‹ Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme d'après de nombreux documents inéditsChapitre 22 sur 59 · ANALYSE DE LÀ DOCTRINE DE BABEUF · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LÀ DOCTRINE DE BABEUF

I . ^ La nature a donné à chaque hoomi» un droit ^gal à la jouissance de tous les biens.

2. ^ Le but de la société est de défendre cette égalité, souvent attaquée par ^f60t et le tnéchftiit dans l*éiat de nature, etd'augmente^parle concours de tlMiSy Itl jouissances communes.

3. ^ La nature a imposé.à chacun l'obligation de tra-^ vaiUer ; nul n*a pu^ sans crime, se soustraire an trdVaiL

4. -^ Lés travaux et H% îouîssances dérivent être communs. *• *j: ^

5. — il y a oppression quand Tun s'épuise par le travail et manque de tout, tandis que l'autre nage dans Tabondance sans rien faire. 1

6. — £^1 n*a pu, sans criipe, s'approprier exclusivement lesWehs de la terre, ou de l'ini^strie.

7. — Dans une véritaMi sôci^é, il' ne dbit y avoir ni riches ni pauvres. ' *

8. — Les riches qui ne veulent pats renoncer au superflu en fkveur des indigens sont tés-ennemis du peuplé.

9. ^ Nul ne peutj^par lUtcumulatioti de tous les moyens, priver l'autre de rinMfu^tiàn nécessaire poàr son bonheur : l'instruction doit être comïki une.

10. — Le but delà rt^lution esrdé détruire fihégaiité et de rétablir*le bonheur commun. *

1 1 . . La révblution n'est pasF finie, parce q^e fci riches absorbent tous ^es biens et coihtnandèat «ejtehuiVement, tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien d9fk% l'Etat* .

12. — La constitution de 1793 est la véritable loi des F'rançais, parce que le Peuple l'a solennellement acceptée.

Le Manifts^ti VAn^st sont donc Ui docanvàits essentiels de la conjuration. , ' > *

Dans leurs réunions, les Babouvistes iraient, en outre,fixé, dit*on, de cette façon, la limite- des connaissances humaines-:

« Les seules connalssaiices nécessaires aux citoyens étaient celles qui devaient les mettre en état de servir et de déÉoidrC' la;, patrie. I\Mtlt dé ^01^^ ptMlifpi par &es lumières; point de préémînentea ift tMlei^ttklIh^ tki mo^

nies; point de droits, tnéaxe au génie, contre la stricte égalité de tous les hommes. Lire et écrire, compter^ raisonner avec justesse^ connaître ^'histoire et les^ lois de la République, avoir une idée de sa topographie^ de sa statistique et de ses productions naturelles^ tel était le programme de l'éducation commune à tout le monde. Cette prudente limitation des connaissances humaines était aux jtux du comité la plus solide garantie d'égalité sociale. S'appuyant sur l'autorité de Rousseau, qui affirme que jamais' les mœurs £t la liberté n'ojit été réunies à l'édat des arts et des sciences, il avait même été jusqu'à refuser de se -prononcer sur Futilité des perfectionnements ultérieurs des arts et des sciences par les citoyens plus versés que les autres^ dans ces matières. Du reste, la presse devait être sévèrement rpnfermée dans le cercle des principes proclamés par la société. » (i)

Les principes généraux du fiabouvisme sont résumés dans le Manifeste et dans V Analysera ce sont ceux là que l'on cite toujours^ en parlant de Babeuf; cependant entre ces documents et les écrits émanant de Babeuf luimême, ily a un écart considérable, et Ton se tromperait fort si on xi*étudiait le Tribun qu'au travers du Manifeste et de V Analyse. Dans ces écrits, dont il a tout simplement assumé la responsabilité, Babeuf n*est que le bouc émissaire du parti radical, qui en avait fait son porte-voix, ir faut donc l'envisager sous un tout autre aspect, comme nous le démontrons au cours de cet ouvrage.

Quant à l'application des principes, elle consistait en ceci, d'après Larousse, qui s'est égaré à la suite des accusateurs, et ne paraît pas avoir connu les écrits ni la défense de Babeuf.

Le peuple-français était déclaré propriétaire unique du territoire, le travail individuel devenait une fonction publique réglée par la loi; la somme de travail était la même

(i) Résumé des utopies de Babeuf, par M. Buonarroti {Ençyclqpi-die noin>eUef art. Babeuf}.

pclix)c ïdas M titoyènè; les ir&Vaiik i^^uj^nââtt tftAfeat

ëitébu't&atttùrtliydiè.

Lé GéuVehieihéTit H'éHAt ^tté qu'ultè iiiàple àdm^iè^ thitiàh charge dMqûilibrer la prôductièh^ la circolâtieÉi^y té tôciitriél'àè feit^ear; ènfiti, dé vtiKr i I» ré^ârtftfbftlv tiiït par ^bftiôtis égalés, âé^ prddûib hisséthblés dakiÉ M Mkgàfiht publics.

C^iàatiôn âte tout sàMîre. Réibroifè des Hëhéi^ et du Kiie; VéÛàn dé la législation devait ëth àè rkMéiiffr les bdrfithèls i la sitnplicité dès mcfeàri, à là Wbdeaté OsOïtt pbûV tbiis, au ibëpfis dû luife côrtuptifàitëtdésatts Fi^M, à Ta 'sdp][!)résstoil progressive des ^àds ^e^iXfesécpdpùy^ tibn, qài soàt dais lEbyèri dfe misère étdë côrirûj^tion .

ï^oih't ût classes p^rivilégiéb^^ pa^ dk pté^ifêtnce$^ inèàiè ihtdt^ictaelles ou ntoralé^; Vé l^ie, Aètat là Vdio^ ne peuveat donner un droit de dômfûàtidn. L^Sdlieàâdâ ëômhic^he devait se borA^ à Pac^ài^tion cfe êèiitttlls^nces u^ilès^ etc.

Mài^, cothnit tlouls l'àVMi dit d^à, ent^e^ x\ta ht fut qU'uht^Vephîtokbplifquetc'èst le inàï ik Bàbèàf), et la ^eri«tàble pensée^ fibù pas des BotttùViktès et ides èzaj^ét^ Ai p'arti radical, mfai^ du Tribàn Gràedius, il y k ufeledîsMiofe cîôiisidéràble^et elle n*appara!t bten, pouf la prèkniâire fois, que dans les ddcuiàent^ que nous ]^tiblf6n^.

Éàbeuf voulait tout irimplèment koms bt scANDALBtbtt

l'ORtUNfiS "En HAUT À PLUS D'AtSAffCS EN bi*^.

A cejax qui parlaient de stabilité, la chanson, qui ne «perd pas ses droits^ ripostait :

^X)ik dit qu'e nous ne Voulons pas

De gouvernements stables ; rtô 1 c^ést bien vous "^euls^ tnagistrats^

Qui en êtes coupables.

Vous nôuï privez de tous nti& droits,

-De-nôtre 4ndépead«nce ; Vous «iVe^ vendu tnâile fois

Le salut de la France.

ifn antrejpoftetvrait écrit :

^^ofez-tn sûr^ le peuple est las^ La finm Pagite et le réveille, n Tecit du patn^ non des débats :

Veatre affamé Q*a point (ToreiUe.

Grassement il inous entretient^ Et qne lui donnez-vous : un zeste; SU -se lève , penscz-y bien , {bis) On ne tous répond pas du reste. (W*). /^

Lonqu'eafin le Comsïtf fKairrielMT crutji)ue1e moit â'agîr approchait, il Réunît les principaux eheb de la eoapiractoo, ^chez Brouaty déplité(8 mai 1796}, et lA, Os la première séance, on décida, dit-on, qoe par tons les iBoyens possibles, l'on amwrseraft le JMrectoire et ^d'on ferait revivre la Constitution de 1793.

Voîlàfdu moins, ce que nous apprennent les historiens; en Terra aux dâ>ats du procès qu'il n'exista jamais de ijOÊriii insurrecteur qup daoa l-esprit des accusateurs nationaux, mais une Société des Démûcrafes, fondée par fiabeuf pour réireiller Tesprit public, et que leurs derniers actes étaient le soutien du gouvernement républicain contre la fection oionaichiste, qui voulait s^mparer du pouvoir.

Le plan de la con|untion fot, dît-on, arrêté dans cette séance et, dit-on, encore, mais «ans preuves, elle faillit téossir.

Voîd en quoi consiataitie plan d'insurrection, d'après les accais3Blettrs«ationa«x et les historiens, qui, sans tenir compte de la jdé£ense se sont bornés à les copier servile-

Donne commissaires centraux lurent établis dans .chacun ^ des arrondissements de Paris, afin de mettre les sections iiioonnaes les unes aux autres, en rapport avec ks chefs de la Conjuration ; d'autres commiesakes étaient chargés de gagner à la cause les troupes de la garnison de Paris et des environs.

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On comptait aussi sur les départements, sur quelques uns^ au moins, oti Ton avait agi de façon à y recruter une armée insurrectionnelle! capable de tenir en échec les forces du Gouvernement. Lyon était nécessairement l'objectif principal des conjurés. ,

Pour mieux assumer le succès de son entreprise, la société du Panthéon s'était réunie avec un autre comité, formé de quelques députés proscrits en thermidor, et dont toute l'ambition se bornait à faire proclamer et exécuter la Constitution de 1793.

Elle comptait enfin et surtout, sur .un prétendu effectif de lôjooo hommes, destiné à ouvrir l'attaque, sur le concours de l'artillerie de VincenneSj des Invalides, des Grenadiers du Corps législatif et de la légion de police, puis, une fois l'afEnire engagée, sur toiii les ouvriers des ateliers de Paris.

S'il fiiut croire certains historiens, qui nous paraissent avoir considérablement laissé divaguer leur imagination, les prétendus projets d'organisation et le plan d'attaque étaient des plus simples.

Les sections des douze arrondissements devaient se porter simultanément, et en trois corps, sur le Directoire, sur le Corps législatif et surl'Eut-major.-

A la même heure, des divisions spéciales devaient attaqUer les portes des barrières et tous les dépôts d'armes qui se trouvaient dans Paris.

Le jour et l'heure du complot, c'est-à-dire de la levée en masse, avaient été fixées ; et dés le premier moment de triomphe il avait été prévu qu'on « expédierait des > hommes surs etintelligents sur les divers points de la » France » qui renfermaient le plus de germes d'insorrec- » tion^ € tels qu'Arras, Béthune, St-Omer, Valencien- » nés, Cambrai, Toulon, Marseille, Avignon, Toulouse, » Grenoble, Valence, Dijon, Autun, Châlons-sur-Marne, » Montpellier, Metz, etc. »

Uacte d* insurrection du Comité insurrecteur du salut public, imprimé en placard, pour être répandu dans Paris,

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portait en tête ces mots : Egalité, Literie^ Bonheur commun, et contenait un appel aux armes, pour le rétablis* sèment de la Constitution de 1793. Des milliers d'exemplaires^ trouvés chez Babeuf^ furent mis en sacs et caisses et montrés aux jurés lors du procès. L'appositioi) de ce placard sur les murs de Paris pouvait nécessairement provoquer des troubles ; il est écrit en termes tels qu'il n'y avait plus d'hésitation possible pour le Peuple et pour le Gouvernement ; il &llait combattre* et que l'un ou y l'autre succombât. Les AfoticAar^j^ comme on les appelai t, sauvèrent cette fois Paris d'une catastrophe à peu près imminente; mais nous observerons en historien impar* tiale et à ladéchargede Babeuf, que ce placard, bien qu'imprimé, ne fut jamais affiché, et qu'au moment de son arrestation, Babeuf allait lancer dans le public un écrit destiné à contremander, et à rallier définitivement ses adhérents au Directoire, menacé par l'ennemi commun : le royalisme.

Le cachet de Babeuf (i],comme chef d'insurrection/ était « en cuivre, de forme carré long, et manche de bois noir. « Sur le cachet était gravé un niveau et les mots : Salut public.9 Présenté à Babeuf lors de son interrogatoire^ il le reconnutj et en parla en ces termes : € C'était le signe reconnu dans la correspondance entre la nombreuse coalition des démocrates qui tous haïssent comme moi l'horrible oppression sous laquelle gémit U Peuple français. »

Juste Moroy, inculpé, déclara lors du procès qu'on avait déposé chez lui € les placards, guidons et couronnes^ qui dévoient paraître au moment de l'insurrection », mais qu'ils les avait « brûlés. »

11 y eut un premier mouvement d'attaque dans la nuit du 23 fructidor. 11 se produisit au camp de Grenelle. Les conjurés, au nombre de 6 à 700, armés de sabres, se rendirent au camp criant devant les troupes : Vive la Cons-'

(i) Nous n'en connaissons qu'une seule empreinte.

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titution de i7tl I Mais cette teatative de soulèTemeot ne réunit poiat, et une commission militaire, immédiatement instituée, (ugea i34 accusés, parmi lesquels 32 furent fusillés, dont trois anciens Conyentionoels de la Montagne : Huguet, Javogues et Gusset»

On verra, au cours des débats, les puissants efforts &its par les accusateurs nationaux, pour rattacher le mouvement de Grenelle à la conjuration de Babeuf, .et les efforts, non moins grands, faits par celui-ci pour repousser toute assimilation entre ces deux tentatives d'insurrection, dont la première, suivant lui, était l'œuvre unique des royalistes.

Dans tous les cas, c'est dès ce moment que le Baboisvisme entrcj définitivement^ au moins en apparence, dans la période d'action.

On put constater alors^ combien était vraie cette ^* nion de Colins^ que « les conspirations secrètes sont de véritables souricières à nigauds. »

« Une conjuratioh qui hésite e^t |l)erdûe », a dit Machiavel. Babeuf n'hésita point ; aiïtour de lui personne n*hésita ; mais un traître se trouvait dans les rangs^ et ce traître en qui on avait pleine confiance, savait tout et avait tout déVoilé, eYi y ajoutant même du sieïi. Cest celui que tes débats et l'histoire qualifient de « traître Grisél. »

Un des agents dé U conspiration dé GreneAe, 6risel, dénonça donc le complot au Gouvernétiient.

Ct fait de trahison fut établi par léi débats du procès ; Mais voici Un dôcUtnént inédit ()Ui lé constate. Cëst la lettre d'introduction de Grisel aUpî^ès du ministre Co-

cfaàti :

Au citoyen CochoUi ministre de la police gteérale :

17 floréal an iV, 9 k. 1/2 du soir.

Je vous envoie, citoyen ministre, lè cFtoyên Grisél, dont je vous ai parlé. Il a a vous doimef ies reaseigoemeots

bi pins jinpomnu(i)* Ud^sîn vgn» Riifkir a toîr oHto^i je wus prie de r«Qtefuire«

11 est hors de deste^ eu rtttt» que d^aïutne peisoones WMiciit le Directoire a« coafsat des tnanœuvtes des ooa|af^ et oa sttt auasi qat le Miniistrs de ie police était averti de tout ce qui se passait aax Balnp^CUmoiSf (t) lieu habituel de réunion des BabQUvistes, par le cafetier lai^oséme.

Ajoutons sBime que )e directeur BarrM^ ponr micttx surprend» les fils de la coD)arati<Ki avait fait proposer an Ursctoiie secret^ le 9 nud 1796, dTentser dans sa oonspi* ntîdh.

Barras et Bonaparte étalent les mattres du jour : l'un avec ses salons rempll^de femmes^ Tautre avec ses soldats, df)à prêts à le suivre partout.

L*un devait proposer bientôt de renverser tous les hommes qui avaient < des idées libérales > ; l'autre^ devait dire^ quelques mois après (mai 1797% aux délégués de Venise, qu'il lui fallait « les têtes > de leurs trois inquisiteurs d'Etat.

Ce seront eux qui, dans leur intérStj anéantiront Babeuf et le fiabouvisme.

Depuis le I* mai, dit-on, la police avait eo XQaiw tOffB les ^ de là conspiration.

Mais ce fut le 10 mai seulement (21 floréal an IV)^ que Carno^ président du Direictoire eiécutif^ envoya un Message au Conseil des Cinq-Cents pour l'informer qu' « un horrible complot > devait éclater le lendemain^ dés U pointe du jour, et que son objet était « de xenverser la » Constitution française, d'égor^ le Cprps l^islaxif,

^^■^iiii"^**P^»i^*"*-""***»^»-^

(i) Lettre ttitognrphe de Camot, sans majuscules, ni ponctuation, 4icsina toia asa écrits.

if] Serbie Ui|»crrp était la cbaelanse lévnUtianaaîes de«csK teblitscmcpt.

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