LIVRE I, GHAP. IX
mcDa, sur les cinq heures , à la maison de don Louis, lequel voyant à sa porte plus de deux cents cavaliers qui venaient chercher Daraxa, dont il n'ignorait pas le dessein , alla trouver cette dame, et s'offrit à l'accompagner ; mais elle le remercia en lui disant qu'elle était bien aise de lui épargner la mortification de la voir solliciter pour un homme contre lequel il s'était déclaré si ouvertement, ou , pour mieux dire , dont il était partie. Le marquis , piqué jusqu'au vif de ce refus , se serait volontiers opposé à la résolution de la dame , ou du moins l'aurait rendue inutile , s'il en eût eu le temps et le pouvoir ; mais il était trop tard pour j mettre obstacle. Il fut donc obligé de dévorer ses chagrins , qui ne laissaient pas d'être peints sur son visage , quelques efforts qu'il fît pour les cacher. Enfin Daraxa sortit de chez ce seigneur sans s'embarrasser des déplaisirs dont il était la proie. Elle trouva don Alonse qui l'attendait à pied à la porte , avec les plus considérables cavaliers de sa troupe, pourluî faire compliment; elle s'efforça de leur montrer quelque joie , malgré la profonde tristesse où son âme était ensevelie. Elle assura don Alonse qu'elle n'oublierait jamais l'obligation qu'elle lui avait; à quoi Zuniga répondit , en homme amoureux et poli , qu'il ne pouvait assez la remercier de ce qu'elle voulait bien se servir de lui et de ses amis pour la conduire au palais , où elle allait s'immortaliser par une action héroïque. Ce cavalier,
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tle méjne que les autres , croyait pieusemeut que la belle Maure ne s'intéressait pour le prisonnier | que par amitié pour dona Elvire ; de manière ! qu'il admirait la générosité de cette démarche.
Après ces com pli mens , on vit Daraxa monter à cheval avec sa grâce ordinaire. Don Alonse et ceux qui avaient mis pied èi terre en firent autant, et la cavalcade commença aussitôt à défiler. Quatre cents Maures bien montés et bien équipés marchaient les premiers , ayant k leur tête Orviedo et l'officier dont j'ai parlé; la dame les sui« vait immédiatement entre don Alônse et don Diego de Castro ; et toute la noblesse venait en* suite six à six en fort bon ordre. Quoiqu'on eât employé fort peu de temps à préparer cette cavalcade , cela n'empêcha pas que le bruit n'en courût par toute la ville. Le peuple , aussi curieux de voir passer la belle Maure que d'apprendre ce qu'elle allait faire au palais, se répandit à grands flots dans les rues pour se trouver sur son passage. Elle avait un habit magnifique à la maure , et elle n'avait rien négligé de tout ce qui pouvait relever sa beauté dans une occasion si importante. Tous les spectateurs en furent éblouis; mais ce qui les surprenait davantage , c'était la grâce et la facilité qu'elle montrait à manier son cheval ; ce qui . n*était pas ordinaire aux dames d'Espagne.
La cavalcade étant arrivée à la place qui est devant le palais , don Alonse rangea ses cavaliers