‹ Histoire de GirondinsChapitre 95 sur 107 · CHŒUR DES MÈRES DE FAMILLE · texte numérisé non relu

CHŒUR DES MÈRES DE FAMILLE

La république, etc.

L'horizon s'éclaircissait sur toutes nos frontières pendant qu'il s'assombrissait tous le« jours davantage à Paris. Le sang des victimes se mêlait nu sang des défenseurs de la patrie.

Plus le comité de salut public avait été terrible envers le parti d'Hébert et de Danton, plus il se croyait obligé de se montrer implacable envers les suspects de toute opinion. La terreur seule pouvait, dans ses idées, servir d'excuse à la terreur. Après avoir frap|)é les plut illustres fondateurs de la république, il fallait qu'on la crût inexorable envers ses ennemis. Le seul ressort du gouvernement était la guillotine. On ne laissait le pouvoir au comité qu'à la condition de concéder la mort au peuple. Parmi les membres du comité, les uns, comme Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, érigeaient cette férocité des circonstances en système et s'enveloppaient dans leur impassibilité; les autres, comme Couthon, Saint-Just, Robespierre, fermaient les yeux et concédaient ce sang au peuple, pour l'allécher à la république par ses plus mauvais instincts, s'efforçant de croire qu'ils empêcheraient la Révolution de tomber dans l'anarchie en adossant la république à l'échafaud. Ils se flattaient chimériquement de puiser dans le sang même la force détancber le sang ; car aucun d'eux peut-être ne voulait par système y submerger sa main et son nom. Mais une fois la terreur lancée, ils pensaient qu'elle devait écraser tout homme qui tenterait le premier de l'arrêter sur sa pente. L'exemple des Girondins, de Danton, de Camille Desmoulins était trop récent pour être oublié. Robespierre et ses amis épiaient l'heure de supprimer ce carnage. Mais les Jacobins les regardaient. L'heure propice ne se présentait pas. Il fallait, se disaient ils, se défaire de tels ou tels hommes suspects, dangereux ou féroces. Couthon, Saint-Just, Robespierre ajournaient la clémence, voilaient la justice, transigeaient avec l'échafaud. Leur crime n'était pas tant de subir la terreur que de l'avoir créée. En attendant, elle immolait, sans choix, sans justice, sans pitié, les têtes les plus hautes comme les plus obscures. Le niveau de la guillotine s'était abaissé. Elle fauchait indifféremment tous les rangs. La philosophie de Robespierre devenait un meurtre eo permanence. L'abîme l'entraînait. Terrible leçon à qui fait un premier pas au delà de sa conscience et de la justice !

Le comité de salut public ne s'était réservé dans la distribution des jugements et des supplices qu'une sorte de fonction mécanique, réduite à une sinistre formalité. Il dénonçait rarement lui-même, si ce n'est dans ces grandes occurrences où les procès prenaient la couleur et la gravité de crimes d'Etat. Le comité recevait les dénonciations de Paris, des représentants ea

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mission, des clubs, des départements. Il jetait un coup d'œil sur ces dénoncintions ou s'en fiait au rapport d'un de ses membres, et il ren voyait les accusés au tribunal révolutionnaire. Les accusés s'accumulaient ainsi dans les dixhuit prisons de Paris. Les noms, les pièces, les délations encombraient le greffe de Fabricius et les cartons de Fouquier-Tinville. Chaque soir l'accusateur public se rendait au comité pour demander des ordres. Si le comité voulait une proscription d'urgence, il remettait à Fouquier-Tinville la liste des accusés dont il fallait précipiter le jugement. Si le comité n'avait sous la main aucune tête d'élite à frapper, il laissait Fouquier-Tinville épuiser dans leur ordre au hasard les innombrables listes d'accusation dont il était débordé. L'accusateur public s'entendait avec le président du tribunal. Il associait ensemble par masse et par analogie d'ac cusation les détenus quelquefois les plus étrangers les uns aux autres. Il rédigeait et soutenait l'accusation. Il pourvoyait à l'exécution immédiate des jugements.

Ce mécanisme de meurtre marchait tout seul. Les charrettes, proportionnées au nombre présumé des condamnés, stationnaient à heure fixe dans les cours du Palais-de-Justice. hesinsnlteuses publiques entouraient les roues. Les exécuteurs buvaient dans les guichets. Le peuple se pressait dans les rues à l'heure des convois. La guillotine attendait. La mort avait sa rfflitine tracée comme l'habitude. Elle était deifenue une fonction de la journée. i

Depuis les derniers jours du mois de novembre 1793 jusqu'au mois de juillet 1794. le calendrier de la France était marqué de plusieurs têtes tombées par jour. Le nombre s'accrofesait de semaine en semaine. A la (in de mai on ne compta plus.

Le fils de Custine, âgé de 24 ans, emprisMné pour avoir pleuré son père, avait été jeté m cachot en attendant son jugement. Sa jeunesdb, sa beauté, les larmes de sa femme, qui le violait librement, avaient attendri la fille d'un geôlier. Cette jeune complice avait procuré à Custine des habits de femme, sous lesquels il devait s'évader h la chute du jour. Trente mille francs en or déjà comptés, par madame de Custine aux instruments de l'évasion, une voiture prête, un asile sûr rendaient la fuite certaine. Le jour était venu, l'heure avait sonné. Custine apprend qu'un décret de la Convention condamne h mort ceux qui auraient favorisé la fuite d'un prisonnier. Il dépouille son déguisment déjà revêtu. Il résiste aux étreintes de sa femme, aux supplications de la jeune fille, qui jure de les suivre et de se dévouer à la mort, s'il le faut, pour lui. Rien ne peut le vaincre. Il reste. Il est jugé. Il passe la dernière nuit de sa vie dans le cachot commun des condamnés, tendrement oçcup(§ à

sécher les larmes de sa femme et à la rattacher à la vie pour l'enfant de leurs amours. La première lueur du jour fait évanouir la jeune femme. On profite de cet évanouissement pour l'emporter. Custine marche au supplice «t meurt victime de son amour filial, de sa générosité et de son nom.

Clavière, informé dans son cachot du »uicide de Roland son ami, s'entretient philosophiquement le soir, avec ses compagnons de captivité, à la lueur d'une lampe, des conjec- I tures ou des certitudes de l'immortalité. Il passe en revue les moyens les pîus sûrs et les plus prompts d'échapper volontairement à la mort des suppliciés, afin de conserver un héritage à ses enfants. Il cherche avec la pointe de son couteau sur sa poitrine la place où le cœur palpite, pour ne pas se tromper de coup ; il rentre calme dans sa chambre. Le lendemain les guichetiers trouvent Clavière endormi dana son sang, la main sur son poignard, le poignard dans le cœur. Sa femme. Genevoise comme lui. apprend la mort de son mari et s'empoisonne, après avoir sauvé un reste de fortune, et assuré une autre famille à ses enfants. j L'évêque de Lyon, Lamourette, flétri par I les royalistes pour avoir bien espéré des hom- ] mes, proscrit par les révolutionnaires pour 1 avoir voulu conserver à la Révolution sa congj cience, convertit dans sa prison les impies à 1 Dieu et les infortunés à l'espérance. » Non, ! mes amis, j s'écria-t-il la veille de sa mort on se frappant le front, c on ne peut tuer la pensée, et la pensée c'est tout l'homme ! Qu'est- 1 ce que la guillotine ? i disait-il encore en badi- I nant avec le supplice, i une chiquenaude sur le j cou ! ï Le dernier soupir de cet homme de I bien fut un soupir de paix.

Il ne restait plus que deux Girondins illuatres échappés, pendant six mois, aux proscrip- I tions de la Montagne: c'étaient Louvet et j Condorcet.

I XVIL

Condorcet, le lendemain du 31 mai, attend ! les gendarmes qui doivent le garder chez lui. Les Montagnards hésitent un moment devant un si grand nom. Ils craignent de déshonorer la Révolution en proscrivant le philosophe. Les Jacobins reprochent aux Montagnard* leur faiblesse. Plus Ihomiue est grand, plus le conspirateur est dangereux. Le respect est un préjugé. Les plus hautes têtes doivent tomber les premières. Condorcet, fléchi par les larmes de sa femme, est entraîné par un ami, M. Pinel, vers un asile sûr, rue Servandoni, no 21, dans un de ces quartiers obscurs de Pari» cachés sous l'ombre des hautes murailles et des tours de Saint Sulpice. Là, une veuve pauvre, vouée aux malheureux, madame Vernet, possède une petite maison dont elle loue

les appartements à quelques locataires paisibles, inconnus comme elle. M. Pinel conduit Condorcet dans cette demeure à la chute du jour. Il veut dire à madame Vernet le nom de l'ami qu'il confie à son hospitalité. « Non, i répond cette femme généreuse à M. Pinel, fje neveux pas savoir son nom; je sais son malheur, c'est assez ! Je le sauverai pour Dieu et pour vous, et non pour son nom. Sa retraite en sera plus sûre et mon dévouement plus désintéressé, i

Condorcet s'enferme avec quelques livres et avec ses pensées dans une chambre haute du dernier étage. Il prend un nom imaginaire. Il ne sort jamais. Il n'ouvre sa fenêtre que la nuit. Il ne descend que pour prendre ses repas, comme un convive de famille, à la table de son hôtesse. Un jour il croit reconnaître sur l'escalier un Conventionnel du parti de la Montage, nommé Marcos. iJe suis perdu, s dit-il à madame Vernet, n il y a un Montagnard logé dans votre maison. Laissez-moi fuir, car je suis Condorcet. — Restez,! lui répond la femme intrépide, i Je connais Marcos, je réponds de lui. Je vais l'enchaîner par mon propre salut. Je vais lui dire : Condorcet est ici, il est proscrit, je le sais, je lui donne asile. S'il est découvert, je périrai avec lui. Un seul homme connaît ce secret; s'il est révélé, si Condorcet est guillotiné, son sang et le mien retomberont sur vous seul. ï Le Conventionnel fut discret. Tous les jours le proscripteur et le proscrit se rencontraient sur l'escalier et passaient en affectant de ne pas se connaître.

Condorcet resta dans cet asile ignoré pendant l'automme et l'hiver de 1793, et pendant les premiers mois du printemps de 1794. II écrivit, au bruit des démences et des fureurs de la liberté, son livre De la peifectibililé du genre humain. L'espérance du philosophe survivait eu lui au désespoir du citoyen. Il savait que les passions sont passagères et que la raison est éternelle. Il la confessait comme l'astronome confesse l'astre jusque dans son éclipse. Sa solitude était consolée par ses tra- Taux; elle l'était surtout par les visites assidues de sa jeune épouse, dont l'éclatante beauté et l'âme éloquente avaient fait l'enivrement de sa jeunesse et l'attrait de sa maison. Elle appartenait à la noble famille de Grouchy. Tombée, depuis la chute de sa famille et depuis la proscripiion de son mari, du luxe dans l'indigence, cette jeune femme gagnait sa vie en faisant les portraits des personnages célèbres de la terreur. Ces parvenus de la liberté jouissaient de feire reproduire leur image par la main d'une aristocrate. La nuit venue, madame de Condorcet se glissait inaperçue dans les ruelles sombres qui conduisaient à la maison de son raari, et lui donnait dans le mystère des heures de consolation et de bonheur. Heures d'au-

tant plus douces qu'elles étaient dérobées à la mort.

Condorcet aurait été heureux et sauvé s'il eût su attendre. Mais l'impatience de son imagination ardente l'usait et le perdit. Il fut saisi, au retour du printemps et à la réverbération du soleil d'avril contre les murs de sa chambre, d'un tel besoin de liberté et de mouvement, d'une telle passion de revoir la nature et le ciel, que madame Vernet fut obligée de le surveiller comme un véritable prisonnier, de peur qu'il n'échappât à sa bienfaisante surveillance. Il ne parlait que du bonheur de parcourir les champs, de s'asseoir à l'ombre d'un arbre, d'écouter le chant des oiseaux, le bruit des feuilles, la fuite de l'eau. La première verdure des arbres du Luxembourg, qu'il entrevit de sa fenêtre, porta cette soif d'air et de mouvement jusqu'au délire. On tenait la porte de la maison soigneusement fermée, de peur (|ue Condorcet ne la franchît.

Enfin le 6 avril, à dix heures du matin, le jour étant plus splcndide et plus provoquant qu'à l'ordinaire, Condorcet descend, sous prétexte de prendre son repas, dans la salle commune. Celte salle basse était rapprochée de la porte de la rue. A peine assis, il feint d'avoir oublié un livre dans sa chambre. Madame Vernet lui offre, sans soupçon, d'aller lui chercher le volume. Condorcet accepta. Il profite de l'absence de son hôtesse pour s'élancer hors du seuil.

A quelques pas de la maison, Condorcet rencontre dans la rue de Vaugirard un commensal de son hôtesse nommé Serret. Ce jeune homme, tremblant pour le fugitif, l'accompagne. Ils passent ensemble la barrière, s'embrassent, se séparent. Condorcet erre, tout le jour, dans les environs de Paris. Il jouit avec ivresse de son imprudente liberté. La nuit venue, Condorcet alla frapper à la porte d'une maison de campagne où M. et madame Suard, ses amis, vivaient retirés dans le village de Fontenay-aux-Roses. On lui ouvrit. Nul ne sait et' qui se passa dans cette entrevue nocturne entre le proscrit mendiant un asile, et des amis tremblant d'appeler la mort sur leur demeure en y dérobant un accusé. Les uns disent que l'amitié fut timide ; les autres, que Condorcet se refusa généreusement aux instances, de peur de traîner avec lui son malheur et son crime sur le seuil qu'il aurait habité. Quoi qu'il en soit, après un court entretien à voix basse, il ressortit par une porte dérobée du parc au ssilieu de la nuit.

On assure qu'il revint quelques heures après, et qu'il trouva fermée au verrou cette même porte qu'il devait retrouver ouverte. Conjectures que repoussent on qu'autorisent égale-

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ment le caractère généreux de Suard et la tendresse d'une épouse alarmée qui tremble pour son mari Calomnie de l'amitié peutêtre, qui attrista jusqu'à la fin la vie de ceux sur qui on jeta la responsabilité du lendemain.

La nuit couvrit les pas et les iiTésolutions de Condorcet. On vit le jour suivant, vers le «oir, un homme harassé de fatigue, les pieds boueux, le visage hâve, l'œil égaré, la barbe longue, entrer dans un cabaret de Clamart. Sa veste d'ouvrier, son bonnet de laine, ses souliers ferrés contrastaient avec la délicatesse de ses mains et la blancheur de sa peau. Il demanda des œufs et du pain et mangea avec unç avidité qui attestait une longue abstinence; Interrogé par l'hôte sur sa profession, il répondit qu'il était le domestique d'un maître qui venait de mourir. Pour confirmer cette assertion, il tira de sa poche un portefeuille qui renfermait de faux papiers. L'élégance dg portefeuille, qui jurait avec la prétendue do» mesticité et avec l'indigence des habits, dé* nonça Condorcet. Des membres du comité révolutionnaire, attablés dans la salle corn» mune, l'arrêtèrent comme suspsct et voulut rent le faire conduire à la prison de Bourg-lai Reine. Blessé au pied par les longues marche» de la veille et de la nuit précédente, épuisé dé forces, Condorcet tombait à chaque pas dan» des évanouissements : les paysans furent obli| gés de le hisser sur le cheval d'un pauvre vigneron qui passait sur la route. Jeté dans lé prison de Bourg-la-Reine, le philosophe avali un poison qu'il portait toujours sur lui : arml secrète contre l'excès de la tyrannie. Condor! cet s'endormit. Le sommeil lui déroba sa proj pre mort comme il déroba une tête au bouri reau. Les gardes nationaux qui veillaient à là porte et qui n'avaient entendu aucun brui| dans le cachot, ne trouvèrent qu'un cadavre i la place de leur prisonnier. Ainsi mourut ce Sénèque de l'école moderne. Placé entre le» deux camps pour combattre le vieux monde 4 pour modérer le nouveau. Condorcet périt dans leur choc sr^ns s'étonner et sans gémir; il savait que les vérités ne se donnent pas gratuitement à l'humanité, mais qu'elles s'achètent, et que la vie des philosophes est la ranpoo de la vérité. Le temps de la reconnaissance n'est pas encore venu pour lui. 11 viendra et disculpera la mémoire du philosophe des reproches faits à la jeunesse et à l'ardeur du patriote.

Le jour même où Condorcet expirait à Bourg- la- Reine, Louvet entrait à Paris. Après

s'être séparé à Saint-Emilion, au milieu de Ift nuit, de Barbaroux, de Buzot et de Péthion, à la porte de cette femme cruelle qui avait refusé une goutte d'eau à un mourant, Louvet avait marché toute la nuit. Au point du jour il avait franchi, avant l'heure du réveil des habitants, le village de Monpont, frontière extrême de la Gironde. Hors du département suspect, la surveillance était moins active. Couvert de l'uniforme de volontaire, affectant le jacobinisme d'attitude et de propos, blessé à la jambe, empruntant pour faire route les voitures chargées de paille et de foin qui portaient les réquisitions dans les villes. Louvet parvint, à force de déguisements et de luses, à s'approcher de Paris. Il y entra enfin grâce au dévouement d'un guide fidèle; il y brava, dans le sein du mystère et de l'amour, les ressentiments de Robespierre. Chaque jour, en lui apportant la nouvelle de la mort d'un de ses derniers amis, lui faisait goûter la vie comme on goûte la dernière heure de félicité qui va finir.

Laréveillère-Lépaux, député girondin comme Louvet, était du petit nombre de ceux qui échappaient dans l'ombre à la guillotine. La Révolution avait trouvé Laréveillère jurisconsulte h Mortsgne, sa patrie, dans le bas Poitou. Les principes nouveaux avaient été pour lui non une fureur mais une religion. Elève dei philosophes, il rêvait l'avènement de la raison humaine dans les cultes comme dans les lois. Mais cette raison n'était pas, comme celle de Diderot, un ricanement amer contre les institutions et les dogmes ; elle était un ardent amour de la lumière et une aspiration passionnée de l'humanité à Dieu. Ces doctrines avaient attaché Laréveillère-Lépaux aux Girondins, non parce qu'ils étaient moins incrédules, mais parce qu'ils étaient moins sanguinaires qne les Montagnards. Dénoncé, le lendemain de leur chute, comme leur complice, une voix s'était écrié du haut de la Montagne : I Laissez-le mourir tout seul. Il n'a pas deux jours de vie. j Laréveillère en eflfet était alort mourant. Cette voix l'avait sauvé. Mais bientôt proscrit avec les soixante-treize député» suipects de regrets pour la Gironde, il avait fui sous des déguisements divers et par des lieux inconnus. Bosc, l'ami de madame Roland, et Laréveillère s'étaient d'abord réfugiés dant une chaumière abandonnée de la forêt de Montmorency. Ils y passèrent l'hiver. Ni l'un ni l'autre n'avait emporté d'argent. Ils vécurent de pommes de terre et de colimaçoni, Une poule et un coq étaient toute leur richesse. Un jour exténués de privation et de faim, ils résolurent de tuer la poule. Un oiseau de proie plus aflfamé qu'eux fond sur la poule, la tue et l'enlève.

Quand les administrateurs de Seine et-Oise venaient chasser dans la forêt, Laréveillère et

Bosc s'enfouissaient sous des meules de foin ou sous des monceaux de feuilles sèches. Soupçonnés par les gardes, ils se séparèrent. Chacun d'eux alla mendier au hasard un autre asile. Laréveillère s'achemina vers le Nord. Là, un ami moins suspect lui avait offert dans d'autres temps l'hospitalité. Vêtu de haillons, les pieds nus, le visage creusé par l'insomnie et par la fatigue, le proscrit rencontra sur le grand chemin le représentant du peuple Bouchotte, traîné par quatre chevaux, sa voiture couverte de lauriers et de drapeaux tricolores, lui-même coiffé du bonnet rouge. Laréveillère tremble d'avoir été reconnu. Il s'écarte dans les champs. Un berger partage avec lui ses aliments et sa cabane roulante. Le lendemain un pauvre paysan lui donne un pain qu'il portait dans les champs à son fils. Aux portes de la petite ville de Roye, voisine de Buire, le fugitif rencontre une foule de peuple. On rapportait^ à la ville, sur un brancard, un proscrit comme lui, qui s'était suicidé sur le grand chemin. Cet augure glace son courage. Laréveillère erre, la nuit dans les champs labourés, le jour dans les bois. Il arrive enfin mourant à la porte de son ami. Reçu comme un frère, caché, soigné, guéri par les soins d'une famille généreuse, il passe les mauvais jours, sous un nom supposé, et se livre en paix à sa passion pour l'étude des plantes. C'est là qu'inspiré par cette divinité qui se dévoile et qui parle dans les merveilles de la végétation, Laréveillère entrevit cette religion simple et pastorale dont il fut plus tard non l'inventeur mais l'apôtre, sous le nom de Ihiophilanthropie. Cette philosophie pieuse et non ce culte, composée de deux dogmes élémentaires extraits de l'Eyangile, l'amour de Dieu et l'amour des hommes, fut préchée d'abord par M. H. Haiiy, frère de l'abbé HaUy, célèbre naturaliste.

Laréveillère, dont cette religion porta le nom, n'y prit d'autre rôle que celui de protecteur de ses innocentes cérémonies et d'approbateur de sa morale, quand la fortune l'eut élevé à la première magistrature de la république.

La légèreté moqueuse de l'opinion rattacha cette tentative du culte à Laréveillère-Lépeaux. On infligea le ridicule à son nom. Proclamer la divinité au milieu du matérialisme, la morale au pied des échafauds, l'amour au sein des discordes civiles, ne motivait pas ce mépris. Rien de ce qui cherche à relever l'humanité vers Dieu ne doit être rabattu par la dérision. Toutes les pensées religieuses, même quand elles avortent dans le temps, ont l'immortalité dans leur nature. Le nom de Laréveillère-Lépaux restera honoré et non flétri par la pensée qu'il éleva à Dieu du sein des théories du néant.

Un autre philosophe, M. de Malesherbes, eut

les mêmes malheurs et plus de gloire. Il scella sa vie par sa mort. Sa longue et modeste vertu fut couronnée par le supplice. Depuis l'acte de fidélité suprême qu'il avait accompli en défendant Louis XVI devant la Convention, M. de Malesherbes s'était retiré à la campagne. 11 y vivait en patriarche au milieu de ses enfants et de ses petits-enfants. On supposa que sa vertu était une conspiration contre le temps. On l'enleva ainsi que M. de Rosambeau son gendre, ses deux petites: filles et leurs maris. L'un d'eux était M. de Chateaubriand, frère aîné de celui qui devait rendre à son nom plus de lustre qu'on ne lui ravissait de sang ! Ils furent tous jetés dans la prison de Port-Libre et conduits par groupes au tribunal. M. de Malesherbes avait appris à mourir au Temple. Il mourut sans s'indigner contre ses assassins. Il prit le temps et la justice des hommes en patience et en espérance. Prêt à monter au tribunal, il fit un faux pas sur le seuil de la prison : a Mauvais augure, dit-il ; un Romain rentrerait à la maison ! i Les prisonniers de la Conciergerie lui demandèrent sa bénédiction, comme celle de l'honneur antique qui allait remonter au ciel avec lui. Il la leur donna en souriant, ï Surtout ne me plaignez pas, i dit-il, i J'ai été disgracié pour avoir voulu devancer la Révolution par des réformes populaires. Je vais mourir pour avoir été fidèle à l'amitié de mon roi. Je meurs en paix avec le passé et avec l'avenir.! Sa famille entière le suivit, en peu de jours, à l'échafaud.

Pendant que le généreux vieillard allait à la mort pour avoir défendu son maître, Cléry, languissait emprisonné à la Force pour l'avoir servi et consolé dans sa captivité. Il démentait ainsi par le long supplice qu'il avait accepté au Temple, et par la cruelle détention qu'il subissait comme royaliste, les doutes sur son dévouement à la royauté ; doutes contre lesquels la vie entière de ce modèle des serviteurs des rois détrônés proteste, et que sa famille a toujours énergiquement repoussés de sa mémoire et de .son nom.

Le vieux Luckner, oublié longtemps dans les cachots ; le député Mazuyer, accusé du crime d'avoir fait sauver Pélhion et Lanjuinais; Duval-Dépréménil, un des premiers tribuns du parlement ; Chapelier, Thouret, l'un rapporteur de la première constitution, l'autre un des réformateurs les plus éclairés de no» codes, suivirent de près M. de Malesherbes. En montant dans la charrette qui allait les conduire à la guillotine : t Ce peuple va nous donner tout à l'heure un problème embarrassant à résoudre, i dit Chapelier à Dépréménil. — « Et lequel, » dit Dépréménil. — c Celui de savoir auquel de nous deux s'adresseront ses malédictions et ses huées, i — i A tous deux, » répondit Dépréménil. Mais déjà on ne jugeait plus qu'en masse, par classe, par rang, par

fonction, par génération, par famille. Tou8 les membres du parlement de Paris, tous les rece- Tcurs généraux des finances, toute la noblesse de France, foute la magistrature, tout le clergé étaient arrachés h leurs châteaux, fi leurs autels, à leurs retraites, entassés dans les vingthuit prisons de Paris, extraits tour h tour de leurs cachots, traduits, par catégories à la fois, au tribunal et traînés de là h l'échafaud.

Plus de huit mille suspects encombraient ces seules prisons de Paris, un mois avant la mort de Danton. En une seule nuit, on y jeta trois cents familles du faubourg Saint-Germain, tous les grands noms de la France historique, militaire, parlementaire, épiscopale. On ne ss donnait pas l'embarras de leur inventer un crime. Leur nom suffisait. leurs richesses les dénonçaient, leur rang le» livrait. On était coupable par quartier, par rang, par fortune, par parenté, par famille, par religion, par opinion, par sentiments présumés; ou plutôt il n'y avait plus ni innocents ni coupables, il n'y avait plus que des proscripteurs et des proscrits. Ni l'âge, ni le sexe, ni la vieillesse, ni l'enfance, ni les infirmités qui rendaient toute criminalité matériellement impossible ne sauvaient de l'accusation et de la condamnation. Les vieillards paralytiques suivaient leurs fils, les enfants leurs pères, les femmes leurs maris, les filles leurs mères. Celui-ci mourait pour son nom, celui-là pour sa fortune ; tel pour avoir manifesté une opinion, tel pour son silence, tel pour avoir servi la royauté, tel pour avoir embrassé avec ostentation la république, tel pour n'avoir pas adoré Marat, tel pour avoir regretté les Girondins, tel pour avoir applaudi aux excès d'Hébert, tel pour avoir souri à la clémence de Danton, tel pour avoir émigré, tel pour être resté dans sa demeure, tel pour avoir aflfamé le peuple en ne dépensant pas son revenu, tel pour avoir affiché un luxe qui insultait à la misère publique. Raisons, soupçons, prétextes contradictoires, tout était bon. Il suffisait de trouver des délateurs dans sa section, et la loi les encourageait en leur donnant une part dans les confiscations. Le peuple, à la fois dénonciateur, juge et héritier des victimes, croyait s'enrichir des biens confisqués. Quand les prétextes de mort manquaient aux proscripteurs, ils épiaient des conspirations vraies ou simulées dans les prisons. Des espions déguisés sous l'apparence de détenus provoquaient des confidences, des soupirs vers la liberté, des plans d'évasion entre les prisonniers, les inventaient quelquefois, puis les révélaient à Fouquier- Tinville. Ils inscrivaient sur leurs listes de délation des centaines de noms de suspects qui apprenaient leurs crimes par leurs accusations. C'est ce qu'on appelait ]e9 fournées de la guillotine. Elles faisaient du vide dans les cachots ; elles donnaient au peuple l'émotion feinte d'un grand forfait puni, d'un grand péril évité par

la vigilance et par la sévérité de la république. Elles entretenaient la terreur, elles imposaient le silence au murmure. Chaque jour le nombro de charrettes employées à conduire les condamnés à l'échafaud s'augmentait. A quatre heures, elles roulaient plus ou n)oins chargées, par le Pont-au Change et la rue Saint-Honoré, vers la place de la Révolution. On prolongeait leur route pour prolonger le spectacle au peuple, le supplice aux victimes.

Ces chars funèbres rassemblaient souvent le mari et la femme, le père et le fils, la mère et les filles. Ces visages éplorés qui se contemplaient mutuellement avec la tendresse suprême du dernier regard, ces têtes de jeunes filles appuyées sur les genoux de leurs mères, ces fronts de femmes tombant, comme pour y trouver de la force, sur l'épaule de leurs maris, ces cœurs se pressant contre d'autres cœurs qui allaient cesser de battre, ces cheveux blancs, ces cheveux blonds coupés par les mêmes ciseaux , ces têtes vénérables , ces têtes charmantes tout à l'heure fauchées par le même glaive ; la marche lente du cortège, le bruit monotone des roues, les sabres des gendarmes formant une haie de fer autour des charrettes, les sanglots étouffés, les huées de la populace, cette vengeance froide et périodique qui s'allumait et qui s'éteignait, à heure fixe, dans les rues où passait le cortège, imprimaient à ces immolations quelque chose de plus sinistre que 'l'assassinat, car c'était l'assassinat donné en spectacle et en jouissance à tout un peuple.

Ainsi moururent, décimées dans leur élite, toutes les classes de la population, noblesse, église, bourgeoisie, magistrature, commerce, peuple même; ainsi moui'urent tous les grands et obscurs citoyens qui représentaient en France les rangs, les professions, les lumières, les situations, les richesses, les industries, les opinions, les sentiments proscrits par la sanguinaire régénération de la terreur. Ainsi tom- |)èrent , une à une, quatre mille têtes en jjuelques mois, parmi lesquelles les Montmoi-ency, les Noailles, les La Rochefoucauld, les Mailly, les Mouchy, les Lavoisier, les Nicolaï, les Sombreuil, les Brancas, les Broglie. les Boisgelin, les Beauvilliers, les Maillé, les Monîalembert, les Roquelaure, les Roucher, les Chénier, les Grammont, les Duchâtelet, les Clermont-Tonnerre, les Thiars, les Moncrif, les Molé-Champlatreux. La démocratie se faisait place avec le fer; mais, en se faisant place, elle faisait hor/eur à l'humanité.

Le passage régulier de ces processions de l'échafaud, après avoir été longtemps un spectacle et une sorte d'illustration sinistre pour les rues qu'elles parcouraient, et surtout pour la rue Saint Honoré, était devenu un supplice

et une espèce de diffamation pour ces quartiers. Les passants les évitaient. Les fenêtres, les magasins, les boutiques se fermaient à l'approche des convois. Les vociférations de la foule allaient menacer jusque dans leurs foyers les citoyens qui habitaient ces rues, et effrayer les enfants dans les bras de leurs mères. Les locataires abandonnaient leurs domiciles. Les propriétaires commençaient à se plaindre, dans des pétitions à la commune, de ce qu'on avait fait de leurs maisons les loges privilégiées du supplice. Le sang de deux ou trois mille victimes ruisselant, depuis le printemps, sur les pavés de la place de la Révolution comme dans un abattoir dhommes, tachait la boue et infectait l'air. Les Tuileries et les Champs- Elysées étaient désertés par la foule des promeneurs. Les miasmes de la mort corrom paient l'ombre de leurs arbres.

Deux exécutions plus sinistres et plus solennelles que les autres achevèrent de soulever l'indignation de ces quartiers contre l'emplaceraent de la guillotine. Au moment de la prise de Verdun par le roi de Prusse, en 1791, la ville avait fêté l'entrée de ces libérateurs de Louis XVI. Les habitants conduisirent leurs filles à un bal, ceux-là par opinion, ceux-ci par peur. Après la délivrance de Verdun, la république se souvint des joies dont ces enfants avaient été les décorations et non les coupables. Amenées à Paris et traduites au tribunal, leur âge, leur beauté, leur obéissance à leurs parents, l'ancienneté de l'injure, les triomphes vengeurs de la république ne furent pas comptés pour excuse. Elles furent envoyées à la mort pour le crime de leurs pères. La plus âgée avait dix-huit ans. Elles étaient toutes vêtues de robes blanches. La charrette qui les portait ressemblait à une corbeille de lis dont les têtes flottent au mouvement du bras. Les bourreaux attendris pleuraient avec elles.

Le peuple s'étonnait de sa propre rigueur. Le lendemain, les charrettes, plus nombreuses, charrièrent au supplice toutes les religieuses de l'abbaye de Montmartre. L'abbesse était madame de Montmorency. Ces pauvres filles de tout âge, depuis la tendre jeunesse jusqu'aux cheveux blancs, jetées encore enfants dans les monastères, n'avaient, pour crimes, que la volonté de leurs parents et la fidélité de leurs vœux. Groupées autour de leur, abbesse, elles entonnèrent de leurs voix féminines les chants sacrés en montant sur les charrettes, et les psalmodièrent en chœur jusqu'à l'échafaud. Comme les Girondins avaient chanté l'hymne de leur propre mort, ces filles chantèrent, jusqu'à la dernière voix, l'hymne de leur martyre. Ces voix troublèrent comme un remords le cœur du peuple. L'enfance, la beauté, la reli-

gion, immolées à la fois dans ces deux exécutions, forcèrent la multitude à détourner les yeux..

La commune craignit de fatiguer le patriotisme de ces quartiei-s opulents. Elle se confia davantage à l'implacabilité des faubourgs. Elle choisit le faubourg Saint-Antoine, sol natal de la révolution du 14 juillet, et fit élever la guillotine à la barrière du Trône. Moins inquiets de froisser la pitié du peuple de ce faubourg, les prescripteurs inaugurèrent ce nouveau calvaire par des exécutions plus nombreuses. La file des convois s'allongeait de plusieurs charrettes tous les jours. Une fois elles portaient, avec quarante-cinq magistrats de Paris, trentetrois membres du parlement de Toulouse; une autre fois vingt-sept négociants de Sedan ; souvent soixante et jusqu'à quatre-vingts condamnés.

Une des charrettes parut dans les derniers temps escortée par de pauvres enfants en haillons. Ces enfants semblaient bénir et pleurer un père. Le vieillard assis sur la charrette était l'abbé de Fénélon, petit- neveu de l'auteur dé Télémaque, ce germe chrétien d'une révolution égarée qui buvait aujourd'hui le sang de sa famille. L'abbé de Fénélon avait institué à Paris une œuvre de miséricorde en faveur de ces enfants nomades qui viennent tous les hivers, des montagnes de la Savoie, gagner leur vie en France, dans la domesticité banale des grandes villes. Ces enfants, apprenant que leur providence allait leur être enlevée, se transportèrent en masse, le matin, à la Convention, pour implorer l'humanité des représentants et la grâce de la vertu. Leur jeunerse, leur langage, leurs larmes attendrirent la Convention, s Etes-vous donc des enfants vous-mêmes, i s'écria l'impassible Billaud-Varennes, i pour vous laisser influencer par des pleurs? Transigez une fois avec la justice, et demain les aristocrates vous massacreront sans pitié ! i

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Ce même Billaud-Varennes, qui refusait ainsi la pitié à des orphelins, eut besoin plus tard, dans son exil à Cayenne, de la pitié d'une esclave noire. — La Convention n'osa pas mollir à sa voix. L'abbé de Fénélon marcha à la mort escorté de ses bienfaits. Il avait quatre-vingtneuf ans. Il fallut l'aider à monter les degrés de la guillotine. Debout sur l'échafaud, il pria le bourreau de lui délier les mains pour faire le geste du dernier embrassement à ces pauvres petits. Le bourreau ému obéit. L'abbé de Fénélon étend ses mains. Les Savoyards tombent à genoux. Ils inclinent leurs têtes nues sous la bénédiction du mourant. Le peuple atterré les imite. Les larmes coulent, les sanglots éclatent. Le supplice devient saint comme un sacrifice.

DES GIRONDINS

Le faubourg Saint-Antoine s'indigna à son tour d'avoir été choisi pour la ville de la mort. Le sol repoussait le bourreau. Mais les proscripteurs ne trouvaient pas la mort assez prompte.

Un soir, Fouquier-Tinville fut appelé au comité de salut public, t Le peuple, i lui dit Collot, i commence à se blaser. Il faut réveiller ses sensations par de plus imposants spectacles. Arrange-toi pour qu'il tombe maintenant cent cinquante têtes par jour. — En re-

venant de là, I dit dans sou interrogatoire l'obéissant Fouquier-Tinville, c mon esprit était tellement troublé d'horreur, que la rivière, comme à Danton, me parut rouler du sang, i Dans le cimetière de Mousseaux, une vaste fosse, toujours ouverte et dont les bords étaient encombrés de tonneaux de chaux , recevait pèle mêle, chaque jour, les têtes et les troncs des décapités. Véritable égout de sang, à l'entrée duquel on avait gravé l'inscription du néant: dormir; comme si les bourreaux eussent voulu se rassurer eux-mêmes, en affirmant que les victimes ne se réveilleraient jamais.

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