‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 97 sur 101 · LIVRE II, GHAP. m · texte numérisé non relu

LIVRE II, GHAP. m

pour mieux voir la monnaie qu'il me donnerait.

J'avais beau le prier de sedépéclier, et lui

dire qu'une affaire importante m'appelait ailleurs,

il était sourd à ma prière. Combien de tomps

employa -t- il à délier sa bourse , et cruelles

pièces en (ira-t-il l'une après l'autre! Des quarts,

des demi-quarts de réal et même des maravédis;

encore les mirait-il deux ou trois fois chacun en

me les comptant dans la main. Tout cela me

faisait mourir : Ab ! vieux roquentin , disais-je

entre mes dents y chien de lambin , veux* tu donc

me faire enrager ou m'amuser ici jusqu'à ce que

mon maître, qui déjà se déiie de moi, et qui

peut-être me cherchi? partout, vienne me sur^

prendre?

C'est ce que je n'avais pas tort d'appréhender. Le cuisinier m'avait entendu le matin sortir de chezlui ; ma diligence lui avait paru assez extraor* dinaire ; et me soup<^onnant d'avoir en tête quel-* * que nouvelle espièglerie , il s'était levé et habillé à In hâte pour se mette à mes trousses , de sorte qu'il se trouva derrière mol dans le moment que le vieil écujer, a près toutes ses lenteurs, achevait de me payer. Hof ho! garçon , s'écria mon maître , en me saisissant la main et l'argent , quel oiarcbé faites-vous donc ici ? A ces mots , je demeurai plus sot qu'un contrebandier qui se voit pris sur le fait. Je ne répondis rien , j'eus même la patieoce d'essuyer un coup de pied au cul

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avec un million d'injures, et il ne se retira qu'après m^atoir interdit sa maison , et menacé de m'assommer si i*avaîs la hardiesse de passer jamais devant la porte de Thôtel. Mon marchand, pour ses péchés, demeura là jusqu'à la fin de la scène, qui ne fut guère moins triste pour lui que pour mol; car, m'en prenant à ce vieux sorcier du mauvais succès qu'avait eu la vente de ma marchandise, je me jetai sur lui de rage , et lui arrachai mes perdrix et mes cailles , en disant que je voulais avoir mon bien , qu'il n'avait qu'à courir après le fripon qui emportait son argent. £n même temps je disparus aussi promptement qu'un éclair pour aller vendre mon gibier dans im autre marché, laissant dans celui-là mon flegmatique ccuyer penser ce qu'il lui plairait de celte aventure, qu'il regarda peut-être comme un tour que le cuisinier et moi nous avious concerté tous deux.

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