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si j'eusse trouvé la charge un peu trop foile , au lieu que dan^ le fond je l'aurais voulue encore plus pesautc. Je mourrais d'envie de rencontrer une foule de peuple ou bien quelque détour qui me donnât moyen de disparaître subitement aux yeux de l'apotbicaîrc, lorsque nous passâmes justement devant une maison que je connaissais , et qui avait une porte de derrière. J'entrai dedans avec, précipitation, et après avoir traversé sans trouver personne sur. mon passage, j'enfilai deux ou trois rues en moins d'une minute, avec autant de légèreté que si j'eusse eu des ailes aux pieds; mais quand je jugeai que mon homme avait perdu mes traces , je ne marchai plus qu'au petit pas et d*un air tranquille en apparence , afin de ne donner aucun soupi^ou du coup que je venais de faire.
J'allai de cette façon jusqu'à la porte /a Vega^ c'est-à-dire de la plaine , d'où , faisant toujours bonne contenance , je gagnai le bord du Mançanarès ; de là, traversant la maison ^d/ Campo^ ^ je fis une bonne lieue au travers des buissons et des ronces. A l'entrée de la nuit je me glissai parmi des peupliers , et m'arrêtai dans un endroit des plus couverts, et fort voisin de la rivière, pour penser mûrement au parti que j'avais à pren-
' Delcampo. On voit qa'il fait allasion ù noire expression prendre campos , et à l'expression espagnole hocercé al campo , battre aux champs , s'enfuir ou coorir let champs comme an voleur, ou pour voler. E. J.
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dre; car il ne suffit pas, disals-je, d'avoir bien commencé, 11 faut continuer et finir de même. De quoi me servirait d'avoir fait une si bonne prise y si je ne pouvais la conserver? si je venais à êlre pîncc, je serais obligé de rendre gorge et de perdre avec cela mes deux oreilles; cherchons donc autour d'ici quelque lieu où ma proie puisse être en sûreté.
Après avoir long^temps rêvé à cela , je nravîsai de faire un trou de deux pieds de profondeur an fond de la rivière , et d'y mettre mon cabas avec mes trois sacs dedans ; puis, Tayaut couvert de deux grosses pierres , j'enfonçai tout auprès dans le sable un long bâton, pour mieux me faire reconnaître l'endroit qui recelait mon cher trésor. Cette grande, opération finie, je me couchai au pied d'un arbre , vis-à-vis de la balise ' , et j'y passai la nuit , non sans inquiétude , quoique fort satisfait de me voir si bien dans mes affaires. Le jour étant venu , je mé cachai dans un ballier, où j'eus la patience de demeurer jusqu'au soir. Alors la faim , qui chasse le loup hors du bois, me fit sortir de mon gîte pour aller acheter des vivres , non dans les villages des environs , où l'apothicaire pouvait avoir envoyé des alguazils et des archers pour me chercher, mais à Madrid même , comme en effet c'était le plus sûr. Inde-
' Lia balise. Oa appelle balise un pieu qn'on met dnns l'eau à l'enlr^e des ports ou à l'emhouchure des rivières pf^ar iaUiquer les endroits où il y a du péril. E. J.
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pcn dam ment de mon magot, j'avais dans ma poche assez d'argent pour faire cetle dépense. Je letournaî donc le long du Mançanarès à la ville , . d'où je revins trois heures après par le même chemin , avec un panier ou il y avait des provisions pour huit joui^. J'employai, en homme affamé , la meilleure partie de cette nuit h me bourrer Vestomac de* pain et de viande , et le reste à dormir.
Le lendemain , en me réveillant au lever de l'aurore, je me sentis violemment agité du désir curieux de savoir ce qu'il y avait dans les trois sacs. J'eus beau faire des réflexions que c'était le diable qni me tentait , et que je ne pouvais contenter ma curiosité sans m'exposera être vu de quelqu'un , il n'y eut pas moyen d'y résister. J'étiiis comme cela ; je ne triomphais de mes tentations qu'en m'y abandonnant. Il fallut pour mon repos me donner ce plaisir, qui sans doute était le plus grand que j'eusse eu depuis que j'étais au monde. Je ni'approchai de la rivière , et après avoir regardé à droite et à gauche pour voir si je n'apercevais personne, je tirai de l'eau mon eabas, que j'emportai tout mouillé dans ma cage; et lit j'ouvris mes sacs. 11 y avait deduus deux mille cinq cents réaux, le tout en bon argent, & la réserve de trente pistoles d'or, que je trouvai enveloppées d'un petit linge dans un des sacs. Je passai la journée entière à compter et à recom))ler mes espèces avec une extrême satisfaction ; ut
lorsque la nuit fut arrivée, je le remis dans mon e«ibas, que j'allai reporter dans mon trou.
N'ayant pas dessein de faire un journal , je U! dirai , lecteur , qu'après avoir été caché de vttii sorte dans le bois du Prado deux semaines eutières, je m'imaginai qu'il n'y avait plus rien ^ craindre pour moi , et que tous les lévriers délai justice s'étaient lassés de me poursuivre. J'allail repêcher mes sacs , que je mis au fond de nwai panier sous de nouvelles provisions que j'aviis été encore acheter à Madrid. Pour mon cabas J je le laissai dans l'eau sous les deux pierres. Joj coupai ensuite deux bâtons , dont l'un me servil à .porter mon panier sur mon cou , et je fis de l'antre une espèce de bourdon , avec quoi > nouveaii pèlerin , je pris la route de Tolède tout au ti^ vers des champs , croyant devoir par précat^ tion m'éloigner des grands chemins.