LIVRE I, CHAP. III
pareille conimère ne pouvait pas être fort contente de son vieux compère. Dans cette pensée ^ il cbercha toutes les occasions de la revoir et de lui parler ; mais il eut beau tous les matins courir les églises, dans l'espérance de la retrouver , îl ne put jamais la rencontrer sans son amoureux vieillard , qui ne pouvait la perdre de vue. Toutes ces difficultés ne servirent qu'à irriter les feux du nouveau galant et qu*à lui aiguiser Tesprît. Il fit si bien , à force de présens et encore plus de promesses, qu'il gagua une duègne telle qu'il la lui fallait pour réussir dans son entreprise. C'était une bonne vieille qui entrait librement chez le commandeur , à la faveur d'un rosaire qu'elle avait toujours à la main. Tout vieux routier qu'il était , il ne se défiait nullement d'elle. Cette fausse dévote , vrai suppôt de Satan , mit le feu aux étoupes en parlant sans cesse à la dame do l'amour et delà persévérance du Génois, dont elle ne manquait pas de lui exagérer le mérite. La dame n'était pas tigresse : elle préla volontiers l'oreille aux discours de la vieille , et la chargea même de dire au nouvel amant qu'il pouvait tout espérer. Il est constimt qu'elle penchait plus de ce côté-là que de l'autre. Le commandeur était un personnage fort dégoûtant , incommodé de la gravelle et souvent de la goutte ; et le marchand pa-raissait un jeime gaillard alerte et vigoureux. Il n'y avait point à balancer entre eux pour une
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jolie femme. Mais comme la prudente dame aimait encore plus par intérêt que par tendresse de coeur , elle ne laissa pas de se trouver embarrassée. Elle faisait trop bien ses affaires avec î^oib vieilbrd , pour avoir envie de perdre sa pratique ; et en même temps , se voyant jour et nuit obsédée de ce jaloux , elle désespérait de pouvoir impunément entretenir un commerce secret avec le Génois.
Cependant cette dame et celui-ci convinrent de leurs faits par l'entremise de la duègne; après quoi , il ne fut plus question que du mojen dont ils se serviraient pour avoir une entrevue et de Tendrait oii ils l'auraient : mais rien n'est impossible à l'amour. Dès que deu^ amans sont d'accord , les montagnes mêmes se séparent pour leur ouvrir un passage. La dame, qui était une maîtresse femme, imagina Texpédientque je vais te rapporter. Elle proposa au bon commandeur de s'aller promener à Gelves , où il avait une maison de plaisance , et d'y passer la journée. C'était dans le beau temps. Le galant suranné accepta la proposition , moins par complaisance que parce qu'elle était fort de son goût. Ils avaient déjà fait tous deux cette partie plus d'une fois , et le vieillard se plaisait inSnimentà cette campagne. L'Andalousie , sans contredit , est le plus agréable pays de toute l'Espagne, et l'Andalousie n'a point de quartier si charn«ant, ni qu'on puisse appeler