CHAPITRE LXXXIX
Wallenstein se rend en Saxe.
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Aussitôt que la nouvelle du départ de Wallenstein fut parvenue à Gustaf-Adolphe, ce prince résolut de diviser ses troupes. Bernhard de Weimar fut laissé avec huit mille hommes en Franconie, pour la protéger, et le roi descendit en personne avec le reste vers la Bavière, ‘afin d'attirer la guerre dans ce pays ennemi et riche, en achever la conquête, et pénétrer ensuite-en Autriche.
Après avoir quitté Burgstall, Wallenstein et Maximilien s’arrêtèrent pendant quelques semaines près de Forchheim, pour laisser le temps aux troupes de reprendre des forces après cette longue guerre de famine. Puis ils se rendirent à Cobourg, où ils reçurent la nouvelle de l'expédition de Gustaf- Adolphe en Bavière. L’électeur voulait, ce qui est naturel, voler au secours de son pays, et 1l réclama l’assistance de Wallenstein. Ferdinand manifesta le même désir, car il craignait de nouveau que Gustaf-Adolphe ne pénétrât en Autriche par la Bavière, et ne donnât ainsi de l'élan aux protestants nombreux et inquiets qui s’y trouvaient. Mais Wallenstein fut inflexible. La seule chose qu'on obtint de lui fut l'envoi de quelques régiments pour châtier les paysans turbulents de l'Autriche. Maximilien ne fut point aussi heureux, c’est pourquoi il résolut de se séparer de l’armée impériale et de ramener les troupes bavaroises dans leur pays pour le défendre. Les adieux se firent avec une bienveillance simulée ; Wallenstein accompagna l'électeur à une distance assez longue ; mais Maximilien fit ensuite comprendre très-clairement sa manière de penser. Il se plaignit d’avoir sacrifié, pour l'expédition de Nuremberg, de vaillants soldats et neuf cent mille écus, sans autres résultats que des humiliations journalières, et l’ennui de feindre la bienveillance et la gaieté.
Les causes de la dernière résolution prise par Wallenstein étaient peut-être le désir d’occasionner à Maximulien de nouvelles humiliations et de nouvelles pertes, de montrer à l’empereur et au monde son indépendance, et de suivre le plan qu'il avait formé pour lui en particulier. Il se proposait de prendre Schweinfurth, Cobourg êt toute la Franconie; de pénétrer ensuite dans la Thuringe, où il se réumirait à Pappenheim qui aväit reçu l’ordre de s’y rendre, de châtier les princes de Weimar, de la Saxeélectorale et de Brandebourg, qui s'étaient alliés avec les Suédois, et, soit d'attirer le roi
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dans le nord de l’Allemagne, soit de lui fermer entièrement le chemin de la Baltique.
Ce plan fut dérangé, dès que l’on commenca à le mettre à exécution, par Bernhard, à qui Gustaf-Adolphe avait promis la Franconie, et qui employa tout son génie pour défendre et conserver ce pays. Karl Hôrd était à Schweinfurth avec l'infanterie de la Gothie occidentale. Lorsque les impériaux approchèrent, on y envoya la garnison de Kænigshofen ainsi que Taupadel avecses dragons ; Bernhard accourut également à son secours. Wallenstein, avec ses soldats fatigués, n'osa point attaquer une forteresse si bien défendue; il marcha en avant, vers le pays de Bayreuth, en dévastant tout sur son passage, et se rendit de là à Cobourg. Mais Taupadel le devança comme l'éclair et s'établit dans le château de cette ville avec ses dragons. Wallenstein prit la ville, la pilla, la brüla, fit canonner le château et lui donna l’assaut le troisième jour. La position était si avantageuse, et les dragons firent une résistance si vigoureuse, qué cinq cents assaillants et plusieurs de leurs chefs restèrent sur la place. Wallenstein : apprit en même temps que le duc Bernhard avait battu Isolani, envoyé contre lui, et qu'il se hâtait d’arriver au secours de Cobourg. Il se vit donc obligé d'abandonner cette forteresse et tous ses projets contre la Franconie et la Thuringe. Il traversa fort irrité le Erzgebirge et se jeta dans le sud de , Ja Saxe électorale. |
Dès le commencement de son séjour devant Nuremberg, Wallenstein avait envoyé de ce côté six mille hommes sous les ordres de Holk, qui dévastait cette contrée sans résistance et sans miséricorde. Gallas lui succéda avec encore plus de troupes, etenfin Wallenstein lui-même arriva avec toute son armée. Le pays fut innondé d'impériaux jusqu’à l'Elbe, et toutes les villes, même Leipsick, ouvrirent leurs portes, en tremblant, à cet ennemi: redouté.
Jean-Georges vit avec douleur son magnifique territoire non pas seulement menacé, mais accablé par les maux affreux de la guerre. Ses troupes; : commandées par Arnheim et réunies aux Suédois et aux Brandebourgeois, avaient pénétré dans la Silésie. L'électeur leur avait, 1l est vrai, ordonné de revenir en toute hâte; mais ce retour s'effectua avec une lenteursi peu ordinaire, que bien des personnes soupçonnèrent qu'Arnheim, d’après une convention secrète avec Wallenstein, avait laissé l'électeur dans l'embarras avec intention, afin de Le forcer à abandonner le parti du roi. Mais, lors même qu'Arnheim serait arrivé avec toute l’armée saxonne, il aurait été trop faible pour repousser un ennemi supérieur. C'est pourquoi l'électeur envoya message sur message à Gustaf-Adolphe, pour le prier, le suppher, le conjurer d'arriver en hâte au secours de son infortuné allié.