‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 5 sur 101 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Quels furent les parens de Guzman , et particulièrement

son père.

Mes aïeux et mon père étaient originaires du Levant, mais je les appellerai Génois, attendu que s'élant venus établir h Gènes, ils y furen

i8 . GUZMÂN D'ALFARAGHE.

agrégés à la noblesse. Ils s'attachèrent au négoce du change et du rechange, emploi ordinaire des nobles de cette ville. 11 est vrai qu'ils s'en acquittèrent de façon qu'ils furent bientôt décriés. On les accusa d'usure. Ils prêtaient, disait-on, del'argent à gros intérêts sur de bonne argenterie pour un temps limité, passé lequel les gages, si l'on n'avait pas été exact à les retirer , leur restaient : quel- ,quefo[s même ils payaient de défaites les personnes qui venaient les reprendre dans le temps inarqué , et l'on était presque toujours obligé de les appcler*en justice pour les ravoir!

Mes parens s'entendirent plus d'une fois reprocher ces infamies ; mais comme ils étaient prudens et pacifiques, ils allaient toujours leur train : ils laissaient parler les médisans. En effet, quand on fait bien, pourquoi s'embarrasser du reste? Mon père fréquentait les églises , portait un rosaire de quinze dizaines, et dont les grains étaient plus gros que des noisettes. Il fallait le voir à la roesse ! Humblement proterné devant l'autel , les mains jointes et les yeux tournés vers le ciel, il poussait des soupirs avec tant d'ardeur, qu'il inspirait de la dévotion à tous ceux qui se trouvaient autour de lui. N'est-ce pas lui faire une horrible injustice, que de croire, sur de si beaux dehors, qu'il était capable des vilains trafics dont on l'accusait? Ce n^est point aux hommes , mais à Dieu seul , qu'il appartient de juger du

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