V. — Lettre a MM. les officiers MumctPAUX de Royb
Paris, ce 5 avril 1790.
Vous avès. Messieurs, adressé 4 l'Assemblée Nationale, une copie de votre procès*verbal du trois m^rs dernieir et celle d'un mémoire lu p^r le S' Baboeuf dans votre séance du 7 ; vous avès depuis envoie un placard . affidié dans votre ville le i5 et souscrit du nom du dit S' Babœuf.
Le Comité des Rapports^ auquel toutes ct& pièces ont été renvoiées^ et qui les a examinées avec la plus sérieuse attention, ne peut qu'approuver la sagesse et la modéra* tion de votre conduite; il était de votre devoir de faire tout ce qui dépendoit de vous pour parvenir au réublis* sèment de la perception des Droits d'aides, et de votre prudence^ avant .d'user de rigueur^ d'invoquer et d'emplpier r^iut^rité de l'Assemblée.
Comme depuis I4 résistance que youf avès éprouvée dans le rétablissement de cette perception^ il a été rendu un Décret général qui la confirmée ei^pre^sem^utj le Comité^a pensé, qu^il (itait inutile d'^a ^içi^f un girticu-
lier pour votre ville. Il espère que vos habitants se rendront à la raison et n'exigeront pas qu'on emploie les
moiens de rigueur pour les soumettre à la Loi.
Uparoit par le mémoire que le S** Babœuf vous a lu qu'il n'a pas peu contribué par ses propos à la résistance du peuple ^aré par un excès de patriotisme et par un amour mal entendu de la Liberté ; ce citoien se glorifie d*ttne conduite, sans contredit très condamnable^ qui pouvoit avoir les suites les plus dangereuses et que l'er-* reor seule dans laquelle il paroit être, peut rendre excusable; il &ut éclairer son zèle et alors si. comme nous nous plaisons à le croire^ ses intentions sont pures» il Sera le premier à donner l'exemple de la soumission aux Décrets de l'Assemblée; donnés lui copie de cette lettre ; rendès-la publique ; qu'il apprenne par elle, ainsi que tous vos concitoiensj que le défaut de paiement des impôts, est, pour ainsi-dire le seul écueil contre lequê' paroisse en ce moment échouer cette heureuse révolution dont il paroit le si zélé partisan ; que jusqu'au moment oii l'Assemblée aura pu réformer les décrets d'aides^ ou les suprimer et pourvoir à leur remplacement» c'est être traitre à la Patrie et rebelle à la Loi que d'en suspendre le paiement ; que tout Décret émané de l'Assemblé Nationale et sanctionné par le Roi est une Loi sacrée à l'exécution de Laquelle aucun Citoien ne peut se soustraire ; que tous les individus d'un grand peuple ne peuvent se réunir pour délibérer en commun; que leur volonté générait ne peut se manifester que par des représeuia&s ; que ce que ceux-ci ont décidé, est obligatoire pour tous. Quelle anarchie si un Citoien, une Ville, un Canton, ufte Province mime ponvoient s'arroger le Droit de juger la Loi et de l'admettre ou rcjctter à leur gré ! La * Loi ne peut être faite que par les Représentans réunis de toute la Nation. Elle ne peut être abrogée que par d'autres Représentans; et 1& véritable Liberté ne consiste que dans l'obéissance et la soumhsioii à la Loi. Qu*fl ^e représente tous les maiit dont i! auroir pu être k cadse^
si la résistance du peuple eut été repoussée par la force ^ à quel danger il s'exposait lui-même s'il eut été dénonoS à la Justice^ qui ne juge que les faits et non les intentions ; il sentira alors ce qu'il doit à votre indulgence et à votre modération ; combien il a eu tort de manquer de respect à des Officiers revêtus d'un autocité légitime^ que le peuple luimême lui a confié; que c'est à eux seuls que tout bon citoien doit communiquer ses inquiétudes qu'il ^eut avoir sur la sûreté et la tranquillité publique^ sans chercher à alarmer le peuple par des placards et des affiches^ forme incendiaire, toujours illégale et toujours condamnable. Que si l'on croit avoir quelques justes sujets contr'eux^ on peut ou les leur exposer avec décence et modération^ ou ^'adresser à leurs supérieurs.
Les mêmes motifs de douceur qui vous ont déterminé à ne pas prendre d'abord les voies de rigueur^ nous décident à croire qu'on peut en ce moment se borner à la simple voie de remontrance. Nous espérons qu'éclairés par ces réflexions^ vos citoiens rentreront dans l'ordre et que vous ne trouverez aucune nouvelle opposition à la perception des Droits d'aides qu'il est de votre devoir absolu de protéger par tous les moiens qui sont en vôtre pouvoir.
Nous écrivons par le même ordinaire aux Cabaretiers de votre ville la lettre dont nous vous envolons copie.
J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble et
très obéissant serviteur.