révolutionnaire étaient fières de cette femme qui parlait comme un homme, qui gesticulait comme une actrice et qui éblouissait de beauté. C'était la Pythie des faubourgs. La foule des créatures perdues qui hantaient ces clubs se glorifiaient d'avoir à leur tête un être que le vice avait marqué, de bonne heure, du même sceau qu'elles. Une femme pure les aurait humiliées. Rose Lacombe leur paraissait réhabiliter leur profession par l'excès du républicanisme. Elle avait un ascendant tout-puissant sur la commune. Elle gourmandait les députés. Bazire, Chabot pliaient devant elle. Robespierre, seul parmi les maîtres de l'opinion, lui interdisait sa porte. Elle se faisait ouvrir les prisons; elle dénonçait ou elle absolvait; elle obtenait des emprisonnements ou des grâces. Facilement fléchie par les larmes, elle intercédait souvent pour les accusés.
L'amour l'avait surprise elle-même dans un de ces cachots qu'elle visitait. Frappée de la beauté d'un jeune détenu, neveu du maire de Toulouse et emprisonné avec son oncle, Rose Lacombe avait tout tenté pour sauver son protégé. Elle injuria la Convention. Bazire et Chabot la dénoncèrent aux Cordeliers comme une intrigante qui voulait corrompre le patriotisme. lEIIe est dangereuse parce qu'elle est éloquente et belle, i dit Bazire. — k Elle m'a menacé, si je ne faisais pas mettre en liberté le maire de Toulouse,! dit Chabot, a Elle m'a avoué que ce n'était pas ce magistrat, mais son neveu qui intéressait son cœur. Moi, qu'on accuse de me laisser dompter par les femmes, j'ai résisté. C'est parce que j'aime les femmes que je ne veux pas qu'elles corrompent et calomnient la vertu! Elles ont osé attaquer jusqu'à Robespierre, s A ces mots Rose Lacombe se lève dans les tribunes et demande à répondre. Le club s'agite. Les spectateurs se partagent. Les uns veulent qu'elle soit entendue, les autres demandent son expulsion. Le président se couvre. Le club décide qu'il sera fait une adresse au comité de sûreté générale pour demander l'épuration de la Société des femmes révolutionnaires. La Convention n'osa pas encore les dissoudre.
Robespierre s'indigna, tout haut, de ces orgies d'opinion, où, sous prétexte d'animer le patriotisme, on pervertissait la cature. Chau-
mette redoutait la colère de Robespierre. Il voulut la conjurer. Il prépara une scène théâtrale, dans laquelle il affecterait l'austérité du tribun des mœurs contre les excès qu'il avait lui même provoqués. Vers la fin de janvier, une colonne de femmes révolutionnaires recrutées et guidées par Rose Lacombe. coiffées de bonnets rouges et étalant les nudités du costume, força l'entrée du conseil de la commune et troubla la séance par ses pétitions et par ses cris. Des murmures d'indignation concertés d'avance s'élevèrent dans le sein de l'Assemblée, i Citoyens, i s'écria Chaumette, i vous faites un grand acte de raison par ces murmures. L'entrée de l'enceinte où délibèrent les magistrats du peuple doit être interdite à ceux qui outragent la nation. — Non, i dit un membre du conseil, i la loi permet aux femmes d'entrer. — Qu'on lise la loi, » reprend Chaumette. ï La loi ordonne de respecter les mœurs et de les faire respecter. Or, ici je les vois méprisées. Et depuis quand est-il permis aux femmes d'abjurer leur sexe, d'abandonner les soins pieux du ménage, le berceau de leurs enfants, pour venir sur la place publique, dans la tribune aux harangues, à la barre du sénat, dans les rangs de nos armées, usurper des droits que la nature a répartis à l'homme? A qui donc la nature a-t-elle confié les soins domestiques? Nous a-t-elle donné des mamelles pour allaiter nos enfants? A-telle assoupli nos muscles pour nous rendre propres aux occupations de la maison et du ménage ? Non : elle a dit à l'homme sois homme, et à la femme sois femme et tu seras la divinité du sanctuaire intérieur ! Femmes imprudentes, qui voulez devenir hommes f n'êtes-vous pas assez bien partagées ? Vous dominez sur tous nos sens! Votre despotisme est celui de l'amour et par conséquent celui de la nature, i A ces mots, les femmes enlèvent de leurs fronts le bonnet rouge, t Rappelezvous, 1 continue Chaumette, i ces femmes perverses qui ont excité tant de troubles dans la république. Cette femme hautaine d'un époux perfide, la citoyenne Roland, qui se crut capable de gouverner la nation et qui courut à sa perte; cette femme homme, l'impudente Olympe de Gouges, qui fonda la première des sociétés de femmes et marcha à la mort pour ses crimes! Les femmes ne sont quelque chose que quand les hommes ne sont rien : témoin Jeanne d'Arc, qui ne fut grande que parce que Charles Vil était moins qu'un homme ! »
Les femmes se retirèrent, en apparence convaincues par l'allocution de Chaumette. Rose Lacombe n'en continua pas moins, à l'instigation d'Hébert, à agiter la lie de son sexe. Des groupes de femmes vêtues de pantalons rouges et les cheveux décorés de cocardes insultèrent et fustigèrent, dans les lieux publics, d'innocentes jeunes filles surprises par elles sans les signes extérieurs du patriotisme.
Amar, provoqué par Robespierre, prit la parole à ce sujet à la Convention, i Je vous dé nonce, î dit-il, un rassemblement de plus de six mille femmes soi-disant Jacobines et membres d'une prétendue société révolutionnaire. La nature, par la différence de force et de conformation, leur a donné d'autres devoirs. La pudeur, qui leur interdit la publicité, leur fait une loi de rester dans l'intérieur de la famille, i La Convention adopta ces principes et ferma les clubs de femmes. Rose Lacombe rentra dans l'obscurité et dans l'écume, d'où la passion révolutionnaire l'avait un moment soulevée.
émeutes incessantes contre les riches et les négociants, les cris contre les accapareurs, les folies du maximum commandées à la Convention, les démolitions, les exhumations, les violations des sépultures, les apostasies imposées à Gobel et à son clergé sous peine de mort, la proscription de cent mille prêtres poursuivis, incarcérés, martyrisés pour leur foi, la profanation des églises, les parodies de culte les proclamations d'athéisme, les honneurs rendus à rimmorulité, euiin le catéchisme crapuleux et sanguinaire dont le Père Duchcsne jetait, chaque matin, les feuilles au peuple, étaient
Hébert et son parti furent désarmés de ces i les symptômes qui révélaient à Robespierre et bandes, qu'ils exerçaient à des rassemblements à Danton les plans ou les délires de cette facd'abord suppliants, puis impérieux contre la | tion. Mais, couverte par la commune, cette Convention. '■ faction pouvait tout braver. Danton, presque