‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 43 sur 101 · LIVRE I, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX

race. Gela ne se refuse point dans ce pays-ci , ât alors la reine , tant pour échauffer la converiition que pour faire plaisir à Zuniga; et Ilaraxa courrait trouver en elle-même plus d'une raison K>ur y donner son consentement. Madame, rék>ndit la belle Maure j j*en trouverais de reste à prendre pour mon chevalier un homme du mé'fhe et de la*qnalité de dou Âlonze ; mais si les lAÎs de la chevalerie sont les mêmes chez les chrétiens et chez les Maures , comment voulez-vous |ue je m'intéresse pour un guerrier qui va porter les armes contre ma patrie ?

Quoique cette réponse parût judicieuse à la reine, oelte princesse ne laissa pas de retourner ï la charge, en représentant à la belle Maure Ipie c'était par un cas particulier; qu'elle pouvait lans scrupule prendre part à la gloire et à la forinne d*un cavalier à qui elle croyait avoir de pendes d'obligations; que cela lui servirait d'extase : de plus, qu'elle engageait par là don Alonze Il traiter avec plus de douceur les Maures qui pourraient tomber entre ses mains. Zuniga était èfaarmé de voir la reine entrer avec tant de bonté ^ns ses intérêts; et Daraxa, craignant de se trop découvrir si elle s'opiniâtrait à combattre les raisons de cette princesse, nima mieux garder le silence, comme si par respect elle eût consenti lice qu'on attendait d'elle.

Ce n'est pas tout, reprît la reine pour achever

loo GUZHAN D'ALFAEVACHE.

son ouvrage; quand une dame, chez les ehrétieos, , choisi^ un chevalier, eUe a coytuaied.e lui doiH, ner une marque de son choix, con^me une écharpe,. , son portrait ^^ un ipouchoir , nn ruban , ou quelr que autre semblable galanterie^. C'était bien aussi , la coutume des JVIaures;, mais Darst^si.ue voulait, point ^'engager si avant :.. néanmoins » comme les. désirs 4^ la reine étaient pour elle des lois, elle ^ fit prés<siit à don Alonze d'un, 'nœud de i:ubans qu'elle avait sur la tête , d'un beau tissa à la J mauresque. Ce cavalier le reçut un genou k terre et en baisant la main qui le lui présentait;, après qupi, suivant l'usage des amans de ce temps-là, il jura denejamais rien faire qui fut in'digne de l'hon* neur de servir sa dan^e. Ensuite de cette cérçmonie^ j qui fit un extrême plaisir à la reine». celte prin- ^ cesse dit a Zuniga qu'elle ne doutait nullement i qu'il ne se signalât bientôt par de glorieux faits i d'armes, pour prouver qu'il méritai^ bien la (a-...j yeur dont il venait d'être gratifié. l\ répondit que c'était à la fortune à lui en fournir les ocça.sions, et que s'il les manquait , ou qu'elles fussent malheureuses pour lui , ce ne serait pas du moins | par la faute de son cœur.

Après qu'il eut parlé de cette sprte , il remer- | oia la reine de toutes ses bontés ; puis, s'adres- | sant à la belle Maure, il la supplia de youlpii: ^ bien se souvenir quelquefois d'qn chevalier qtii i mettait toute sa gloire à servir le roi catholique <

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A maître, et <à se rendre digne d'être estimé élle»>A ces mots il se retira , et partit pour l'ar- 6e. , • •'» I

U apprit en arrivant 'que les rois Ferdinand Mahomet avaient eu ensetfnble une entrevue ; le Baëça venait de capituler , et qu'il était dit ir un article de la capitulation que tous les prinniers faits pendant le siège seraient relâchés t part et d'autre. Cette nouvelle affligea l'amou^ Nix don Alonse, qui, dès ce moment-là, se crut rivé pour toujours de la vue de la belle Maure'; mis comme si la reine eût entrepris de faire le nnlieur de ce eavalier, elle ne voulut point se. éfalre de Daraxa , pour qui elle avait conçu Une nitié si forte-, qu'elle ne pouvait plus vivre sans Site aimable personne. Le gouverneur maure, ID pore , eut beau la* demander avec de grandes Mtaaces, cette princesse kii fit écrire dans des trmes si otdigeans , pour le prier de la lui lais- (r,.que, malgré la tendresse qu'il avait pouf sa De, il ne put se défendre de la lui abandonner, îen persuadé qu'il n'aurait pas sujet de se reentir de cette complaisance.

Le roi , voyant la campagne finie , prit la ré- ^tion d'aHer passer l'hiver à Séville. Il mani son dessein à la reine , qui s'y rendit deux B trois «jours avant lui. Jamais U cour de ce looarque n'avait été plus magnifique ; tous les eigaeurs à l'envi se mirent en dépense pour y

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faire une brillantç figure : don Alonse surtout , qui en était un des plus riches , et dont l'absence avait irrité l'amour, n'épargna rien pour avoir un train et un équipage dignes du Chevalier de la belle Maure , nom qu'il s'était donné et dont il se faisait honneur à la cour, de même que du nœud de rubans qu'il avait reçu de cette dame, et qu'il portait à son jupon, avec un cordon d'or , en forme d'ordre.

Ce qu'il y avait de malheureux pour lui , c'est que tout cela était compté pour rien par Daraxa, qui le traitait avec autant d'indifférence que les autres seigneurs , qui était aussi devenus ses amans; comme don Rodrigue de Padilla , don Juan de Urena , et don Diègue de Castro. Ce que don Alonse avait par-dessus ses rivaux, c'était la liberté de voir sa maîtresse , et die lui parler plus souvent qu'eux; avantage dont il étak redevable aux seules bontés de la reine , qui , désirant avec ardeur que la belle Maure se fît chrétienne , pour la marier ensuite dans sa cour et l'y retenir, avait jeté les yeux sur lui , comme sur le parti le plus avantageux pour elle.

La reine , ayant donc dessein d'engager cette dame à changer de religion , en cherchait tous les moyens. Elle lui dit un jour : Ma chère Daraxa', j'ai une curiosité : je serais bien aîse de vous voir vêtue à l'espagnole ; je m'imagine que cet habit vous siérait encpre mieux que le vôtre ; je vou*

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