CHAPITRE IV
Du jervicc de cuisiaier il repasse au métier de gueux , «t vole
un apothicaire .
Il vaut mieux posséder un talent utile que des j richesses , puisque la fortune n'est qu'une incoustante qui nous donne aujourd'hui une chose qu'elle nous ôtera demain. Pendant le cours àei notre yie , elle nous rend semblables aux comé-
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ciien«^ , qui paraissent sans cesse sous de nouvelles figures. Qui m'eût dit qu'après avoir si bien servi Je cuisinier, il me cbasserait de chez lui pour une bagatelle? Il est vrai qu'ainsi va le monde, et que les plus bonnétes gens , pour prix d'avoir rendu mille services à de grands seigneurs , sont traites de la mémo manière à la moindre faute qu'ils font.
Arrête, Guzman, me dira quelqu'un, tu vas te perdre dans tes réflexions morales; où cela nous mènera-t-il ? A mon cabas, lui rrpondraije aussitôt, oui , mon ami, à mon cabas , lequel ', étant devenu pour moi ce que l'éloquence élait pour Démostbènes , et les stratagèmes pour UJjsse^ m'empécba de sentir vivement ma situation présente. Yive le cabas! il en est de lui comme des beignets ; il faut y revenir quand on en a ta té une fois. J'avouerai qu'en le reprenant je n'étais pas plus riche que quand il m'avait sottement pris fantaisie de le quitter, car je n'avais pas mis en rente ce que j'avais friponne dans mon emploi de marnuton : tout ce qui m'était venu s'en était allé, à la réserve d'un habit qui valait un peu mieux que celui que j'avais auparavant.
Pour qu'on n'eût point à me reprocher que je ne retournais h mon premier métier que par pure fainéantise, avant que d'acheter un nouveau cabas , je crus devoir aller ofl'rir mes services à quelques cuisiniers qui étaient amis de mon maî^^
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tre, et que je connaissais. S'ils les eussent acce(>^ tés, j'aurais achevé de me rendre savant dans leur art, dont j'avais déjà de bons principes, et pour lequel je pouvais me vanter d'avoir d'heureuses dispositions ; mais ils savaient que j'aimais le jeu , et qu'il n'y avait chez mes maîtres rieo de sacré pour ma griffe lorsque j'étais sans argent. Ainsi , me voyant sans» espérance d'entrer dans les cuisines des grandes maisons , je repris mon premier métier; j'endossai le cabas , et recora» mençai à servir le bourgeois. SI je ne faisais pas si bonne chère avec mes camarades qu*à l'hôlel d'où je venais d'être congédié , je redevenais en récompense indépend^int et maître de mes actions; et cette sorte de vie était sans doute préférable à l'autre ; outre qu'étant naturellement assez sobre, je devais peu regretter une maison où régnait l'intempérance.
Nous avions dans la place, auprès de Sainte- Croix , une habitation qui nous appartenait en propre : c'était un petit corps-d&*logis que noas avions acheté des deniers du public. Nous tenions là nos juntes , et nous y faisions nos festins. Je me levais avec le soleil ; je parcourais les boutiques, j'allais chez les boulangers et chez les bouchers ; je faisais mn récolte pour toute la journée. Ceux de nos voisins qui n'avaienl point de valets pour porter les provisions qu'ils achetaient, prenaient plaisir à m'em ployer, et je les servais avec une Edélité qui me mit en réputation dans les