‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 65 sur 102 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Expédition en Franconie.

Pendant le séjour de Gustaf-Adolphe à Hall, plusieurs des princes protestants se réunirent à lui, et l’on se-mit à délibérer sur la continuation de la guerre. Deux plans furent proposés : le premier consistait à traverser la Saxe, la Bohême, l'Autriche, pour marcher sur Vienne: il y aurait peu

d'obstacles sur cette route. Le second était de poursuivre Tilly pour l'empêcher de réunir une armée. Ces deux plans avaient leurs avantages et leurs inconvénients, leur exécution était également nécessaire. On décida done que les armées suédoise et saxonne se sépareraient et marcheraient chacune de leur côté. L’électeur proposa à Gustaf-A dolphe d’attaquer la Bohême et l’Autriche, tandis que les Saxons poursuivraient Tilly. On a beaucoup blâmé, à cette époque et depuis, Gustaf-Adolphe de n’avoir pas accepté la proposition de l'électeur; on a soutenu qu'il lui aurait été facile de prendre Vienne, et d'imposer à l’empereur une paix à son gré. Les raisons de Gustaf-Adolphe pour rejeter ce projet, et dont ilexprima franchement une partie, étaient celles-ci

D'abord, avec quelque connaissance du caractère persévérant de Ferdinand, on pouvait croire que même la perte de Vienne ne le forcerait point à accepter une paix désavantageuse: il chercherait à éviter le danger dont il était menacé, à réunir de nouvelles armées, et les employerait à fermer la retraite au roi. Il y avait aussi lieu de craindre que Tilly ne réunit des forces considérables avec lesquelles il lui serait facile de battre les Saxons et. de prendre les Suédois à dos. Enfin, il était fort important de délivrer les princes et les peuples protestants de la partie sud-ouest de l'Allemagne, d'augmenter l’armée en y ajoutant les forces dont ils pouvaient disposer, et d'enlever ainsi à l’empereur les riches ressources dont l'oppression de ce pays iui permettait de disposer-1[l fut donc arrêté que l’électeur pénétrerait dans la |

‘ Bohême, tandis que Gustaf-Adolphe se mettrait à la pour-

suite de Tilly. «Je poursuivrai le vieux caporal jusqu'au bout du monde, dit-il. » Cet arrangement fut scellé par un festin où le roi but à la santé de Jean-Georges en l'appelant son frère.

(Ceci une fois convenu, le roi donna des ordres en con-

séquence à son armée. Tott devait commander dans le Mecklenbourg, marcher contre Hambourg et Brême. Alexandre Lesslie et Hamilton commanderaient dans le Brandebourg, tandis que Thurn accompagnerait l'électeur en Bohême pour ranimer le zèle des amis qu'il avait dans ce pays. Banér fut placé dans les environs de Magdebourg ; le prince d'Anhalt à Hall ; Guillaume de Weimar en Thuringe. Un courrier fut envoyé au chancelier Oxenstjerna, qui était en Prusse, avec l’ordre de se rendre en Allemagne, pour aider le roi à diriger l’ensemble des opérations.

Ces préparatifs terminés, toute l'armée suédoise se mit en mouvement le 17 septembre. Une modification fut apportée au plan arrêté, en ce que Gustaf-Adolphe ne suivit pas Tilly en Basse-Saxe, afin que la guerre et ses charges ne fussent point supportées par les contrées protestantes de cette partie de l'Allemagne. Il marcha donc vers la Franconie, pour visiter les évêchés catholiques de Bamberg, de Wurzhourg et de Mayence, et prit par Erfurt pour se rendre dans les pays boisés qui séparent la Thuringe de la Franconie. Les routes étant peu larges, les Suédois marchaient en deux divisions ; Baudis passait par Gotha et Smalkalden, le roi par Arnstadt, [Imenau et Schleusingen. Entre ces dernières villes se trouvaitla partie la plus élevée et la plus difficile de cette route; il fallut trois jours aux Suédois pour traverser ces forêts et ces vallées rocheuses; souvent même on commençait la marche de si bonne heure, et elle se prolongeait tellement le soir, qu’on était obligé, pour y voir, d'éclairer la route avec des torches attachées aux arbres. Après avoir franchi ces montagnes effrayantes et stériles, on descendit enfin dans les riches plaines de la Franconie. Quelques bandes de paysans catholiques essayèrent d'opposer de la résistance, maiselles furent bientôt dispersées. Kæœnigshofen, la première forteresse de ce pays que les Suédois rencontrèrent, fut cernée et

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