LIVRE II, GHÀP. I. ail
un nouveau compte, augmentait, de peur de se méprendre , le prix de chaque chose ; et quand une fois il avait taxé l'écotà une certaine somme, c'était une sentence sans appel , il follait délier la bourse. Malheur à un passager qui , croyant tirer meilleur parti des hôteliers d'Espagne, les menace et fait le méchant avec eux ! Gomme ils sont presque tous officiers de la sainte Hermnndad, ils le font arrêter au premier bourg ou village par où il doit passer; ils l'accusent d'avoir eu dessein de brûler leur maison , de les avoir frappés, ou d'avoir violés leurs femmes ou leurs lilles , et il est trop heureux quand il peut sortir d'affaire en payant doublement son écotei en de* mandant pardon a son hôte.
Nous avions aussii dans notre hôtellerie de jolies servantes; mais il était dangereux de s'y amuser. Il était bon encore d'avoir l'esprit présent quand on sortait de cette maison ; car tout ce qu'on y pouvait oublier était autant de perdu. Que de friponneries ! que d'infamies ! que de méchancetés se commettent dans ces lieux-là ! L'on n'y craint nullement Dieu , et l'on s'y accoiinnode avec les gens de justice. Dès qu'on est hôtelier, il semble qii'on. ait permission de tout faire , et un |K>nvoir absolu sur le bien ainsi que sur la personne de ceux qui sont obligés de s'y arrêter.
331 GUZMAN D'ALFAttACHE.