‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 14 sur 101 · LIVRE I, CHAP. m · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. m

«Tait de le revoir le lendemain , tant il avait cooqu d'amitié pour lui dès ce jour-là.

Cette amitié fut si bien ménagée par la dame et par le Génois , qu'elle ne finit qu'avec la vie du coinmandenr , lequel , à la vérité , n'alla pas loin depuis ce temps-là. C'était un corps usé , un TÎeux pécbeur qui avait fait un usage immodéré des plaisirs , sans s'embarrasser si l'on trouverait cela bon dans ce monde» et sans craindre qu'on le trouvât mauvais dans l'autre. J'avais Àt\k quatre ans quand il mourut ; mais je n'étais pas son seul héritier au logis* Le bon homme avait eu d'autres enfans de quelques maîtresses qu'il avait entretenues avant ma mère , et nous étions tous chez lui comme des pains de dîmes , chacun- de sa fournée. Dans le fond, peut-être u'était-il pas plus leur père que le ipien. Quoi qu'il en soit, comme j'étais le plus jeune de mes frères , et que la faiblesse de mon âge ne me permettait pas de me servir de mes mains aussi bien qu'eux, j'aurais eu peu de part à l'héritage du défunt y si je n'avais pas eu dans ma mère une personne fort propre à suppléer à ce défaut. Mais c'était une femme d'Andalousie , c'est tout dire. Elle n'avait point attendu, pour faire son paquet, que le vieillard fût mort. Dès qu'elle l'avait vu abandonné des médecins, elle s'était saisie du plus beau et du meilleur, ne laissant à mes cohéritiers qoe des .guenilles. Etant maîtresse dans la mai<-

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son, et ayant les clefs de tout , 11 lui avait été fa«| cile de divertir les effets les plus précieux. Le jour' qu'il mourut, on fit un ravage effroyable dans sa i maison. Dans le temps qu'il rendait l'âme , on lui prit jusqu'aux draps de son lit. Dans ses derniers | momens tout fut pillé et enlevé. Il ne restait que les quatre murailles , lorsque les parens arrivèrent la gueule, comme on dit, enfarinée. Ils eurent beau regarder partout, ils virent bien qu'on les avait prévenus, et il leur fallut encore, parbonneur, faire les frais des funérailles. Elles Furent, je l'avoue, très- modestes, et l'on n'y répandit point de larmes. On ne pleure pas les morts qui ne laissent rien : c'est aux héritiers seuls à paraître affligés; ils sont payés pour cela. Les parens du commandeur avaient pourtant compté sur une ricbe succession. Ils ne pouvaient comprendre comment un homme qui avait plus de quinze mille livres de rente en bénéfices mourait dans un état si misérable. Ils avaient vu sa maison meublée d'tme manière convenable à sa qualité. Us ne doutèrent point qu'on n'eiit volé ses effets. Us firent faire sur cela de grandes informations, peine inutile ! Ils eurent recours ensuite aux monitoires, qui furent affichés aux portes des églises, où ils sont encore. Les voleurs ont l'estomac bon ; ils ne rendent jamais ce qu'ils ont* pris : les excommunications ne les épouvantent point. Après tout, ma mère avait une très-bonne

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raison pbuf posséder sans inquiétude l^s nippe» du commandeur ; car, peu de temps avant qu'il mourût , il lui disait quelquefois , quand il visi— fait son coffre-fort où ses bijoux , ou qu^il faisait emplette de quelque beau meuble : lieriez , niorp cher cœnry tout ceci o^ous appartient. Quand ces donations, qu'elle regardait comnie faites en bonne forme , n'auraient pas été capables de lui mettre Inconscience en repos, elle croyait qu'une )olie femme , qui avait pu se résoudre à passer quelques années avec un vieillard dégoûtant , méritait bien d'en être l'béritière. Aussi d'habîle» docteurs , qu'elle consulta sur ce point, levèrent tous ses scrupules , en l'assurant que c'était une chose qui lui était due.

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