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CHAPITRE LXV

Les suites de la bataille.

La postérité seule à pu juger complétement des résultats

importants de cette victoire ; l'époque contemporaine les

pressentit, et le ravissement causé par cette joyeuse nou- -

velle fut inoui. [} ngeterne la Hollande, et même le Danemarck jaloux, s’en réjouirent hautement. Le ezar Alexis donna des fêtes brillantes pour célébrer les succès de Gustaf-Adolphe, et les Suédois, enivrés par la gloire et la fierté, sentirent, pour la première fois, qu'ils avaient une voix prépondérante parmi les peuples européens ; le glaive de Gus-

taf-Adolphe était un argument irrésistible. Mais la joie fut

surtout vive parmi les protestants allemands, injustement opprimés pendant si longtemps; après tant d’espérances décues, leur libérateur était enfin venu. L’ allégresse générale se montra de mille manières. Le portrait de Gutaf Adolhe fut reproduit sur les médailles, sur les monnaies, par Ja gravure, et même sur les tapisseries ; on le trouvait dans toutes les maisons, il était gravé dans tous les cœurs, on aimait et respectait Gustaf-Adolphe comme l’emblème de la clémence, de la vérité et de la force. Des vers et des écrits

à sa louange parurent par centaines ; mille noms différents :

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élaient employés pour exprimer le ravissement qu'on éprouvait. On appelait Gustaf-Adolphe le nouveau Gédéon, le héros, le lion, l'étoile du Nord, etc.: 1l parut entre autres un écrit anonyme, composé de sentences adaptées à chaque homme, à chaque peuple, à chaque institution célèbre. Celle qui se rapporte au sénat suédois était: « Suivons le messager de la Providence. » Celle de Gustaf-Adolphe : « Pour le peuplé et la liberté. » Dans celle des protestants allemands : « Es-tu celui qui doit venir, ou faut-il en attendre un autre? » Le roi répondait : «Allez! dites ce que vous avez vu et entendu. L'empereur tremble, les moines futent, les armées sont dispersées, les pus sont délivrés, etl Évangile est annoncé aux pauvres. ) Les protestants proscrits Data à leurs frères : « At vous verrez toutes ces choses, levez la tête, car votre délivrance est proche. »

Le lendemain de la bataille, l’électeur de Saxe, fort réjoui de cette victoire inattendue, mais en même temps passablement embarrassé de la lâcheté dont il avait fait preuve, ainsi que ses. troupes, revint auprès du roi. I balbutia quelques excuses; Gustaf-Adolphe l'interrompit en disant : «Ne parlons pas de cela. Votre Altesse a prouvé suffisamiment son courage dans les délibérations de Duben; la détermination prise par.elle dans, cette circonstance a valu à mes troupes la victoire d'hier. » La délicatesse de ce procédé mit l'électeur hors delui..« Jamais, dit-il, je n'oublierai l'assistance que Votre Majesté m’a prêtée, n1 sa conduite délicate à mon égard. Qu’elle compte sur moi, ajouta-t-1l en

‘terminant, sur les voix de tous les miens et de mes amis pour mettre la couronne impériale sur la tête de Votre Majesté, si plus tard elle venait à la désirer: » AR ER sourit etle remercia de sa promesse.

Mais les Allemands ne furent pas aussi Au que Gustaf- Adolphe à à l'égard de l'électeur. Ils manifestèrent leur senti-

ment sur la bataille de Breitenfeld dans les vers suivants, qui furent répandus partout :

Non infans Christianus,

Non rex Cerevisianus,

Sed Suecus nos liberavit,!

Qui eos tyrannos prostravit (1).

L'électeur resta près de Leipsick, d'où il chassaîla garnison autrichienne, tandis que Gustaf-Adolphe prenait Mersebourg, Hall et Moritzhbourg. Un grand nombre de fuyards impériaux, qui s'étaient réfugiés dans la première de ces villes, opposèrent de la résistance. Deux mille d’entre eux ÿ furent tués, trois mille faits prisonniers. Ici, comme partout, la plupart de ces derniers passèrent sous les drapeaux plus heureux de Gustaf-Adolphe, de sorte que six jours après la bataille de Breitenfeld son armée était augmentée de cinq mille hommes. Les ducs d’Anhalt et de Weimar, ne craignant plus le bras vengeur de Tilly, se hâtèrent de conclure une alliance avec le héros victorieux.

La situation des troupes impériales était digne de pitié. Leur armée ayant été dispersée, des soldats ou des détachements isolés devinrent les victimes de la fureur des paysans. Le tocsin retentissait de tous les clochers ; la multitude, qui avait été si maltraitée, saisit avec empressement l’occasion de se venger de ses oppresseurs et de reprendre le butin qu'ôn lui avait enlevé. Tilly, presque anéanti par ses blessures et par le chagrin, fut conduit à Mersebourg, accompagné par,six cents FAR ; la crainte de tomber entre les mains du roi, qui le poursuivait, l'engagea à fuir au plus vite. Il se rendit à Hall, où il trouva Pappenheim avec quatorze cents hommes ; ils prirent tous deux là route de Hal-

(1) Ce n’est pas l’enfant Christian ni le roi de Bavière qui nous ont délivrés, mais les Suédois ; ils ont anéanti nos tyrans.

berstadt, et ce fut dans celte ville seulement que Tilly osa s'arrêter, réfléchir sérieusement à sa position désespérée, et faire panser ses blessures trois jours après la bataille. Trois balles l'avaient effleuré, ainsi que plusieurs coups de sabre; sa tête, son épaule et son bras droit étaient en outre cou-verts{de contusions, que Fritz le Long lui avaient faites avec la crosse de son pistolet. La tête de Tilly avait été si mal-. traitée, qu'il fut, pendant plusieurs jours, presque sourd et privé de sentiment. Enfin son épine dorsale avait aussi été endommagée, et jamais il ne put guérir de cette infirmité. Il est remarquable que Tilly n'avait pas une seule blessure ouverte. « On voit clairement, disaient les soldats, qu'il possède l’art de durcir sa chair, par la magie, contre les coups de toutes sortes d'armes. » Tilly pensait que la plus grande partie de son armée dispersée viendrait rejoindre ses drapeaux à Halherstadt : il se trompa. Presque toutes ses bandes, avides de butin, passèrent avec la fortune dans le camp de Gustaf-Adolphe, d’autres suivirent Pappenheim, qui était plus jeune, et le reste. renonça aux chances de la guerre. Un fort petit nombre seulement se mit à la recherche de son vieux général. Dans son abattement, Tilly s’éloigna encore davantage dans la direction de la Westphalie, afin de concentrer autour de lui les corps de troupes qu'il avait de ce côté. Le 3 octobre il opéra sa jonction avec Fugger et Altringer. Ce dernier avait déjà atteint Erfurt avec ses dix mille hommes, quand la bataille de Breitenfeld commença, et il entendait de cette ville le bruit du canon. Mais, lorsqu'il apprit l'issue malheureuse de ce combat, 1l se retira en hâte dans les défilés sombres et inaccessibles des forêts de la Thuringe, où il attendit des ordres. Par sa jonction avec Fugger et Altringer, Tilly se trouva de nouveau à la tête d'une armée assez considérable, avec la quelle il allait et venait dans le cercle du Bas-Rhin, cher-

chant une occasion d’attaquer le roi avec suceès et d'effacer la honte de sa défaite. Cependant on remarqua que Tilly n'avait plus autant de confiance en lui et en son honheur, même dans les entreprises les moins importantes. «Je vois, -disait-il, que la fortune est femme; elle favorise les jeunes gens et tourne le dos aux vieillards: »

La nouvelle de la bataille de Breitenfeld arriva un soir à la cour impériale, et au moment où l'empereur, rentrant de la chasse, allait se mettre à table pour souper. Ce fut Slawata qui reçut le premier ce message. Il dit aussitôt d'une voix basse à Ferdinand qu’une lettre venait d'annoncer la nouvelle d’une bataille malheureuse livrée en Saxe. L'empereur maitrisa son émotion; les personnes à table avec lui pensèrent que Slawata avait fait une remarque indifférente sur la chasse. Mais, après le souper, l’empereur s'enferma avec lés principaux seigneurs, et toute la nuit se passa à dicter et à expédier des ordres pour lever des impôts de guerre et des troupes. Tous les régiments propres au service furent envoyés dans le Nord pour se réunir à Tilly, et l'on créa sans différer de nouveaux régiments. Des messages furent envoyés aux alliés de l’empereur, pour leur représenter la nécessité de faire de nouveaux efforts contre l’ennemi commun.

Cette année fut, généralement parlant, très-malheureuse pour Ferdinand et les pays catholiques. Plusieurs des conseillers sur lesquels l’empereur pouvait le plus compter moururent. Le Vésuve fit une irruption qui causa des ravages effroyables. La Bavière, effrayée'de la suprématie toujours croissante de l’empereur, négociait secrètement avec la France, et la flotte espagnole éprouva un échec considérable dans un combat contre les Hollandais ; il avait eu lieu peu de jours avant la bataille de Breitenfeld, qui ouvrait à l'ennemi là route du territoire héréditaire de Ferdinand et

de sa: capitale. Aussi la terreur fut-elle extrême à Vienne : beaucoup de personnes parlaient déjà de se retirer dans leurs terres au milieu des montagnes de la Carinthie et de la Styrie, et les moines élevèrent, au nord du Danube, une chapelle en l’honneur de sainte Biiéstfe, afin de l’engager à détourner des fidèles la fureur de ses compatriotes.

Ferdinand se conduisit dans cette circonstance avec une fermeté inébranlable ; il ne songeait pas à fuir et ne parlait pas d'accommodement. Pour subvenir aux dépenses occasionnées par les nouvelles levées, il abandonna avec joie le fruit de ses économies, et se soumit dans ce but, lui et sa cour, aux privations les plus sensibles. Vingt:trois chambellans furent congédiés à la fois, et leurs appointements versés dans la caisse de la guerre. Cet exemple donné par l’empereur ne fut pas sans influence sur les hauts fonctionnaires de l'État et sur les princes étrangers. Le roi d'Espagne donna trois cent mille ducats, le fils de Ferdinand trois cent mille écus, l’évêque de Vienne quatre-vingt mille écus, le cardinal Dietrichstein cent mille florins, le: vice-chancelier de Strahlendorff dix-huit mille ducats, et ainsi de suite. Avec de pareils exemples sous les yeux, le peuple paya sans murmurer le surcroît d'impôts demandés, et Ferdinand fut bientôt en état de lever une nouvelle et redoutable armée.

Dans la pensée de tous, le pape était celui qui devait, dans ce moment critique, montrer le plus de zèle. Mais Urbain VIII pensait, comme Richelieu, que Ferdinand avait en

vue son intérêt personnel plutôt que celui de la religion catholique, La guerre de Ferdinand, dans le nord de l'Italie, avait aussi, sous plusieurs rapports, été nuisible au pape; enfin ce dernier savait très-bien que Gustaf-Adolphe, dans | son traité avec la France, s'était engagé à laisser aux catholiques le libre exercice de leur culte. Par toutes ces raisons, Urbain reçut avec assez de tranquillité la nouvelle de l'échec

de Breitenfeld. Ferdinand, lui ayant demandé du secours en argent, reçut cette réponse : « que la guerre de l’empereur, en Lombardie avait diminué les revenus du pape, au point de lui enlever la faculté de venir au secours de l'empire. Le pape donnerait des indulgences pour tous ceux qui combattraient sous les drapeaux de l’empereur. » Sous d’autres rapports aussi, Urbain manifestait, à l’égard de Gustaf-Adolphe, des sentiments moins hostiles qu’on ne l’attendait. Les Italiens commençaient déjà à craindre que ce prince ne fit par les Alpes une invasion dans leur pays. Ils le nommaient « le nouvel Attila, le nouvel Alarik, qui venait avec ses Goths barbares dévaster encore une fois le magnifique Midi. » On soutint que l’image de cet archihérétique ne devait point se trouver chez un catholique véritable et sincère. « Puisqu'on peint le diable dans les églises, dit le pape, on peut bien représenter le roi de Suède sur les murailles. » i

Cependant Urbain s’attira par cette conduite le vif mécontentement des cours d'Autriche, d'Espagne, et de tous les catholiques zélés. Les cardinaux murmuraient, l'Espagne menaçait de se soustraire à la domination du pape. Il fut obligé de céder, et de prouver son zèle pour la religion catholique en envoyant une somme d'argent considérable à Vienne.

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