‹ Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme d'après de nombreux documents inéditsChapitre 6 sur 59 · LA MONTAGNE SAINTE-GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

LA MONTAGNE SAINTE-GENEVIÈVE

Les Gracques. dans le sanctuaire, Viennent à la voix de Babeuf, Continuer Quatre-vingt-neuf, Après deux mille ans de suaire;

Dans les siècles^ ce sommet là Est plus qu'un défi, c'est un phare :

Devant lui s'arrête, s'efiare, Et fuit le monde d'Attila.

Enmanubl D}SLotmM (ChansùH primée en 1M4.)

On n'avait jusqu'ici que très peu de reoseignements sur la jeunesse et la vie de Babeuf» et la plupart sont inexacts.

Buonaratli, qui l'a connu tard, et qui n'est pas tott« jours fidèle, n'a parlé que de la conspiration de Tan V*

Charles Germain, qui, sous tous les rapports, était le mieux en situation pour apprécier Babeuf, ne lui a pu même consacré une notice.

L'héritier! de l'Ain, avait annoncé l'intention d'écrire ks Mémoires de Babeufi mais n'a donné aucune suite è son projet.

Quant aux fils et petit-^fib du célèbre socialiste, ils se sont bornés à adresser quelques communications, souvent fimtaisistes, à la presse et aux biographes, bien qu'ils possédassent ses papiers et fussent» dès lors, les dépositaires de ses secrets.

Enfin, le biographe superficiel de Babeuf, M. Edouard Fleury, eu a été réduit à fiiire cet avçja.:

< C'est tout un livre que la vie de Babeuf» un livre » plein d'enseignements, un fragment immense de l'his*

> toirè de la pensée et des erreurs ' humaines, de ces er-

> renrs qui, puisées bien loin dans le passé, troublent

> profondément notre présent et agiteront non moins » profondément peut-être l'avenir de nos enfimts,.. Ce

> ne serait pas une étude sans intérêt que celle qui nous » permettrait de suivre pas à pas le progrès des doctrines

> égalitaires dans cet esprit illogique par excès de logique,

> arrivant à être cruel parce qu'il exagéra sa pitié pour

> le pauvre. Nous voudrions pouvoir, à l'aide de docu- »~inënts 'awtàTns, éma^fe ^ÔW^HT^^

» si prodigue d'encre^ le montrer pauvre arpenteur » courbéj la chaîne en main, sur ces terres immenses et » fécondes que le grand seigneur possédait par droit de > naissance ; débutant par se désoler sans doute de sa » propre misère, par maudire l'injustice du sort qui ne » lui avait départi pas même une parcelle de cette terre, » source de toute richesse; puis, reportant son esprit sur » temittértMe exismnee de tout ceux, qui, comme lui, h tam^liriisiii^nt dtns le dénuement, iVtoaxunit que la • Société, si dure pour la grande majorité de ses ttfiMifi^ » ie ttontrit si prodigue seokment ipônr quslques«»ons^ » potftr «es oliéri% dont èe8>mériites ae dépassaient pas, n^ 1^ g^liôènt pis tDQJoQ^s'lee mérites des autres; plus tard, i «'ift-ilâkit de cette. rmSgtlité par trop Ihigmnte alon ; » plus tard encore, cherchant à lui eoot méàL fat vnff^sm % dé'détiwirt cette idégAHtécrtttineUe^ et enfin se don- ^ iiiMt pèurttission fo tâdie îfnmeûte de x^rtir tïm- » fermement la propriété, la richesse, le boûbcor» ^ % Aftre qM «dû« ftMsàK égliut , savbms^ vertueux, tpwr ^nà te^Wtfnt tftureui^, et ^la ao moymt an partage é^ot* % tliUèéB4a tèyiie«<ftMfô«i,âlVMtd*ûoe'ninpie fsrmnte » et hipélitk^ùtï géniale.

> Malheureusement, ces précieux docuoenci août » ttUTfiqtent. -

» Nous n'apercevont <fut le point de dé^it de l>atDpie 1^ sentimentafa de Babeuf tt ton peint d'arrivée, factieux » et coupable^

■^ Entre 1789 et 1795, on remi^tlie une tt^eusft iactme

> <i)» <fàt remplissent mal les débats du procès. Entre un

> lirticlod^'disccMion tranquîâé sur le partage des coin<* » muoâuk et 4et «lutnéros brûlants d« Tribun 4uiptmple^

> pi'tmiers'^4cMfet8'éebelotit'det<yQt un tystdoie phi-»

> 4Mép%iq«e, H ttmnque tous les lotermédiaiNt paF > 'kb^jfuelspassreloujOEFb la (pentée humaine avmnt de «e

> ^AHre^^MVictiidt», i^lotitéi édofle «btotiie. >

(i) CitHit laçons mmonte tiut^A de 178$.

Ge «ne dtfttii tsak «donmihfe M. Flenrjr» et cr qu'il «'« f u *i chfcrdier^ ni tctervet; omxm ta Umm k twit dt €tltef«iUloadafi.

Elle comble donc la lacune, évidemment regrettable^ qui existait dans la vie de Babeuf, et nous le moolre \A qfAl fut, sous ses botni et i^ mauvais côtés.

Dans la premièse pwtie de nOdft treviil tiWÈ tt^ constituons la jeunesse de Babeuf, d*apr£s ses papiers ix^tts ^i) qui avaient échappé aux investigstiooji des historiens. •

Nous Vy voyons fils soumis et dévoué^ fouctionnalic laborieu;^^ père de famille honorable, puis^ •épistoUer thatmant dans ses relations, restées absolument ignorées* avec Dubois de Fosseux^ secrétaire perpéti^el de î'Acadé* mie dTArras.

Cette période littéraire de la jeuqesse de Babeuf «érite une sérieuse attention.

Atissi, en avons nous fait Fobjet cPun chepitrç dane notre premier volume et avons -nous cru devoir rçprpduire dans notre deuxième volumcj toute la correspopiUnpi que Babeuf échangea de 1785 à 1788^ avec Thomme pir mable qui dirigea pendant si longtfsmps k fnpuvpment littéraire en Artois. ^

Cette «wrieepandasiâe se 4:oflipdse de 98 Itfl^es de filH beuf tpleiaidttts tnMquen^, ^ âe 61 lettres (sMs lacune) de Dubo» -de Feeseut, autqneiks étaient jointes diverses pMces-eii ffoee et eo vers'q'm «ous publions égdemeMt«

(ij Nous devqns U CQpixxMzaÎQatioQ de la plupart d^ doamMf

Su nous ont servi pour ce Irvre à fa grtcictisc obligeance de feû . PoGfaet4>eroolus, ^isoabk lnVii«|>i»te, doat tioub regratadas nrtw» ment la perte.

(2) Dubai!^ de FosHa^x «nvpya à Babeuf la leitw en date dn 3o oôtobie 1786, qti^l avait adressée au i^âctetirdes ï^uiHes de Ttandre, sur la retraite de M. de Briois, comme premier président du Consen cFArtoïs (4 pag. in-4. — En t«te BabeuT à toit ijRefy & 4 àfpÊêùii^ f 7^> "*- et onU fit Inaérer %a!emeflt âans les àffchi$ de ne0mettWÀtiois. < N» to de tette aitnée^

Elle jette un jour nouveau sur la jeunesse de Babeuf, en révélant ses tendances, en dévoilant son for intérieur, en nous faisant assister aux premières effluves du Babouvis. me.

Elle complète, en outre, Y Histoire de t Académie d^Ar^ ras (i), de M. Tabbé Van Drivai, qui, pour cette période de 1785 à 1788 paraît n'avoir presque rien su.

La correspondance que nous publions n'est pas rigoureusement classée par ordre de date. Babeuf faisait les brouillons de ses réponses au dos des lettres de Dubois de Fosseux, et, dans l'intervalle, il recevait quelquefois d'autres lettres, dont il retardait la réponse. Dès lors, nous plaçons ses réponses à la suite des lettres qu'elles visent, de façon qu'on ait sous les yeux, en même temps, les demandes et les réponses.

D'allures administratives, se souvenant volontiers qu'il était à la fois Magistrat et Académicien, Dubois de Fosseux employait constamment pour ses missives le papier in-quarto, et veillait à ce que ses lettres fussent par- &itement calligraphiées par un secrétaire qui écrivait sous sa dictée ou sur brouillons.

Quant à Babeuf, la forme matérielle l'occupait moins. Son écriture était toute petite, ferme, serrée, et les corrections étaient fort nombreuses; mats on voit qu'il s'efforçait de rendre ses pensées avec concision et perfection. Aussi ne craignait-il point de soumettre son style à de véritables épreuves. Le soin exceptionnel qu'il apportait à écrire se révèle jusque dans ses moindres lettres : son style est toujours châtié, quand celui de Dubois de Fosseux est presque toujours Iflché. Envisagée à ce seul point de vue, la différence entre l'un et l'autre est considérable.

Babeuf, en effet, était supérieur à Dubois de Fosseux,

(i) Voir l'article que nous avoDS publié dans le Constitutionnel^ du 4 août 1873. 8OU8 le titre : L'Acatf^mie. f^Àjn^y ^Ugm, ^9fl.Mfift^ ttonen l'jdjjusqua nos jours.

comme écrivain^ et on deTine à ces pretniàres pages hâtivesj qu'on est en présence d'un homme qui» quoique jeune, est déjà un lettré et un philosophe éclairé.

Mais Duboisde Fosseuz n'en reste pas moins Tagent de transmission du mouvement littéraire qui s'accentue en Artois. Il provoque les communications, il organise les séances de l'Académie, et en dresse le minutieux compte-* rendu; non content d'assumer la lourde charge d'historiographe d'une société sans éclat, puisqu*elle ne publie pas de Mémoires^ il envoie au dehocs, à ses correspoU'* dants^ qui furent nombreux et parfois pressants, des résumés des séances et souvent même des extraits des Mémoires présentés^ de façon qu'en divers lieux on sache qu'il existe à Arras une Académie et des Académiciens.

Et c'est ainsi que Babeuf a pu , pendant trois ans^ y avoir ses petites entrées.

Au cours de cette période littéraire^ Babeuf, entraîné par quelques novateurs, se préoccupa de réformer l'orthographe française. Ainsi, il écrivait :

Abolicion^ — afirmative, — cète, — éjet^ — èles, — institucions, — teoriquement, — tères, — some, — sous^ traxion, etc.

Nous avons cru devoir respecter scrupuleusement cette orthographe fantaisiste. Du reste, Babeuf ne persévéra pas longtemps dans ce système, et plus tant il écrivit comme tout le monde, mais cependant, en sç souvenant parfois qu'il avait été^ suivant son expression, /rançaisard.

La Table, dont nous faisons suivre cette correspon* dance, révèle les noms des hommes de lettres qui furent en relation avec l'Académie d* Arras; à la distance d'un siècle, ils proclament l'activité prodigieuse de Dubois de Fosseux et l'impulsion extraordinaire qu'il sut donner aux travaux de ses membres.

Là, se retrouvent des noms toujours en honneur dans les lettres et les sciences : AudifiTred, Blanchard, Buc'hoz, baron de Courset, Oelegorguç, Domergue» Ducif, Qode«

(Vî)

kbt <de Lilley, Dom Grappin, Hardoin^ M^ de Kéralio, M^ Le Maa90Q Le Golft, Moreau de Saint->>Méi7^ Opoix, Dom de Vienne, que TAcadéinie ne jugea pas digne de ses faveurs ; — d'autres noms encore, presque oubliés : d'Açarq, dont les hardiesses littéraires firent tant flageller l'Académie qui en avait fait un Membre correspondant, Champmorin, Crignon, Devin des Ervilles, Ecuyer, de Flagis, Pajot, RameLabbé Reynard, Saint-Georges, Tournon^ Wrllemetz;-— puisceux de la joyeuse bande des Rosati d' Arras et dee Valtnusiens de Douai : Beffroy de Reigny, Charamond, dom Gosse, Le Gay, Lenglet, Masclet, Roman, de Sacy« Taranget, baron de Tott, de Wavre*chin.

C^t bien là k monde littéraire de la r^ion d'Arras ft la fin du XVII I* siècle ; ce sont bien-là les amis zélés et dévoués, proches ou éloignés, de l'Académie que Babeuf, illusionné sur la valeur de certaines personnalités, appelait la € charmante famille » et €le Lycée vénérable », mais qu'un sceptique érudit^ Dulaureos, moins respectueux ou plus clairvoyant, avait traité dédaigneusement de Cabaret littéraire d'Artois.

Tout, ou à peu près tout, est donc littéraire dans cette correspondance intime, mouvement^, que le hasard nous révèle. Excepté quand Babeuf envoie^ en mars 1787, à son correspondant une brochure, dont il est sans doute l'auteur, sur la Constitution du militaire^ et quand, le m6me mois, il lui soumet 'une question de concours qui est sa première formule du Babouvisme, on l'y trouve, partout, entièrement adonné aux travaux de sa profession et à la culture des lettres. Il pttrle v^ontiers de ce qui occupait alors l'attention publique, — l'attraction, les ballons, l'inoculation, l'agriculture, l'éducation, la poésie ^, mais ses études ne révèlent point encore le futur Tribun. Il les résume au surplus très nettement, quand, visant une question qui lui éttiit soumise sur l'apathie et la sensibilité, il répond (lettre du 16 novembre 1786) : « Aux beautés poériqoei qoi se distinguent dans YEpître sur hs pré»

êemlimu à Je gttnre^ i'y tq&i jréutiii Ipê beusfiu^ PMti'i ments de cette philosophie moderne^ de celle pbiloiopbîf si conforme 'aux droits de rhumanité, de cette philosophie qae faîme^ de cette philosophie enfin qui fait Phonneur de notre siâcle^ et qui produira nécessaireneot Feniiéff fiSKcité de ceux à venir. »

A cette époque^ les relation^ dç Babeuf n'étaient point étendues; il n*avait fait que deux fois le voyage de Paris^ il n'avait guère <|ue deux amis^ l'imprimeur Devin^ de Nojron, et Audiffred^'inventeur du Graphomètre^trigonométrique ; il était tout à sa famille et à ses a&ires ; ce serait donc au contact de l'Académicien d'Arras, que le philosophe méditatif de Roye serait dçvenijij suivant le mot du tempSy un homme de lettres, sacrifiant ses affaire ^ son ambition^ puis graduellement, le fougueux révolu* tioonaire de l'an Y*

Quoiqu'il en soit, sa première pensée écrite est le Mé** moire sur le9 Chemins de la province d'Artois, daté de 1785, que nous reproduisons en tête de la correspondance (1); et c'est dans cette même correspondance^ restée jusqu'à nous.ignorée, que nous trouvons enfin^ les pre* QÛers documents sur Babeuf et aa première form^le du Babouvisme.

Lorsque, plus tard, mécontent peut-être de Pîngrati* tude et de la sottise des Académiciens d'Arras, Babeuf cessa brusquement de correspondre avec Dubois de Pos« ceux, sa nature audacieuse l'entraîna fatalement vers les régions de la politique militante et il y réussit d'autant plus vite, que, très probablement, le terrible socialiste était en germe dans le Commissaire à Terrier de Roye.

Nous nous garderons bien» aéanmoinsj 4e fairt ikp ^ i€s lettres plus qu'elles ne disent. Q^'ll oous serit ^ittli seulement d'établir qu'elles refièltni on np peut mieiU|

■ ""1 I '.■... '> "'' fi mil p ■ I ■! I I ,; .11 i,jii

(1) Neus avQos fetr<Hivé la copie ^e Bfibe^f pero^ ie^ PfPiMi à^ l'ancienne Académie d'Arras.

(vni)

. fi

l'esprit superficiel, mais plein de channes^ de la société poUe du XV III' siècle.

Le mariage de Babeuf (i), ses luttes avec les Billecocq et les seigneurs du voisinage, sa participation aux premiers événements de la Révolution, sa création du Cor" respondant Picard^ fidnt l'objet des chapitres suivants.

Puis, nous le retrouvons à Arras, mais cette fois en prison, avec Germain, Lebois et autres^ qui deviendront, par la suite, ses plus ardents disciples. Tout ce chapitre, absolument inédit (2), est du plus haut intérêt. Babeuf y figure déjà comme Tapôtre reconnu du Babouvisme.

Nous le suivons, ensuite, à sa rentrée à Paris, lorsqu'il reprit la publication de son journal : La liberté de la Presse qui devint le terrible Tribun du Peuple.

Cette fois, la lutte contre le pouvoir s'accentue dans de telles conditions de violence qu'on peut prévois la destinée de Babeuf.

Lorsqu'enfin il est arrêté et jugé par la Haute-Cour de Vendôme, nous ne négligeons aucune source d'informations, pour analyser scrupuleusement les débats de cette mémorable affaire, qui dura huit mois.

En historien impartial, satisfaisant au vœu exprimé par Babeuf, au pied de l'échafaud, nous publions, d'après son manuscrit autographe, le texte entier de sa défense gêné" raie.

On pourra lire ainsi, pour la première fois, sans erreurs et sans lacunes, les arguments développés par Babeuf pour

( i). U faut peut-être rattacher à la famille de la femme de Babeuf, JeanLangl ' "" ^ "- ^

femme Mai et des Mayel

pour avoir, « au péril de sa vie, sauvé des eaux Alexis Montîgny. ■ (Voir Affiches de Picardie et d^ Artois, n«« 19 et 20 4fe 1786.)

M M. E. Lecesne, auteur de : Arras sous la RéPoiuHom (Arras, i883, 3 vol.în-8;, n'a rien pu découvrir sur le séjour de Babeuf dans la prison d'Arras, et s'est borné à nous emprunter quelques pages (tom. UI, pp. 141-144.)

un , i

cottvaiocre ses jog» qu'il nVsit votulu que le boolienr du peuple.

Ceux que h vérité offense, ou qui se croient toujours an temps de Louis XI^ nous demanderont peut-être ce que nous avons prétendu faire en consacrant à Babeuf ces deux gros volumes.

Est-ce une apologie ?

Est-ce une défense ?

Ce n'est ni une apologie, ni une défense.

Nous avons voulu simplement dire la vérité tout entière sur le grand socialiste ; et c*est afin de pouvoir la dire, sans entraves, que nous nous sommes feit l'éditeur de ce livre.

Nul n'est intervenu, par conséquent, pour supprimer des pièces ou atténuer des appréciations.

Tout ce que nous avons su de Babeuf, nous le révélons, loyalement, hautement, tenant, avant tout, à feire une œuvre qui s'impose par sa sincérité même.

Le grand socialiste si méconnu, si calomnié, que toutes les réactions ont jeté aux multitudes ignorantes comme un épouvantail, redevient dans ce livre ce qu'il fut en réalité, un patriote désintéressé, qui a pu errer sur cer« tains points, mais qui n'a rêvé que le bonheur de Thumanité.

Les historiens, dans leur l^reté habituelle, n'ont vu que l'accusation sans consulter la défense, de sorte que le condamné de l'an V, n'est pour le plus grand nombre,, qu'un monstre indigne de pitié, tel enfin que l'avait créée tout d'une pièce l'imagination surchauffée des féroces Accusateurs nationaux.

Tout récemment encore un Membre de l'Académie française, M. Taine, traînant à sa suite les infamies du temps passé, a eu l'impudeur d'écrire (i) sur Babeuf ces lignes atroces dont notre livre est l'écrasante réfutation :

(i) Les origines de la France contemporaine. La Révolution, Ul. Le gouvernement révolutionnaire* page 291.

■asdAd

«. . . Ë&fiÀ, légttiàà apôt» dû cootftitnusfne aotwifieâia, » Babœuf (i)^ qui » condamné à vingt ans de fer, pourmi it doiMM^. fous eui écrilures publiques (2), aussi besio- » goMx {}>que laré (4), pro0)te^ sur 1^ pavé dç Paria ses. » ambitions firu^rées (5) et ^^ poc^e^ vides» en compa- » gnie des sacripants déchus (6) qui^ s'ils ne reoioiueot » pas au trône par un nouveau massiicre, tr^to^oot icrdé- » animent leurs souliers éculés dans les ru^s. faute d'^r- > gent... »

Bab^qf uppaca^ donc dans l'histoire sous le^ tndts 4'aii r^volptionoaice ^ogereu^c, un socialiste, un parta-* §wXf cpiBiiie ça disait ea i S48.

Il se dégage pourtant de sa doctrine enfiévrée, violente k Vetois, parce qu'il était convaincu, un amour immense de rhumanité, qui se traduit par des appels réitérés, près* sants, exigeants, de bien étrç, de juste répartition des richessesi en faveur des plus déshérités.

Que sa voix ait été étouffée par ceu:i^ mêmes qui s'étaient enrichis des dépouilles de la Révolution, et qu'on trouva prêts, dès Thermidor, à troquer leur «rmagnole contre les panaches du Directoire, il n'y a pas ^ en étra surpris.

U en sera toujours ainsi, tant que la politique, comme Ta dit M. Labordère, ne sera 'qu'une distraction d'oisifs.

(i) Lire : Babeuf. —Les pièces de raccusatîon portent Babœuf; et c'est ce que M. Talne a consulta.

h) Calomnie, fl y a eu une ordonnance de nom-tieu pour cettç afiBMre.

(3) C'est donc un crime, aux yeux des aristocrates, d*être beso» gneuz i

(4) 7*4»^/ Autre inttmie sur Babeuf, et que \e défie bien M. Taîne de prouver.

(5) Quelles ambitions ?

(6) Lesauels ? Tout cela est écrit en charsrbla, et des auteurs de ca genre devraient être ^ -• 'e^ y '-'.^a >i*' î % ^

En règle générale, du reste, ce n*est pas ' aux Académiciens qu'il faut demander la vérité sur les hommes de la Révolution.

Ceux qui ne vivent que dû passé sont incapables de préparer l'avenir.

Maïs te fout dtl, pém^ikt étkt théorie à h pratique, h qiiâtîon sociale se représentera avec soii inévitable éot^ tige de r^rmes, cette fins mûries et exigibles, on s^aper^ ceyra bien que tout n^était pas utopie dans la démonstiation de Babeuf^ et qu'il avait mille fois raison de de* mander plus de bien être pour la classe constamment déshéritée^ dut-on prendre légalement à ceux qui ont' trop pour le donner à ^ux qui n'ont rien* Nol kîs» sans cesse réformées, tendent, du reste, vers cet idéal rêvé par Babettf, idéal qui, seul, terminera l'tee des révolutioas.

Que ceux qui douteraient un instant du déiiûtéresse^ ment de Babeuf, veuillent bien se soutenir qu'il lui aurait suffi d'exprimer un désir^ pour <tre satisfait, et qu'il tt-* fiisa même le poste de Ministre des finances qui kû était ofieft*

Cet homme était povtant malheureuxi misérable

Voici un extrait du registre de seâ dépenses y tts, frites en commun avec Darthé :

1 6 Frimaire an IV. — Un pain de 3 livresi — lo hafengs^ — beurre^ — laitj — salade.

Page 1