CHAPITRE II
Gustaf-Adolphe devient roi.
Gustaf-Adolphe n'avait pas dix-sept ans accomplis au moment de la mort de Charles IX; la loï fondamentale de la Suède ne lui permettait pas ‘encore demonter sur le trône. Le gouvernement fut donc confié à la reine douairière Chris-
tine, au duc Jean, cousin de Gustaf-Adolphe, et à six Sénai ie teurs, parmi lesquels se trouvait le célèbre Axel: Oxenstjerna: pou
on attendit ainsi la, prochaine réunion des États. 114 (1: La diète s Lou. en décembre 1611 à Nykæping. ee p?
égard aux grandes et rares qualités de Gustaf-Adolphe, elle le déclara majeur : ce prince prit donc les rênes du gouvernement.
La situation du royaume était inquiétante et dangereuse. À l'intérieur régnaient la misère et la discorde. Les revenus et la puissance du roi avaient été considérablement diminués par les grandes dotations accordées aux deux reines douairières, Christine, et Catherine Stenbock, veuve de Gustaf-Wasa, qui vivait encore, aux ducs Jean et Charles- Philippe. La noblesse, violemment comprimée par Gharles IX, profita de la circonstance et sut obtenir de très-grands avantages à l’avénement du jeune roi. Le clergé, fort mécontent des changements religieux que Jean IL et Charles IX avaient voulu opérer, jetait des regards d'attente sur Christian IV, roi de Danemarck, élevé dans la religion protestante et inébranlable dans cette communion. La bourgeoisie et les paysans étaient entièrement épuisés par les impôts de guerre et les levées d'hommes. Dans la Suède méridionale, | de vastes provinces avaient été saccagées par l'ennemi, et même dans plusieurs beaucoup de terrains restaient en friche, les bras manquant à l’agriculture et l'argent pour payer les impôts. La misère donna naissance au mécontentement, surtout en Dalécarlie et dans le Helsingeland, où des troubles menaçants éclatèrent et ne furent calmés qu'avec peine. Les nombreux ennemis de Charles [X tirèrent parti de ces mouvements. Des lettres furent répandues avec profusion dans les provinces, pour inviter le peuple à abandonner le fils d’un roi impie. Les malheurs qui accablaient si pesamment le pays étaient, disait-on, une punition du ciel, parce qu’on avait trahi le roi légitime donné de Dieu (1).
(1) Allusion à Sigismond, roi de Pologne, fils de Jean IT, et que son oncle Charles IX avait expulsé du trône de Suède. (Tran.)
La diminution des impôts et le calme étaient donc nécessaires au royaume; mais ses relations extérieures demandaient de nouveaux sacrifices sans le moindre retard. Avec les trois couronnes de Suède, Gustaf-Adolphe avait aussi hérité de trois guerres contre la Russie, la Pologne et le Danemarck; 11 fallait, pour les soutenir, de l’argent et des hommes : la guerre avec le Danemarck était la plus menaçante. Les Danois, conduits par un roi énergique et jeune, s'étaient emparés de Calmar, l’une des clefs de la Suède, dont ils incendiaient les provinces méridionales ; le cœur du royaume et peut-être son existence se trouvaient menacés. L'épuisement était général. Il n’y avait plus de vivres, les caisses étaient vides, et souvent Gustaf-Adolphe n'avait pas dans sa poche quelques riksdalers (1) pour les dépenses journalières. Afin de régler un compte de tailleur peu considérable, il fut obligé de donner des billets payables sur les redevances en beurre, en grains, etc., qui devaient être faites à la couronne. Quelquefois même ces billets n'étaient pas reçus; on paraissait douter de la possibilité, pour le roi, de faire honneur à ses engagements. Gustaf-Adolphe avait dix-sept ans et quinze jours lorsqu'il se trouva à la tête d’une administration si difficile.