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CHAPITRE XX

Les combats près de Dirschau.

Gustaf-Adolphe et l’armée suédoise se rendirent, à la nouvelle de l'approche des Polonais, dans leur ancien camp de Dirschau ; 1] dominait la Vistule, et l’on pouvait s'y procurer des vivres en abondance. Les Polonais étaient tout près de là, à Lubischou, dans un camp retranché, et des escarmouches assez vives avaient lieu tous les jours entre les avant-postes. Dans une de ces occasions, 1l arriva, le 30 juin, qu’un huzard polonais, ayant pénétré dans le camp avec quelques Suédois, se trouva inopinément auprès du roi et le sabre levé pour le frapper. Gustaf-Adolphe leva promptement son épée devant lui, mais le coup du huzard fut si violent, que cette épée fut repoussée contre la tête du roi; dans le même moment, le Polonais tomba percé de plus de vingt balles.

Le 1® jnillet, GTA Ei te sortit à cheval avec une petite troupe de cavaliers pour reconnaître Ja position de l'ennemi. |] rencontra sur sa route plusieurs compagnies de huzards qui furent bientôt dispersées; Gustaf-Adolphe les poursuivit avec tant d’ardeur, qu’il se trouva fort en avant

de sa troupe, avec un seul garde près du camp polonais. Il monta sur une colline et tira sa lunette d'approche pour: mieux examiner la position de l'ennemi. Deux Polonais pro-. filèrent de l'occasion et se glissèrent, inaperçus, derrière le roi. Le garde, ne les ayant vus qu’au moment où ils étaient presque sur le plateau de la colline, poussa un cri d'effroi, et le roi eut à peine le temps de se retourner, de tirer son. épée et d'en faire usage pour se défendre. Le premier coup de ces Polonais brisa la poignée de l'épée de GustaF Adolphe, le second abatlit le bord de son chapeau ; mais le roi, s'étant remis de sa surprise, profita avec habileté du moment favorable pour percer son eunemi avant qu'il eût le temps de porter le troisième coup; l’autre Polonais avait élé tué d'un coup de pistolet par le garde.

Une rencontre plus importante eut lieu le 7 août. La cavalerie suédoise, commandée par le roi en personne, avec Thurn et Herman Wrangel sous ses ordres, et la cavalerie polonaise, commandée par Koniecpolsky, donnèrent des preuves nombreuses de leur valeur. L'une des attaques des Polonais fut s1 vive, que toute la cavalerie suédoise recula, excepté Erik Soop et ses Goths occidentaux; ils soutinrent le choc de l'ennemi, ce qui laissa à leurs camarades le temps de se rallier et de revenir au combat. Koniecpolsky ayant ew son cheval tué sous lui, fut obligé de combattre à pied jusqu'au moment où un cosaque put lui en amener un autre, Cependant, ni l’un ni l’autre chef ne voulant livrer un combat plus sérieux, les troupes furent retirées et rentrèrent chacune dans leur camp.

Le jour suivant, Gustaf-Adolphe fit sortir toute son armée: en rase campagne. Il commandait ie centre avec Johan Banér; Turn commandait l'aile gauche, et Herman Wrangeb l'aile droite. Koniecpoléky restant tranquille dans ses retranchements, Gustaf-Adolphe résolut de l'attaquer. Les ca-

nons suédois furent conduits sur le sommet de quelques hauteurs, d’où ils répandirent le désordre et la mort parmi l'ennemi, de sorte que celui-ci commença sa retraite. Afin de hâter sa fuite, Banér avait reçu l'ordre de chasser les mousquetaires polonais qui se trouvaient dans un village voisin; mais dans ce moment une balle frappa le roi à l’épaule droite, avec tant de force que son bras en fut levé en l'air : Gustaf-Adolphe pensa qu’il avait été emporté. Il s’évanouit entre les bras de Pehr Brahe; le sang lui sortit avec abondance par le nez et par la bouche; chacun attendait son dernier soupir. Brahe envoya chercher un chirurgien, qui commença par bander Ja blessure, puis on rapporta le roi au camp. Les Suédois feignirent de continuer la bataille, mais ils ne tardèrent point à se retirer, et les Polonais, déjà en fuite, éprouvèrent une surprise extrême en voyant que les Suédois ne profitaient pas de leurs avantages. Un transfuge ayant vu Gustaf-Adolphe s’évanouir et son sang couler abondamment, annonça à Koniecpolsky la mort du roi. Ge général fut tellement frappé du malheur de son illustre dois rite qu'il resta quelques moments dans l’immobihité et dans l'incertitude. À la fin pourtant il ramenases troupes dans le camp, qu'il avait presque abandonné, et n’inquiéta point les Suédois durant leur retraite.

En examinant ultérieurement la. blessure du roi, on la trouva dangereuse, mais non pas mortelle. La balle était entrée auprès de la clavicule, à deux pouces seulement du gosier, et s'était arrêtée dans l’omoplate. Les chirurgiens ayant déclaré l'impossibilité de l’extraire, le roi répondit : («Qu'elle y reste comme un souvenir, » et il garda cette balle toute sa vie. La blessure se ferma insensiblement, mais Gustaf-Adolphe conserva de la raideur dans le bras droit; les doigts, et surtout les deux derniers, en restèrent paralysés. Il avait de la peine à écrire, et depuis lors, ne pouvant

plus supporter la cuirasse sur cette épaule, il fut obligé de se servir du collet de buffle (1).

Ces preuves répétées de lintrépidité du roi inspiraient une grande admiration aux soldats, et le désir ardent d'imiter son exemple; mais les officiers supérieurs, prévoyant les troubles que la mort du roi pouvait occasionner, pensaient différemment. Ils supplièrent Gustaf-Adolphe, par l'intermédiaire d’Axel Oxenstjerna, chargé de porter la parole en leur nom, de songer combien sa vie était précieuse pour la patrie, et par conséquent de ne pas l’exposer comme il le faisait si souvent, surtout dans des circonstances aussi peu importantes que les deux dernières, et cela au détriment de la chose publique; il inspirait ainsi les plus grandes appréhensions pour l'avenir. Gustaf-Adolphe répondit : « Je ne puis croire, messieurs, que ma personne soit aussi précieuse que vous le supposez. Si la mort m'atteint, la Providence n’en continuera pas moins à veiller sur la Suède comme auparavant. Puisque Dieu m'a fait roi, puisqu'il m'a imposé ce fardeau, je ne dois pas m'en décharger par crainte ou par paresse, n1 songer à mon intérêt particulier. Si la mort doit être mon partage dans les vicissitudes de cette guerre, un roi peut-il succomber plus glorieusement qu’en défendant son Dieu etson peuple? » Le chirurgien qui pansait la blessure du roi osa un jour hasarder les mêmes représentations; Gustaf-Adolphe se borna à lui répondre : Ne sutor ultra crepidam (2).

Les mouvements de la guerre se trouvèrent arrêtés par cette blessure du roi. Dans l'intervalle, John Spens, envoyé d'Angleterre, arriva au camp et apporta à Gustaf-Adolphe d: ordre de la Jarretière. Le ‘roi le reçut avec solennité, et

(1) Archives de Brahe, fol. 84.

{2} Cordonnier, reste à tes formes.

ÿ2 HISTOIRE DE GUSTAF-ADOLPHE.

arma chevaliers, à cette occasion, Ruthwen, Lesslie et Hepburn, vaillants anglais qui étaient à son service.

Comme on approchait de l'automne, Gustaf-Adolphe mit ses troupes en quartiers d'hiver, et confia à Oxenstjerna le gouvernement civil et militaire de la Priüsse, avec Herman Wrangel et Thurn sous ses ordres. Johan Banér commandait à Dantzickerhaupt, et Alexandre Lesslie à Pillau. Le 18 octobre, le roi mit à la voile de cette dernière viile, et débarqua le 20 à Œland. |

Lors de la diète qui fut assemblée à Stockholm, Gustaf- Adolphe arma chevaliers, en présence des États, Nils Brahe et Erik Soop, en récompense de la valeur qu'ils avaient montrée, et l’été suivant 1l célébra les noces de Pehr et de Nils Brahe.

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