‹ Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme d'après de nombreux documents inéditsChapitre 23 sur 59 · III · texte numérisé non relu

III

» tous les Membres da Gouvernement, rétat*major de » Parmée de l'intérieur, toutes les autorités constituées de » Parîs^ et de livrer cette grande commune à un pillage » général et aux plus affreux massacres. »

Il lui donnait aussi avia que U Directoire exécutif, informé du lieu « où les' chefs de cette affreuse conspiration étoient rassenjiblés et tenoient leur Comité de révolte », avait donné des ordres pour les faire arrêter.

Le même jour, pendant que l'on fixait^ dit-on^ au sein du Directoire secret la date de la prise d'armes, des soldats envahirent la salle des sâinces et s'emparèrent des principaux conjurés, ainsi que des ex<-Conventionnels Vadier, Ricord, Laignelot et Drouet. ^

On se mit ensuite à la poursuite de Babeuf, qu'on arrêta, non à son domicile particulier, rue du < faubourg Honoré, n^ 29 », mais chez un tailleur d'habits, nommé Tissot^où il s'était réfugié, rue de la Grande-Truanderiet n<^ 21, au moment pu il rédigeait avec Buonarroti^ les manifestes qui devaient < établir et réglementer la conjuration. »

Les papiers de la conjuration furent saisis en même temps dans ce dernier domicile ; quant aux papiers personnels de Babeuf, notamment ceux que nous utilisons pour ce livre, ils étaient ailleurs et restèrent ignorés des juges de Vendôme.

L'arrestation des Babouvistes coïncidait avec la bataille de Lodi. *^

Ce fur, prétend Michelet, « une bonne nouvelle pour » Bonaparte, qui, dès lors, trama, dit-il lui-même, contre 0» le Directoire. »

UEgalité absolue et la communauté des biens^ étaient les principes fondamentaux du système de Babeuf.

Us se trouvent nettement formulés dans V Analyse et dans les autres documents que nous avons reproduits.

Par conséquent, il était impossible de mettre ces principes en action sans bouleverser- de fond en comble la société.

Mais^d'un autre côté, rarrestation de- Babeuf assurait définitivemeot le triomphe de la réaction thermidoriennei et la chute prochaine de la République.

On a lu les gros mots employés dans le Message du Directoire pour dénoncer la conjuration et épouvanter la population.

Les ressources de cette prétendue conspiration^ se composaient de « deux mille livres en assignats^ de deux pam- < phletSj d'une austérité ridicule, d'un zèle inutile. ^Ce. sont les expressions de Babeuf; et les troupes^ ajoute-t-il^ ne pouvaient être gagnées qu'avec de l'argent.

Et l'argent, manquait: donc un soulèvement n'était pas possible.

L'exaspération du Peuple était grande et ûiste ; « et on aurait pu compter sur lui » ; mais, comme le dit encore Babeuf, qu'espérer de ce Peuple qu'« un rien étouffait >, quand les groupes de germinal s'< évanouissaient à la vue d'une patrouille », quand la Société du Panthéon disparaissait « à la lecture d'un arrêté. »

Il ' ne restait, dès lors^ < aux hommes sensibles >, que 4 des regrets superflus et des plaintes inutiles. »

Les temps n'étaient plus les mêmes; et pour excuser ses tentatives, Babeuf sera réduit, comme dernière ressource oratoire, à dire tristement aux jurés de Vendôme :

« Comparez, si vous voulez^ la situation des patriotes en prairial an III à celle de floréal de l'an IV : Alors^ le Peuple avait encore ses assemblées^ tous les citoyens étaient armés, les sections de Paris gardaient leur artillerie, le Peuple avait grand nombre de partisans dans la Convention et dans les autorités. En floréal de l'an IV, au contraire, plus 'd'assemblées, plus d'armes, point d'argent, point de partisans dans l'autorité, l'inquisition la plus sincère, la terreur la plus révoltante sur tout ce qui avait Pair de la démocratie. »

On a prétendu que Babeuf rêvait à ce moment le retour

<aï8)

éù k MonarchM : c'est uae calomak. Robeapierre avait bîM dit UD jour^ à la séance des Jacobios (26 messidor 1794)^ que la € tactique des conspirateurs a toujours été de s*acoster des patriotes; > mais rien dans les écrits et les actes de Babeuf n'autorise ime telle supposition. Et, pourtant^cette calomnie.inventée par le Directoire et dont les accusateurs nationaux se sont fait l'écho, i'est propagée, et a pris corps dans presque tous les ouvrages historiques.

Ce qu'on peut admettre, avec le ' plus de certitude, c'est que Babeuf a été le jouet d'hommes politiques qui voulaient le renversement du Directoire, mais à leur seul profit.

On vit alors ses protecteurs les plus connus Tabandonner complètement à Pheure du péril, afoutant ainsi la iflcfieté à h trahison.

Vllf.

1796 et i7$7 {ans If et V.) — Babeuf et les Èabouristes à ta prison au Tempte. -^ Les Panthéônistes tentent de les déU- Wer, ^ Pufté de Dfauet. -^ Une Hauté-Ccur de Justice eu tnsHiàée péwf Juger les acemés de Fkréal. -^ Leur départ pour, Tendêmê dans des cages grilléee. -* Premier interre^ ffOÉQÙre de Babeuf * ^ Pratestation de Babeuf et de ses eeaccusés* — Opinioa des journaux sur la conjuration.

^MiM

L'arreslatioa des conjurés produisit une vive sensation dans le public ; par ses mille voix, la presse exagérant le dangerj sema une telle inquiétude que bientôt ils furent abandonnés de tous* La publication des papiers saisis cfaes Babeuf^ en lui attribuant des écrits et des opinions qu'il réprouvait, le perdit absolument dans l'opinion publique qui ne voulut plus voir en lui qu'un scélérat^ —c'est le qualificatif officiel des Accusateurs nationaux, — digne à peine du dernier supplice.

De nombreux mandats d'arrêt^ lancés de divers côtés, achevèrent d'épouvanter les populations^ effrayées déjà des conspirations royalistes et autres dont on lui annonçait chaque matin la découverte.

Traduit le 21' floréal âb IV devatit le Ministre de la police (i), Êabeuf avoua (2)^ avec orgueil, bien que le

(•) Nous avons eu en mains le manuscrit autographe de cet interitjfktôhle^, tl l^ntie phDrîtMtt feuifléts in-folio.

(Mo)

fait fut inexact^ qu'il était Pauteur du plan d'insurrection trouvé dans ses papiers, refusa de nommer ses complices, et poussa l'audace jusqu'à écrire au Directoire (23 floréal) une lettre de défi dont voici la partie saillante :

« Regarderiez-vous comme au-dessous de vous^ de traiter avec moi de puissance à puissance? Vous avez vu de quelle vaste confiance je suis le centre ; vous avez vu que mon parti peut bien balancer le vôtre ; vous avez vu quelles immenses ramifications y tiennent. J'en suis plus que convaincu, cet aperçu vous a foit trembler... D'ailleurs, quelque soit mon sort, mon nom sera placé à côté de ceux de Barnevelt et de Sidney ; et qu'on me conduise à la mort ou à l'exil, je suis sûr d'arriver à l'immortalité.»

C'était de l'héroïsme ou de la folie.

L'instruction du procès commença immédiatement.

Drpuet, Babeuf et autres,— car c'est dans cet ordre qu'ils se trouvent classés aux pièces officielles — étaient prévenus de conspiration < tendant au renversement de la Constitution dé 1795 et du Gouvernement, au rétablissement de la Constitution de 1793, à la destruction des deux Conseils législatifs, du Directoire exécutif, des autorités civiles et militaires, à armer les citoyens les uns contre les autres et au pillage des propriétés », délits prévus par l'article i*' de la loi du 27 germinal précédent.

L'un des conjurés, Drouet, ne pouvant en sa qualité de député, être traduit devant une juridiction ordinaire^ tous furent renvoyés devant une Haute-Cour nationale, instituée spécialement à Vendôme pour les juger.

Babeuf avait été incarcéré au Temple- avec ses co-accuses. Le 26 mai 1796, les anciens Panthéonistes et Montagnards tentèrent de les délivrer, en soulevant le peuple ; mais cette tentative fut infructueuse, et n'eut d'autre résultat que de faciliter la fuite de Drouet, qui, traversant la foukj sans être reconnu, parvint à s'éAapper de sa prison.

Pendant sa détention dans la prison du Temple^ Ba-

i«MA

beuf atteignit le paBoxisme de la passion politique. Poussant l'audace au-deià de toute limite, oubliant par instant qu'il était le seul soutien d'une femme et de pauvres ënfiEints^ il se dégagea entièrement des siens pour ne plus penser qu'an succès du partie dont, en ce moment^ il se croyait réellement le chef. Les lettres qu'il écrivit^ d cette époque^ à sa femme et à son fils Emile^ sont d'une énergie sauvage.

On peut en juger par celle ci-après adressée à sa femme :

4 pluviôse (an IV).

4c II faut se résigner à tout, ma chère femme ; il n'y a plus rien à redouter maintenant...» Au moindre signal d'un brouhaha intérieur^ en dépit du silence dans lequel je me renferme presque toujours, c'est sur moi que tombe l'oppression ; mais on a beau fietire : elle me trouvera impassible.... L'emporterons-nous à la fin cette victoire. Je n'en désespère pas absolument. » Babbuf.

Cettre autre lettre, sans date et sans signature^ est plus horrible encore :

« Ton état, ma bonne amie^ m'aurait fait beaucoup de peine autrefois, lorsque j'aurais eu le temps d'y penser. Mais aujourd'hui, étant bon 4>atriote, comme tu le sais^ l'amour de la patrie étouffe en moi tout autre amour. Etant toujours franc, je t'avouerai que nous autres Jacobins et enragés, nous ne sommes plus tendres du tout, mais, au contraire^ durs en diable. C'est d'après cela que sur ce que tu me marques que tu es tout à &it décidée à mourir, je ne puis que te répondre : Meurs, si c'est ton plaisir. »

A ces mots, nous ne reconnaissons plus Babeuf.

La détention contin&ait. Au mois de juillet suivant, Babeof, plus calme, plus maître de lui, adressa à son ami Félix Le Pelletier, la magnifique lettre qui suit. C'est en quelque sorte son testament politique :

Tour du Temple, 26 messidor 1*aa 4.

Salut^ <htr Félix 1 Ne fefEiraies pas en voyant cesUgot» tracées dt ma main. Je sais que fout ce gui porte Tempmote «de quelques riifpports avecmoi, a xlroit d'inquiéter. Je aois Vétre que tout fuit, que tout regaide comme dangereux et d'uae irpproohe mortelle. Cependant; ma conscience me dit que je suis pur^ et mes vrais amis;, dest-âdire quelques hommes justes, savent aussi que je n'ai rien à me reprocher. Si eux-mêmes s'éloignent de moi^ ce n'est point par 4ine «version réelle que je leur inspire^ mais par i'efibtdecette terneurfactice que leur impose lamécbanceté» Bous peîoe d'être réputés <riroîiiob et traôtés comme teb.

Dans cette position, le ménagement que je dois aux bnvcB gens, me prescrirait l!interdiction <le tout com» meroe «roc euz^ |>ottr leur ^iter jusqu'à la plus petite abittie. Maïs de decnières considâratioasi. celles qui se pcteenmt naturellement à la pensée de rbomnoe au tombeau, me décident à faire un pas de plus vis-à-vis de l'un de tmes concttojrens que f estime davantage, h nfy porte d*autant plu9 volontiers^ que je suis sûr 4e ne courir d'autre risque que celui dcêffieurer peut-être sa quiétude. C'est un sacrifice qu'on peut 'filtre à Taoritié. Je l\dl^gend 'en te rassurant le plus vite possible^ ^ bon FéKxl Ne crains* rien. J*étais^certani^ en te Elisant passer cette ^pttre, la dermfcre que je t'adresserai^ qu'elle franchirait sans péril tous les obstacles qui pouvaiesA «se rencontrer de moi t toi.

Nous void sans doute plus à Taise l'un et Vautre^ toi pour me lire^ moi pocrr achever ce que j'ai à te dire. l'ai bftti mon texte en te parlant d'amitié; je t'ai qualifié d*ami. J'ai cru et je crois le pouvoir ftîre.. ..<?estâ ce titre que je t'adresse, avec confiance...., ssis-tu bien quoi ? Mon testament et une recommandation dernière. .

J'en subordonne l'exécution aux hypothèses suivantes : la proscription ne te poursuivra pas toujours.... Les tyrans, repus de mon sang et de celui de quelques-uns de

ttM vàèBÊtémwÈk éùmpê$MM, pMntnn t^en coDteatciv ^t ilbApt^é ^liÛ^iM ne tew cMMikm peut^tn fn de Jl^tt, ibMAk ilè ont peini m l*tire propOBé 4'abord, œ li8ba«MAié Ae tdM les i-éfubttctioi..., D\iA aa(rt«êté^il ptatèii^dt^^mvefir, i^frfrieomBetit à moa jMrtyvc^qte lé sôftte lataè 4é fiB)^r uvtre f^ntrie^ et qa'aton sesivrah èb&htSk t^fAtmt tti paix.... S'il ea «ec ratmMnt, 9c tom ^Altè tout «ipoit pMï «e^fii IM snnrîvn. Afaferiv tMt t*àMàfttttdteft8'k«reale4éfectMi>4tt^atntoele crins tar iMit ee 4dî aUMi a|s^pttrftimiec toudié Ae piti à la Terta, é là fftsttee. Lèb â0(ivf«s det boiie^ imr mtoadr^ lews Amilkë^ tôtai^&lâimft ta aruk étemelle^ «mt «Mrioppéa teos là dleéototiw gMérâle. Akm Jeatere^ touk eit dît^ fe lAd ^te^'sôtad à prendre sur omz qoi me^oat ancotie ^èts^ fàa ^p«t»éê teà a suivis joaqu^u pepœ da tiéant^ ^bîttiét ^Àfià 4;Éé^itable de tout «e qui axtatte.

CtstlMàtà )>remtêre ftuppos!iti«fi>que|e powrwiir^.^. Illûh flffiii ft tHà» éfre <raBt< «gned* l^teeliiie, >da(l'iti<i- }€t dés 'lièmHiM MMi juMto qut xcir. Je «le t^ai poim ^m fMs^Ms iMIfs dte xe* fAlMrvais iMcbînMtois ipoMiiqMs >)tii H^euttti^MÉt Mk MuiSratictt 'et aotkîpèrcnt <tia mort.... Les traîtres ! en faisant jouer à teut pour <itii ils 'M^MiètH s*intéMsê6r 4e pliië^ un téh lâoke et honteux, «l Wbcit ^oK^ tiibi'doat wus 4«ft actes rendas publics, tésottigotift «eomàien «es îMentiofis éeaiefit dcoltei, étàiétit pim&4'Moidoiiti^Wtipii% et la ssodmsse pour la iMb^itettée tioittaalté fie wtst peifm « vdiB traits won f^fo<(Ote 1 ^ttM qui ai travaillé ^de si -ban ^cttur et w^bc 'tihaft ^'déVoueffiat à l^afffraachissemem de «aes^firèKs! ndi qti, daas <»tte taiblîme eatreprise^ n'eus qa' va instattt <4(s Wàlhaar à k mi^t des plas graads saocds <]ai ^t«Ment*qate j'y apporui ^i^lqueitttelligeace l^Ils m'ont ^gstéy lUs-)a^ mi comme aa misérable ftftw «n délire^ "im^edmaife'atiJsecMi instrament de k perfidiedes «miemîs ^.P^ple...;; ilsa'cfrt pi^^raugi'deconvenirawciesty^ tan^, de ia aulpàbilhé des plus généreux mSogm pour Tèttiptie rasckvage ^t faire cesser 'l^bonible 4msôfa de ia

Patrie ; ils n'ont pas rougi ensuite de « vouloir &dre

retomber sur moi seul ce crime capital^ en l'ornant de tous les accessoires par lesquels ils ont pensé pouvoir effectivement lui donner la couleur du crime^ et cependant j'avais, moi, eu la délicatesse de ne compromettre personne nommément^ mais j'avais jugé $eulement bon de compromettre en total la coalition des démocrates de la République entière, parce que je croyais d'abord utile de frapper d'épouvante le despotisme, et parce que je pensais ensuite que ce serait faire injure à tout démocrate de ne pas les présenter comme participe d'une entreprise aussi obligatoire pour lui que l'était celle du rétablissement de l'Egalité. Qu'ont-ils gagnée ces faux-frères, ces apostats de notre sainte doctrine ? Qu'ont-ils gagné avec ce mauvais système qu'ils paraissent avoir envisagé comme le nec plus ultra de l'habilité ? Us n'ont gagné que de se .déshonorer, de déconcerter les révolutionnaires et le Peuple, qui, nécessairement, se débandent toujours à l'aspect de l'abandon des chefs ; ils y ont encore gagné d'enhardir les ennemis par le spectacle d'une telle faiblesse; ils y ont gagné, enfin, de précipiter plus vite dans l'abyme leurs exclusifs protégés.

• Tu p'as point partagé tant de turpitudes, mon ami ! Tu as déjà commencé à nous rendre le tribut d'hommages qu'acquittera peut-être envers nous l'équitable postérité. Tu nous a qualifiés de républicains vertueux et énergiques, de glorieux martyrs, parmi lesquels tu t'honores d'être nommé. Tu as dit que tu ne concevais pas « ceux » qui, ayant montré un caractère dans la Révolution, » paraissent sans cesse être poursuivis par une lâche » crainte des événements, et, se vouer, sans un plus pro- » fond examen, à la faiblesse, par suite à une acrimonie » pénible.... Pas plus ceux qui se prostituent au métier » infâme de calomniateur, et cela avec d'autant plus de » turpitude qu'ils mentent sciemment à leurs propres » consciences.. i.. » Mais tu as dit que tu concevais mieux ceux qui c s'apercevant des vices radicaux d'un gouver-

( ns )

> nement, ea pfirlejit avec franc;bisef crient un peu avant » que la mçiisoQ ne soit totalement brûlée ; qyi^ Ipin de » &ire le procès à la Révolution, la défendent sans cesse.. .» Tu as manifesté tes légitime^ crainte^ sur un malheur tel 9ue celui par lequel a un jour, aux^eux du Peuple fran- » jais, se3 meilleurs amis^ ses plus ardents défenseurs ^ » ceux mêmes qui auraient fait les plus grands sacrifie e^ » pour opérer SQn bonheur, les âmes les plus pures pour.

> raient passer pour ses ennemis.... » Tu as semblé encore nous signaler et nous rendre justice en disant : € Celui qui combat pour l'Egalité soulève contre lui tous

> les vices. Les corps des hommes de bien sont les marches » du trône de la liberté; l'estime de soi-même met au- » dessus des scélératesses, et c*est recueillir déjà que de

> plaider en faveur des belles institutions par lesquelles

> la morale, redressant la nature, évoque tous les hommes, » et les invite à se ranger le plus possible sous le niveau

> de la paisible Egalité. > C'est à un homme qui parle ainsi, et qui pense, j'en suis sûr, de même, que je peux adresser ce qui suit :

Je n'ai pas besoin de t'affirmer que 4Ans mon dévouement total au Peuple, je n'ai point songé à mes affaires pesonnelles, ni je n'ai ..point prévu ce qui pourrait arriver dans le cas d'une irréussite comme celle que j'éprouve. Je laisse deux enfants et une ferpn^e ; et je les laisse sans une obole, sans moyens de se soutenir dès à présent. Non, pour un homme comme Félix, ce ne sera point un legs trop onéfeux à lui faire que celui de le charger d'aider ces malheureuses créatures à ne pas mourir de besoin. La fille Michel Le P.... (Le Pelletier) les secondera dans cette digne œuvre; la trempe de son âme, que j'ai été à portée d'observer, sa sensibilité qu'on ne peut méconnaître, et qui est déjà accoutumée de s'exercer envers les malheu- •iieux que le QiQnde a faits, m'assurent de tous ses mouvement» «t de sa résolution, lorsque tu lui feras live cette lettre. Tu souffriras que je détermine à peu près ce que je désirerais que l'on fît pour ces malheureux que j'aban-

donne. De mes deux fils^ l'aîné, autant que f en puis juger à travers le peu qui a été fait pour son éducation, n'aura pas une très grande aptitude aux sciences; cette première disposition suppose celle qu'il n'aura pas non plus l'ambition de jouer aucun rôle éclatant sur la scène politique (i) : il en pourra être plus tranquille^ et il évitera la vie pénible et les malheurs de son père. Cet enfant a néanmoins une excellente judiciaire et un esprit d'indépendance conséquent à toutes les idées dans lesquelles il a été nourri. Je l'ai sondé sur ce qu'il voudrait être : Ouvrier, m'a-t-il répondu, mais ouvrier d*une classe la plus indépendante possible^ et il m'a cité celle d'imprimeur. Iln'a peut être pas si peu raison; et je ne désire rien de plus que l'on suive son goût. Je ne peux rien dire à cet égard de son cadet, il est trop jeune pour qu'on démêle encore ce qu'il annonce ; mais si j'ai lieu d'espérer que tu fasses pour lui autant que pour son frère, je suis content.^... G. B.(Graechus Babeuf) n'a jamais été ambitieux pour lui ni pour les siens ; il ne l'a été que de procurer quelque bien au Peuple. Trop fortuné s'il savait que ses enfants fussent dans le cas d'être un jour de bons et paisibles artisans (s)^ dans les classe^ dont la société a toujours besoin, et qui^ par conséquent, ne peuvent jamais manquer au milieu d'elle.

A l'égard de ma femme, vu qu'elle n'a que des vertus de ménage et les simples qualités propres à une mère de famille, ce qu'il lui faudrait pour échapper à une pénible disette, serait aussi très borné. Il suffirait de lui fidre l'avance de quelque légère somme pour la mettre à portée d'entreprendre quelqu'un de ces commerces très subal-

(i) Les prévisions de Babeuf ne se sont pas tout à fait Son fils Emile, dont il est ici question, ne joua pas un rôle éclatant sur la scène politique, mais il s'attacha avec ardeur à la cause napoléonienne, tut emprisonné, exilé, et finit sa carrière de commis et de libraire assez misérablement.

(2) Voici assurément une pensée des plus sages et qui £ut le plus grand honneur à Babeuf.

ternes qui sont tout et qui conviennent pour faire vivre une petite famille.

D'après cela, mon bon ami^ je te demafiderai encore une grâce. La nature de mon procès et sa marche déterminée me disent que j'ai encore un certain nombre de jours à parcourir d'ici à celui ou j'irai m'asseoir sur le lit d'honneur pour expier les actes qui me rendent souverainement coupable aux yeux des ennemis de l'humanité. Je désirerais^ pour ma consolation , que ma femme et mes enfants m'accompagnassent, pour ainsi dire, jusqu'au pied de l'autel où je serai immolé. Cela me vaudrait beaucoup mieux qu'un confesseur. Mets-les^ je t'en conjure, en état de faire le voyage^ pour que je ne sois pas privé de cette dernière satisfaction.

Mon corps rendu à la terre, il ne restera plus de moi qu'une asssez grande quantité de projets^ notes et ébauches d'écrits' démocratiques et révcÂutionnaires, tous conséquent au vaste but, au système complètement philantropique pour lequel je meurs. Ma femme pourra les rassem* bler tous, et un jour, lorsque la persécution sera ralentie, lorsque peut-être les hommes de bien respireront assez librement pour pouvoir jeter quelques fleurs sur notre tombe^ lorsqu'on en sera revenu à songer de nouveau aux moyens de prouver au genre humain le bonheur que nous lui proposions^ tu pourras rechercher dans -ces chiffons et présenter à tous les disciples de l'Egalité, à ceux de nos amis qui conservent dans leurs cœurs nos principes ; tu pourras leur présenter, dis-je, au profit de ma mémoire, la collection mitigée des divers fragments qui contiennent tout ce que les corrompus d'aujourd'hui appellent mes rêves.

J'ai fini. Je t'embrasse, et te dis adieu.

G. Babsuf.

Le lo fructidor an IV (27 août 1796). Babeuf et ses co-accusés, furent enfin transférés à Vendôme pendant la nuit, dans des < cages grillées », construites exprès, assure

Buonarféd, < pour tes dotmtr^ comme des bétes fauves» en spectade aux amis de TEgalité et aux faomiiies trompée que le^s gardiebe emeutaieot contre eux, »

L'instruction de Tiaimence procès, dont ils étaient lee acteurs^ se poursuivait nvec rigueur.

iM accusés étaient tenus au secret ; mais ils eommuniiiuetent par lettre w^ftc le dehors.

i>a femme de Babeuf, avait aecompagaé, à pied, avec son fils Emile» jusqu'à Vendôme» la voiture> ou plutôt la cage grillée^ qiui emiseftaiit son mari ; mais on lui imecdit Taecèa de la prison, le Gouv^ernement prétendant que * les mesures .prises pour maintenir la tranquiUité dans Vendôme^ étaient insuffisantee, qu'une foule de conseils et de parents des accusés affluaient dans cette commune; et que, sous prétexte de parenté^ ils entraient dans les prisons ». Or> cette /bule ne s'éleva jamais au-delà de sept à huit femmes, fiUes et sœurs des détenus et de deux enfants, donc l'un encore à la mamelle^ et trois ou quatre fois seulement) les détenus eurent la âatii£action d'embrasser leurs femmes et leurs enfants^ Le 84 fructidor» l'administration municipale de Vendôme leur avait no^ tifié « un arrêté barbare » qui leur enlevait cette faveur.

Toutefoit, on correspondait. Le 19 fructidor, Babeufi avait envoyé à sa femme (i) le touchant billet ci-après qui rachète les termes excessifs de ses précédentes lettres :

« Coounent étes-vous venus^ mes bons amis? À pied, sans doute, et vous devez-étre bien iatigués : N*en êtes vous pas malades ?... Qu'avez-»vous pu faire de mon Camille ? Pauvre cher enfam : 11 n'y a donc que lui qui n'a pu suivre son tendre père.?... Nous avons été passable* ment pendant la route. Nous n'avons couché qu'une seuls nuit, en route, à Rambouillet. Nous n'avons rien dépensé du nôtre, et nous avons été partout bien traités. Nous le sommes également ici. > Bàbiuf.

(i) Au dot : A la citoyen AS Babeuf «t A ion fiis Kmils, A Vendtee.

L Bag )

Voioî xin amtftt faîlkt à la date du S vand^mîaiffe sui- ▼aot :

« JVii été bien affligé» ma chère fiBmme^ de ce que tu m'as appris sur ta détresse ; je fw te croyais pas si pcfts de cette triste situation (Suivent de longe conseils à son fils Emile.) »

Enfin, en brumaire^ on leva k secret à l'égard de Babeuf et sa femme put alors le visiter tous les jours pairs^ en présentant le permis ci-^après :

€ L'administrateur municipal de Vendôme autorise le citoyen DaudjS, concierge de la maison de justice près la Haute<rCour^ à laisser .communiquer tous les jours pairs» dcpifiis midi jusqu'à deux heures 4lt relevée» le citoyen Badieuf, avec sou épousa et sou fils.

» Cette communication aura iieu >eatre les guichets» en présence du concierge ou de celle de deux gardiens» qui veiUeront à ce qu'il n'en puisse résulter fueun inoonvénient.

» A l'administration municipale de Vendôme, le 14 brumaire an V de la République hrançaise» une et îndivisibLs. Jossc Boubais. »

A la suite de cette pièce se trouvent les visa de Daude ; ils vont jasqu'au 12 frimaire an 5 .

Les 4» 5» 6» 9» lio et i3 brumaire an 5» Babeuf avait été appelé deva^it le Président de la HanDe-Cour de justice^ pour subir un premier intenrogatoins.

IntéflrogfS» k 4, de ses noms, surnoms^ ige^ pays de naissance» qualité et demeure ordinaire» il dit qu'jil ne «oyait pas devoir cépondre quant 4 présent, et qu'il motivait son refus sur la déclaration suivante :

4 Da,ns une jcause qui intéresse le Pienpk, j^aucsis été le premier à désirer de pouvoir être jugé par une Haute- Gouf , par un tribunal composé d'élus du Peuple» si son evganisation pcemLère n'eut pas .été ivipiée par l'influence corruptrice des éléments qui étfiient intéressés à la déoatitiar ijusqu'au degré le plus .capable de la rendre funeste et meurtrière pour mes co-accusés et pour moi. »

Un débats s'engagea sur ce point, après lequel Babeuf dit :

« Je voudrais bien une Haute-Cour pour me juger, mais une Haute*-Cour qui fut assez grande, assez indépendante, et qui fut composée d'aliments assez purs et inflexibles pour agir avec équité dans une cause oti il n'est question de rien moins que de prononcer entre le Peuple et ceux qui le gouvernent. »

Puis, il ajouta :

« Tout ce qui est décrit dans la Protestation du 25 fructidor, tout ce qui a précédé notre translation ici, tout ce qui s*est suivi depuis, m'a attesté que j'ai le malheur d'être devant un tribunal qui, fût-il composé de justes par excellence, n'aurait pas la portion de liberté suffisante pour être équitables sans dangers personnels» et ne pourrait que se laisser entraîner au torrent de volontés auxquelles les siennes n'ont que le droit d'obéir.

« Tout ce qui est décrit dans la protestation du 25 fructidor, et tout ce qui a précédé notre translation ici en donne la preuve. Tout ce qui s'est suivi me le confirme, et il me sera permis de le consigner en supplément à l'histoire de ce procès, en justification des motifs de ma conduite à son occasion, et à titre d'observations dernières à ceux qui y figurent en rôle délibératif, pour les porter à réfléchir encore sur l'importance de l'opinion à ^laisser d'eux au monde actuel et futur, qu'ils ont tout entier pour spectateur.

€ Qu'avons-nous vu, mes malheureux compagnons et moi, depuis notre traduction à Vendôme ? Des hommes puissants, qui, en cette qualité nous persécutent et sont nos parties adverses, faire tout ce qui était nécessaire pour nous en imposer par l'ascendant de leur élévation, et peu délicats sur la pudeur oser, sans rougir, vous exciter à hâter notre sacrifice... L'acharnement et toutes les passions les moins déguisées ont concouru à tous les actes législatifs, exécutifs et judiciaires rendus pour notre procès jusqu'à l'époque incluse de notre transport dans cette commune .. Tous les actes législatifs, exécutifs et

judiciaires ont été faits en vue d'établir un fond d'édifice solide pour asseoir, en toute sûreté, l'autel de notre holocauste... Nous ne sommes pas entre les mains d'un Tri* bunal... Nous n'avons pas cessé de voir le doigt, le seul doigt du Gouvernement^ qui est partie contre nous... »

En réalité, le'Gouvernement était, comme le dit Babeuf, partie adverse ; mais partie ayant à se défendre, et ne pouvant l'être, suivant les usages, que par un Tribunal créé par lui ; mais c'était une cause de supériorité évidente et tout faisait prévoir qu'il 7 aurait au bout de ces débats, des condamnations solennelles, car un Gouvernement itistîtué ne peut pas, sous peine de déchéance, prononcer sa propre condamnation ; de sorte qu'en ceci, la lutte de part et d'autre, restait implacable.

L'attention publique était toujours tenue en éveil^ sur les accusés de floréal, par la presse officielle. En jaavier et février 1797 (pluviôse an V), on redoubla d'attaques contre eux, en prévision, sans doute, des débats qu'on savait devoir s'ouvrir bientôt.

Nous avons relevé, dans plusieurs journaux du temps, certaines mentions qui vont nous fixer sur l'attitude des accusés.

Voici d'abord ce que disait le Journal Général du 7 pluviôse an V, n« 127 :

« L'Orléanisme, en s'aidant de Babeuf et de Drouet, comptait bien les faire forger le lendemain de leur révolte et au milieu de leur triomphe; mais Babeuf, non moins adroit, se douta du fait, et ne consentit à son tour à s'aider des Orléanistes^ que pour les égorger s'il venait à triompher.

» Et ce sont ces arrières pensées qui ont retardé la marche des événements, ont semé la défiance parmi les chefs, les obstacles dans les coups de main, et nous ont sauvé deux ou trois fois d'un massacre général.

» il y a donc véritablement deux plans, deux chefs et deux objets dans la grande conspiration qui, depuis

sept ans, se tramait contre native repos et notre liberté. L^aa de ces pldns a pour objet d'établir une démocratie pore et simple, fondée sur une parfaite 'égalité de moyens de fortune et de pouvoir ; Tautre se propose de rétablir le trône et de transporter la couronne de Louis XVI sur la t<te du Duc d'Orlésns. >

A l'appui de ces assertions, le journaliste cite la lettre de Charles Germain à Graoehus Babeuf^ sur Barras.

La Gaf^ette française, du même jour, s^exprimait ainsi :

« Un mot sur les pièces relatives au fiimeux procès des détenus à Vendôme^ pièces que la Haute-Cour a fiût imprimer en deux gros volumes in-8.

» Je ne balance pas à croire que, s'il était possible que chaque famille en France eut entre les mains» cet important recueil^ et que chaque français le mSditât, la chose publique courrait beaucoup moins de dangers^ parceque ropitiion serait formée sur le champ d'un bout de la France à l'autre... C'est alors qu'on aurait la clef de bien des choses ; c'est alors qu'on verrait que l'affaire de fioréal a d'analogie avec tout ce qui se passe; c'est alors que loin de s'étonner des lenteurs de la Haute-Cour on s'attendrait sans surprise au dénouement^ parce qu'on n'aurait plus aucun doute sur le but^ le plan^ les acteurs et les auteurs de la comédie qui se joue, comédie qui deviendra par être tragique pour lés spéculateurs, puisque malgré tout ce qu'on sait des ressorts qui se meuvent pour la prolonger^ elle n'en est pas moins interminable, sans que ni le pouvoir exécutif, ni le pouvoir législatif, ni le pouvoir judiciaire souverain, avec toute son indépendance, aient pu venir à bout de changer cet ordre de choses I... Heureuse Constitution qui, par ses formes bénignes (tant resi>ectées quand il s'agit des coquins^ si impudemment vioées quatid il s'agit des malheureux prêtres, des parents d'émigréSj d'innocents détenus, d'élus du peuple destitués, d*ofphelins dépouillés, etc.), n'a encore jusqu'ici protégé que le crime et jarnais la vertu ! »

( aî3)

Le lendemain; le Journal général afinonçak cette noavelle :

ce Les prisonniers de la Haute-Cour de Vendôme ont pratiqué (quoiqu'on ne leur eut rien laissé dans lés mains)^ on énormetrou dans une murailUe de six pieds d'épaisseur. Le hazard a voulu que,pour les changer d'air^ on les transférât dans une chambre haute. En examinant le local qu'ils abandonnaient on a découvert leur travail poursuivi avec une activité et un génie qui laissent bien loin les inventions du baron de Trenck. Il était temps ; la nuit suivante^ peut-être, tous les détenus s'échappaient. »

Et il ajoutait :

« Le journal rédigé à Vendôme sous le nom â^Héslne (dont la réputation ne vaut * pas mieux que celle des détenus) est rédigé par Babeuf lui même. »

La Galette nationale disait de son côté :

< En parlant d'une prétendue brochure imprimée à l'imprimerie de la République, au nombre de Bo^ooo eiemplaires^ sous le titre de : Catéchisme des droits et des devoirs d'élection^ pour les assemblées primaires et électorales de l'an Vypar J. D., citoyen français, le rédacteur, qui attribue cette production au député Jean Debrye, l'analyse en annonçant qu'elle est une invitation, très franche et très pressante , aux départements^ de ne choisir aux ptochaines élections que de chauds révolutionnaires. Il ajoute : quand on sera bien pénétré des vérités que renferme ce pamphlet, il est certain que toutes les voix se réuniront en France sur Drouet, Babeuf, Àntonelle, dont le premîerdécret sera l'ass animât oetoub les PHoiPftdrrAiRSS suit ib tombeau dss ipathiotes m Ait AT, Gar-

XIÉft, ROBESPIEHRE ET PotlQUIBE-TlNVlLLE. »

On peut juger par ces lignes à quMles tofemies, à quelles suppositions odieuses, la presse s'abandonnait, dès rorigine du procès.

Le 7 pluviôse, ractmateur national près la Haute<«Cour de Vendôme, réclamait, au nom de ce tribunal du dm^ seil législatif, une augmentation de taxe pour les Témoins,

dont la plupart étaient venus de fort loin^ et l'adjonction de quelques juges suppléants pour remplacer les autres ao besoin.

Le Journal général du 1 1 annonçait que l'on avait distribué^ depuis plusieurs jours, à tous les Membres des deux Conseils et du Tribunal de Cassation, les deux volumes de pièces trouvées chez Babeuf; et que ces volumes venaient d'être mis en vente chez tous les marchands de nou voûtés.

C'était la grande attraction du temps.

Le Censeur des journaux, Le gardien de la Consti'iution, inséraient, de suite, dans leurs colonnes, plusieurs des pièces incriminées ; et Dupont de Nemours, dans son journal VHistorien, annonçait la publication de plusieurs autres volumes, qu'on hésitait cependant à faire paraître ; quant à ceux parus, il les déclarait € curieux ethorribles. >

On a vu, plus haut, que dès le 7 pluviôse, le Journal général affirmait l'existence de deux conspirations, Tune démocratique, l'autre orléaniste. Dupont de Nemours va plus loin: il découvre, lui, trois conjurations principales : .

i^ Celle de Babeuf, Darthé, Buonarotti, Félix Le Pelletier et Antonnelle ;

2^ Celle de Drouet, Vadier, Amar, Laignelot^Javogues, Chaudieu, Ricord, Robert Lindet et autres ;

3*" Celle, enfin, qu'indique la lettre de Germain, qui n'a pris part à l'affaire de Babeuf, que pour faire évader Drouet.

La Galette française disait le 9 pluviôse :

« V^ Bavouvistes triomphans n'existeraient pas quinze jours; les Orléanistes vaincus ibnt trembler leurs vain* queurs. Qui nous débarrassera des Orléanistes ? »

Le 10, s'acharnant, cette fois, après les Babouvistes, elle s'écrie :

« Il ne restait plus qu'un moyen de dégoûter à jamais les cbefis de l'autorité de la commémoration du 21 janvier; ce moyen vient d'être mis à exécution à Vendôme,

< Les prisonniers ont obtenu la liberté de se réunir pour célébrer cette fête ; ils se sont fait servir une tête de Cochon, qu'ils ont dévoré en poussant les plus horribles imprécations. Les uns croyaient manger la tête de Capet; d'autres celle du Ministre de la police.

€ Si jamais de pareils monstres étaient relancés dans la société, si jamais leurs complices en crédit parvenaient à leur obtenir l'impunité^ il ne resterait qu'un parti à prendre à tons ceux qui sont proscrits par ces cannibales; ce serait de trouver dans notre désespoir^ le même courage qu'ils puisent dans leur férocité. Cet effort n'est pas impossible ; on se lasse de la vie^ on se lasse de la perdre mutilement,

€ Si Charlotte Corday était si calme en allant à l'écha- £iud, c'est qu'elle avait la certitude de n'avoir pas perdu ses jours.

< Les héros de l'antiquité ne se sont illustrés qu'en poursuivant les monstres aux périls de leur vie ; toute la pompe imaginaire de la mythologie n'a pu créer des monstres que les nôtres ne surpassent en réalité. »

Ainsi, voilà les Babouvistes comparés, par la peur, aux monstres de l'antiquité.

Ce mot^ dit et répété^ leur sera souvent depuis appliqué, car toute sottise écrite trouve toujours un écrivain pour la propager.

Presque en même temps les journaux firent grand bruit d'un événement politique, arrivé dans la république Batave et qui semblait justifier la conduite des Babouvistes.

Voici comment ce fait est rapporté dans le Journal des hommes libres du 1 3 pluviôse.

Le Comité provincial de Hollande ayant fait arrêter arbitrairement cinq patriotes auteurs d'actes r^lamatoires contre la conduite administrative de ce Comité, des commissaires de la Convention fiatave lui furent dépéchés pour solliciter la mise en liberté des républicains incarcérés ; piais le président. Van der Hoop^ la refusa avec dédain.

Alors la municipalité de Lefde, et coqs les dislricta dt la piorlnce de Hollande prirent ftiit et cauae contre l'admi* nîstration, et un déclinatoire énergique, signé avec em* prestement par des milUers de citoyens, lui fut adressé. Dans cette pièce, le peuple approuvait la conduite de la commune de Leyde et blâmait l'adninistratîofi d^aimir méconnu le principe conservateur de la liberté civile qui garantit à chaque individu son renvoi devant son jmge naturel ; elle se terminait par une déclaration portant en substance que le Peuple se croit obligé^ non seulement de résister à tout gouvernement qui s'écarterait des bornes au pouvoir qui bU est confié,' et usurperait la tjrranmie, mais encore de le renverser de fond en comble.

Mais rien de semblable ne se produisit pour Babe«f • il Mut même avouer qu'il fut abandonné lâçliement par ceux qui l'avaient poussé en avant.

Le 14 pluviôse, tAmt des Lois disait impudemment :

< Toutes les conspirations, même celle de Babeuf, celle des mouehoîrs, avaient les royalistes pour moteurs et auteurs. »

Le même jour, la Cassette franfaise,9iTg\imenXAiteaçts termes :

« Par la force des choses, toute conspiration royaliste se trouve subordonnée à une conspiration anarchique.

« Développons cette vérité.

< Pour quiconque a bien lu les notes de Babeuf, il est prouvé que les anarchistes avaient enfin senti la nécessité de se créer un parti indépendant des Conveotionnels, parmi lesquels Babeuf distingue des Démocrates et des Orléanistes adroits, dont le grand talent est de se trouver à la tête de tous les partis, et de se mettre en mesuve de profiter de tous les événements.

« Tel après le 9 thermidor, nous vîmes se mettre de ce nombre des bienfaiteurs de Tfaumanité quelques uns de ceux qui en avaient été les bourreaux ; et nous retombâmes sous le joug des Conventionnels pour n'avoir eu ou pu nous créer un parti hors de la <3onvention.

€ Autant en vriva aux Tcrrûristea après le x? Yendémîaixa.

< L'expérioioe apprit à Babeuf à se méfier des corn*pUcesqui devenaient les maîtres ; il se sépara de tous les Convestionnels» transigea, par nécessité, avec les Démo* crates faibles, mais se méfia toujours des Orléanistes, qui eussent sans doutes^ été les premiers sacrées comme les plus4aiigerettx.

. « Les OrléanisteSy instc^its des projets dç Babeuf se mireot sa mesure d'eu profiter malgré lui, en s'emparant du mouvement; ou de Tanéantir^ avec le secours des hon* Q^tes-^gens^ s'ils ne pouvaient le guider : ce qui, dans Tun ott l'autre cas, les laissait toujours au sommet de la pui»uace ; système qu'ils n'ont pas démenti jusqu'à ce jour.

€ Les agents de Louis XVIII, quelque soit leur plan, ont dû le former en partie sur celui de Babeuf^ en partie sur celui des Orléanistes.

«Ils ont pris de Babeuf l'exemple dç sacrifier tous les députés (i), tous les bommes marquant; en un mot de reodre leur parti indépendant de tous ceux qui fOur- Tûient le dominer.

« Us ont pris des Orléanistes l'exemple de laisser opérer k mouvement par un parti contraire^ et ^de s'appliquer seulement à profiter des résultats.

« Tel doit être le résumé de cette conspiration*

«Je n'en tirerai qu'i^ne conclusion* C'est que lie Gouvernement qui veut battre des partis les uns par les a^tre^ qi]^ veut les balancer, lorsqu'il ne tient qu'à lui d'en confondre les éléments jpar le r^ae des loix, doit bientôt périr sous ja réunion de tous les partis ; car cette réunion peut s'opérer de deux manières : par la volonté des chefs, ou par un concours de circonstances telles que tous concourrent à la fois au même but, sans -s'être communiqué leurs.prQJets. »

*■'■]■ î ', l'I pi ■ fil I I , I II ■ ^M,\ L» I I II , , , ,

tt) Suitftiitlts-BcooMtstM SMë«iMnK( wi^ê'ktP^éhmm^ASdwkr^^ le contraire.

Le Créole patriote, da i6^ publie cette définition :

€ L'anarchie est la lutte, la résistance, le combat de la Liberté contre la Tyrannie^ ou les efforts de la Tyrannie pour abattre, pour renverser la liberté publique, anéantir les droits sacrés des peuples. Un Etat est dans Panarchie toutes les fois que le vice insolent^ l'intrigue^ la bassesse, la perfidie, le vol, l'assassinat, sont à Tordre du jour, peuvent braver les loix et Téchafaud ; un Etat est dans Tanarchie, toutes les fois que les services, que le mérite, le travail, la vertu pleurent sans récompense, n'obtiennent que la proscription. »

Cette date du i6 pluviôse, est celle du Message du Directoire sur la conspiration royale (des fiabouvistes.)

Il y est dit : < Le Directoire est plein de confiance dans tous les ministres, les généraux, les défenseurs de la Patrie.... >

La Galette française du i8, parlant de cette conspiration royale, fait les réflexions suivantes :

€ Quelque soit la sentence portée par une commission militaire, tous les partis s'accordent à dire qu'elle a été dictée par l'autorité, et ils le diront avec d'autant plus d'apparence de vérité, queTexpérience et les plus fameux publicistes ont prouvé qu'une commission de juger est toujours une commission d'assassiner. -^ Le seul Direc-^ toire gagne en puissance à chaque conspiration nouvelle, tout ce que les partis*et même les loiz perdent en considération. »

Au Conseil des Cinq Cents, on réclame la plus grande publicité pour la conspiration royale, — c'est décidément le seul mot dont les autorités veulent se servir — afin que l'arrêté du Directoire ne devienne pas par la suite, une autorité pour mettre tous les citoyens indistinctement à la merci de la puissance executive.

Dans la presse, les échos se font jour de toutes fiiçons ; et c'est parmi les membres les plus influants de la police et du Gouvernement, qu'on veut aller chercher les véritables conspirateurs.

UAmi du Peuple, ( i ) du 1 8 pluviôse, rappelle un mot de de La Villeheurnoîs que ce sont les terroristes seuls qu'on accuse, et cela pour détruire leur influence.

Il reproduit, en outre, cette remarquable page de Charles Germain^ l'ami de Babeuf dès la prison d'Arrasi et dont le courage et le talent vont s'affirmer de nouveau au procès de Vendôme :

€ CoNSPnuTioN I Mot effrayant ! A peine est-il prononcé qu'il suscite à Timagination troublée Tarquin, Catilina, la Ligue, Cromwell, Pilnitz, le Comité autrichien.

> Une conspiration, dit et entend le vulgaire, est une réunion de tous les moyens propres à subvertir Tordre actuel des choses.

> Quels moyens? Ruse, poison, violence, massacres, incendie, terreur, extermination des plus hommes de bien ; impunité, salaire aux plus brigands.

» Un être affreux qui ne tient à la vie que par l'ardente soif de la vengeance et de l'ambition ; qui, pour Tétancher^ tentera audacieusement tout; que la justice des hommes poursuit; qui méprise celle des Dieux : voilà le conspirateur t

» Qu'étiez-vous donc Scœvola, Caton, Brutus, Chéréas, Pison, Sydney, et toi, brave Kosciusko ? Qu'étiez-vous donc?.... Des factieux révoltés contre l'autorité légitime? Des scélérats ? Le vulgaire lui-même ne vous juge pas tels : il honore vos noms ; il assigne aux plus grands hommes une place à vos côtés ; il applaudit à vos magnanimes efforts; il déteste vos ennemis; et, ce qui les lui rend plus méprisables, c'est qu*il les croit conspirateurs contre vous.

» Cependant, qu'étiez-vous au camp de Porfinna, à U tique, en Thessalie, parmi les gardes de Caligula, dans

> ■ « ■ ■ » —— JfcM^^^A-i^^^»>«Ai

{i)De Lebois, avec qui Babeuf s'était trouvé, déià, dans U prison d'Arras

Page 1