‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 86 sur 101 · LIVRE II, CHAP. f · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. f

m cîel d'une si heureuse rencontre. Qu'il m'eût été doux d'avoir une trentaine de lieues à faire ivec ce religieux! Mon sort eût été digne d'envie; mais pour mes péchés il allait à Séville, et nous nous quittâmes après le dîner. 11 est vrai qu'avant notre séparation il remit la main dans sa besace , et me donna la moitié d'un petit pain qui s'y trouva , pour partager avec moi , disait-il , tout ce qu*il avait. J'eus grand soin de serrer dans ma poche cette dernière pièce de pain , après avoir mangé la première avec le morceau de salé; puis ayant bu de belle eau fraîche, coQiroë j'en avais vu boire au charitable cordelier, j je repris gatment le chemin de Madrid. I Je fis encore trois lieues ce jour-là , et j'arrivai iavec la nuit à Gampanario , gros village de la Casitillc nouvelle. J'entrai dans une hôtellerie , où , ifante de mieux, je soupai du pain que j'avais dans ma poche. C'était la couchée des muletiers de Truxilo ; il en vint plusieuris ce soip-là : tous les lits furent pour ces honnêtes gens. L'hôte m'envoya gîter au grenier , où je montai très-docilement, n'étant pas en état de faire le difficile. Je m'étendis sur la paille et dormis tranquillement jusqu'au jour; je me levai légèrement en homme ({ui n'avait pas l'estomac trop chargé, et j'étais jkors de l'hôtellerie , quand le maudit hôte me vint ItDcivilement arrêter pour me demander le paielent de mon gîte. B s'agissait de quatre mara-

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védis; je ne les avais pas, et je me dçbattais pour Tn'échapper de ses mains ; mais il me tenait biea; et s^iperçevaut que mon bahit était de bon drap, il se disposait 21 me l'ôter poar finir la dîspule: il regardait dojà cela comme une affaire faite, et il en serait aisément venu à bout, si , par bonbi'ur pour moi , un muletier qui était présent n'eut été toucbé de ma peine : Laissez là ce petit garçon, dit-il à Tbôte , je paierai pour lui; on voit bien que c'est un jeune bomme qui a quitté la maison de son père ou celle de son maître. A« ces mots , Tbôte me regarda et me proposa de le servir, en disant qu'il avait besoin d'un valet dans ' son bôlellerie.

Dans un autre temps , une pareille propositif»D ni'eûl paru ridicule , je m'en serais même offensé; mais la misère aplanit les difllcultcs et lève les scrupules. Apres y avoir rêvé quelques momens, l'idée de la faim me détermina; je répondis que je le voulais bien. Cela étant, me dit-il, tu peux entrer dans cette maison , et je n'exige de toi que deux choses : la première, que tu donnes de la paille et de l'orge aux personnes qui t'en demanderont, et la seconde, que tu m'en tiennes un bon et fidèle compte. Je promis de m'acquitter de ce digne emploi le mieux qu'il me serais possible. Après celte promesse , me voiLi engagé d'une manière à ne pouvoir plus m'en dédire.

Quelque dure que fût la servitude pour moi , qui étais accoutumé à me faire servir, je ne laissai

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