LIVRE I, CHAP. II. ig
cœur d'un homme. J'avoue que si pendant la «uît je voyais un religieux armé d'une épée en- Irer par une fenêtre dans une maison suspecte , je pourrais le soupçonner de n'avoir pas de bonnes intentions; mais que l'on taxe d'hypocrisie un homme en lui voyant faire des actions chrétiennes , c'est une malignité que je ne puis souffrir.
Quoique mon père se fût bien promis de mépriser tous les bruits qu'on faisait courir de lui ^lans Gènes , il n'ed eut pourtant pas toujours la force. Pour les faire cesser, ou du (poins pour ne plos les entendre, il résolut de s'éloigner de cette ville*
II eut encore, à la vérité, un autre sujet de prendre cette résolution : il apprit que son correspondant à Sévillc venait de faire banqueroute, et lui emportait une somme assez considérable. A celte fâcheuse nouvelle , voulant courir après le fripon , il s'embarqua sur le premier vaisseau qui partit pour l'Espagne ; mais , pour •on malheur, il rencontra des corsaires d'Alger qui le firent esclave , avec toutes les personnes qnî étaient avec lui.
Le voilà donc dans les fers, fort affligé d'avoir perdu la liberté et de se voir hors d'espérance de rattraper son argent. Dans son désespoir, il prit le turban, et, par des manières insinuantes qui produisent partout un bon effet, ayant eu le
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bonheur de plaire à une rîehe dame d'Alger, îl
l'épousa.
Cependant on apprit à Gènes qu'il avait été enlevé par des pirates , et cette nouvelle parvînt aux oreilles de son correspondant à Séville. Ce voleur en eut d'autant plus de joie , qu'il crut le Génois en esclavage pour toute sa vie. Ainsi , se regardant coin me débarrassé d'un homme qui était son principal créancier, et se voyant de l'argent de reste pour satisfaire les autres tant bieft que mal , il ne tarda guère à s'accommoder avec eux. De sorte qu'après avoir payé ^es dettes , suivant le tarif des banqueroutiers , il se trouva plus eu état que jamais de reprendre son premier train.
D'une autre part , mon père, sans cesse occupé de la banqueroute de son correspondant, ne manquait pas d'écrire en Espagne toutes les fois qu'il en avait occasion. Il apprit un jour que son débiteur avait rajusté ses affaires, et qu'il était dans une plus belle passe qu'auparavant.' Cela réjouit un peu notre captif, qui se flatta dès ce moment d*en tirer pied ou aile. Il est vrai qu'il avait endossé l'habit turc, et pris pour femme une Algérienne ; mais rien ne lui paraissait plus aisé que de sortir de cet embarras. Il commença par persuader à la dame de faire de l'argent -comptant de tous ses effets, parce qu'il avait envie , lui dit-il , de se mettre en état de commercer. A l'égard des pierreries qu'elle pouvaîtavoir,