‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 16 sur 101 · LIVRE I , CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. IV

qu'il faisait. Dès le temps qu'il lia connaissance avec elle, ses affaires commençaient à se gâter, et celte galanterie ne servit pas à les améliorer. La dame , qui était fort ménagère , et encore plus friponne, avait si bien su mettre à proEt les faveurs qu'elle avait accordées, qu'elle possédait au moins dix mille bons ducats. Avec une somme si considérable, mon père se sauva d'une nouvellebanqueroute qu'il était sur le point de faire , et se trouva plus en état que jamais de figurer parmi les gros négocians. Il aimait le faste, l'éclat et le bruit; c'était là sa passion dominante: mats comme il ne pouvait la satisfaire long-temps sans retomber dans le même embarras d'où Tardent de manière l'avait tiré, il arriva, quelques années après son mariage , qu'il se vit obligé de faire sa dernière banqueroute. Je dis sa dernière , car, se voyant alors sans ressource, et dans l'impuissance d'entretenir sa famille sur un bon pied, il aîma mieux se laisser mourir de cbagrin que de survivre à sa prospérité.

La vie eut plus de cbarmes pour ma mère, qur soutint avec assez de fermeté le cbans:ement de noire fortune. Cependant la mort de mon père l'affligea vivement. Nos maisons n'étaient plus à nous : il avait fallu les abandonner aux créanciers. Il ne nous restait de tous nos biens que quelques bijoux avec nne grande quantité de meubles assez beaux ; ma mère en fit de l'argent^

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«t prit le triste parti de se retirer dans une petite maison pour y vivre tranquillement. Ce n'est pas qu'elle n'eût pu soutenir encore notre ménage par de nouvelles galanteries : quoiqu'elle eût déjà quarante ans, elle s'était toujours' si bien conservée, que ce n'était pas une conquête à dédaigner; mais elle aurait été obligée de faire les avances, et c'est à quoi elle ne pouvait se résoudre , après avoir vu toute sa vie les bommes re- «hercber ses bonnes grâc.es avec empressement. Cette noble fierté s'accordait si mal avec nos affaires domestiques , qu'elles empiraient à vue d'oeil.

Je ne doute pas que ma mère n'ait mille et mille fois souhaité d'avoir une &lle au lieu de moi , et véritablement cela eût été plus avantageux pour elle ; une fille lui aurait servi de support, comme elle avait été elle-même celui de ma grand'mère , dont il faut que je te fasse un éloge détaillé. Mon aïeule maternelle était dans ses beaux jours une des plus belles personnes du royaume ; elle avait beaucoup d'esprit et entendait son monde parfaitement bien. Elle ne recevait ordinairement dans sa maison que de jeunes seigneurs qui avaient envie de se polir; et l'on pouvait dire qu'ils savaientvivre quand ils avaient pris de ses leçons pendant quelques années. Mais <5e qu'on doit le plus admirer, c'est qu'elle avait le rare talent de faire régner entre -ses écoliers

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