‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 13 sur 101 · LIVRE I , CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP

3i la gouvernante, qui lui répondit qu'il pouvait faire dans cette maison tout ce qu'il y jugerait à propos ; que son maître , bien loin de le trouver mauvais , en serait ravi. Les voilà donc résolus de s'arrêter là. Aussitôt ils envoyèrent un de leurs valets à leur maison de Gelves , avec ordre de dire aux autres domestiques, qui y étaient déjà , de se rendre auprès d'eux avec leur pro^ visions.

Tandis que le commandeur s'occupait de ces soins, mon père sortit de la maison à la dérobée, monta vite à cheval et piqua vers Séville, pour se montrer seulement à la bourse y et s'en revenir ensuite souper et coucher à Saint-Jean d'Alifarache : ce qu'il avait coutume de faire presque tous les soirs. Le temps lui parut un peu long; mais outre qu'il devait être assez content de sa journée, il hâta son retour et arriva sur les six heures à sa maison de plaisance. Son rival suranné s'empressa d'aller au devant de lui pour le prier d'excuser la liberté qu'il avait prise. Grands compliments de part et d'autre , surtout de celle de mon père, à qui les belles paroles ne coûtaient rien , et qui , par ses manières honnêtes et polies , enleva tout à coup le cœur du veillard. Ce bon homme le conduisit lui-même à la dame , qui venait d'entrer dans le jardin , où , si l'on ne pouvait pas encore se promoner , on n'était pas du moins fort incommodé du soleil. Le ruse marchand la

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Saluai comme une personne qui lui aursiit été inconnue ; elle le requt avec tant tle dissimulalion, qu'on eût dît qu'elle ne Ta-vait vu de sa vie.

En attendant l'heure de la promenade, ils entrèrent tous trois dans un cabinet de verdure , où il faisait d'autant plus frais, qu'A était sur le bord de la rivière. Ils se mirent a jouer à la prime, et la dame gagna ; le Génois étant trop galant pour ne pas se laisser perdre. Après le jen , ils firent plusieurs tours d'allées , et le plaisir de la promenade fut suivi d'un bon souper, qui dura silbng-temps , qu'ils ne se levèrent de table que pour s'en retourner par eau à Sévîlle , dans une petite barque ornée de feuillages et de fleurs. Ccftle barque appartenait à mon père qui Tavait fait ajuster ainsi pour se rendre plus agréablement de sa maison de canjpagne à la ville : ce qui lui arrivait quelquefois. Pour comble de satisfaction, fis entendirent des concerts de nnisique agréaliles , formés par des chanteurs et des joueurs d'întrumens qui descendaient comme euxleGuadalquivir dans un bateau qui suivait le leur. Enfin la dame et son vieux galant, après s'être fort réjouis , remercièrent le marchand de la généreuse réception qu*rl leur avait faite. Le commandeur particulièrement en était si pénétré de reconnaissance, qu'il s'imaginait ne pouvoir assez le lui témoigner; et je crois qu'il n'aurait jamais pu se résoudre à le quitter , sans l'espérance qu'il

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