‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 76 sur 101 · LIVRE I, CH4P. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH4P. IX

lent vers le bourg d'une .grande vitesse > tout ble^s^s qu'ils étalent.

Les vainqueurs ne furent pas contens de les avoir si maltraités; ils eurent l'imprudence de les poursuivre jusqu'il l'entrée du bourg y où ils trouvèrent à qui parler. Tous les habitans, ajant SB qu'on avait tué un paysan dans le bois , s'étaient armés de longs bâtons ferrés et non ferrés, et de vieilles épées , pour venger sa mort. Leur fureur augmenta lorsqu'ils virent arriver les deux spadassins fuyans, et qu'ils apprirent d'eux que le fils du bailli venait d'avoir le même sort que te villageois. Les voilà qui vont en foule au devant des meurtriers, qu'ils environnent et chargent de toutes parts. Ozmin , sans s'effrayer, soutient leur furie ; plus il se voit d'ennemis sur les bras, moins sa valeur en est abattue. U frappe à droite et à gauche , il renverse tout ce qui lui résiste , et modère l'ardeur des plus échauffés. Don Alonse, quoique blessé, faisait à son exemple de vigoureux exploits avec Vépée d'un des deux braves , de laquelle il s'était saisi : néanmoins cela ne l'empêcha pas d'être pris , et bientôt après , son ami , à qui Ton jetait sans cesse de longs bâtons entre les jambes pour le faire tomber , ayapt eu le malheur de faire la culbute, fut accablé de la multitude.

Je vous laisse à'penscr si , dans la rage où était cette canaille y elle aurait épargné ces deux cava-

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liers infortunés , les voyant à sa merci. Mais n passa par hasard alors deux gentilshommes à cheval qui allaient à Séville avec trois ou quatre laquais , et qui , voulant savoir la cause de cette émotion populaire , fendirent la presse l'épée à la main, et pénétrèrent jusqu'aux prisonniers. Ils reconnurent don Alonse , malgré le sang dont il avait le visage couvert, et malgré son déguisement. Ils l'arrachèrent , non sans beaucoup de peine , des mains des paysans ; ce qui obligea ces derniers à mettre au plus tôt en sûreté son compagnon à qui ils en voulaient particulièrement.

Cependant Zuniga refusait d'accompagner ses libérateurs , disant qu'il aimait mieux demeurer avec son ami qiie de l'abandonner. Mais les deux gentilshommes lui représentèrent qu'il était irapossible alors d'||nlevcr ce cavalier, que le bailli tenait enfermé chez lui, et faisait garder par tous les habitans du bourg , qu'il excitait à servir sa vengeance ; qu'il était plus à propos d'aller assembler tout ce qu'il pourrait trouver de gens de bonne volonté, el de revenir avec eux la nuit le tirer de prison. Don Alonse goûta cet avis , et s'assura en fort peu de temps de quarante personnes , tant maîtres que valets. Un si hardi dessein aurait été sans doute exécuté , si le bailli ne l'eût pas prévenu ; mais ce juge , qui était un vieux routier , se doutant bien de celte violence , eut promptement recours à la justice

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