LIVRE I , GHAP. lY
on possède ua semblable joyau. Si d'abord nous n'avions pas trouvé a le vendre , nous aurions pu du moins le mettre en gage , et faire toujours à bon compte une chère de prince. Je ne suis pas plus maladroit qu'un autre , et je crois qu'avec une jolie sœur je n'aurais pas manque de parvenir à quelque bon emploi ; mais enfin le ciel en voulut ordonner autrement , et me rendre fils unique pour mes péchés.
J'entrais alors dans ma quatorzième année , et comme j'avais déjà du sentiment, la misère dont nous étions menacés me fit prendre la résolution d'abandonner ma mère et ma patrie pour aller chercher fortune ailleurs. Je me proposai de voyager pour apprendre à connaître le monde, et j'avais raison de vouloir commencer de bonne heure. Ma plus grande envie toutefois était de passer par Grénes pour y voir mes parens paternels. Si bien qu'un beau jour , ne pouvant résister plus long-temps au désir qui me pressait d'exécuter mon dessein , je sortis de Séville la tête pleine de chimères et la bourse presque vide d'argent.
46 GUZIIAN D'ALFARAGHE.