Histoire de Henri le Grand
Gcnérosité de Henri. — Attentat de Barrière. — Action siuguliére et intrépidité de Bois-Rosé ; il livre técanip au roi. — Soumission des villes de Meaux e de Lyon. — Sacre du roi. — Traita avec Villars. — Réductiou de Paris. — Clémence du roi. — Siège de Laon. — Péril où se trouve le roij sa présence d'esprit et son activité. — Prise de Laon. — Fidélité de la province de Bourgogne. — Accommodement du duc de Guise. — Grandeur d'âme du roi.
Lj\vbjuratiox (lu roi fit un merveilleux iSgS. effet dans Paris; elle y rendit le courage Mémoin à tous les honnêtes gens , elle y soulagea de Sully. d un poids énorme toutes les consciences religieuses, et le nombre en étoit giand alors. On se livra sans scrupule à la douceur d ai mer ce héros, digne de tant d admiration et d aujour. Malgré les déclamations et les intrigues des ligueurs endurcis, on ne parloit plus que de Henri; il étoit l'unique sujet de toutes les conver- 2. I
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ï^O^- salions. On ne se lassoit point de raconter tout ce qu'il avoit fait, tout ce qu il avoit dit à Saint-Denis; les moindres détails étoient écoutes et répétés avec le jdus vif intérêt; les hommes célébroient ses talens et ses exploits; les femmes vantoient sa grâce, sa générosité, sa clémence ; le peuple s'entretenoit de sabonté : Gc^nérositc il régnoit déjà. Il fit une action qui exalta deHemi. encore Cet enthousiasme. La trêve d'un mois venoit dexpirer : Mayenne néloit plus en état de continuer la guerre; outre que l'esprit public s'y orposoit , il manquoit de troupes et d argent: d'après cette situation, tous les généraux de Henri le pressoient de recommencer la guerre avec vigueur et d'écraser enfin ses ennemis , Henri ainia mieux les subjuguer par sa générosité. Cinq jours après son abjuration, il leur fit offrir une trêve de trois mois. Celte proposition, qui excita la plus vive surprise, fut acceptée avec une grande joie. Henri donnoit à Mayenne le temps de se foiîifier; mais, par cette action magnanime, il.ajoutoit encore à l'admiration qu inspiroit son caractère; il prouvoit combien il lui en coûtoit de continuer la guerre civile. Mayenne et les^ligucurs ne songèrent à profiter de ce délai généreux que pour former de nouvelles intrigues. Les ducs de iNïayenne, de Guise, d'Auinale et d'Elbeuf rcnou-
vêlèrent le serment de ne jamais recon- ^^9^ noïtre pour souverain le roi de Navarre, cl ils entamèrent de nouvelles négociations avec TEspagne. Pendant ce temps, Henri négocioit de son côté avec la cour de Ftome et sans pouvoir obtenir son absolution. Sans doute le pardon évangclique , du moins sous la condition de la pénitence , ne peut être refusé aux marques du repentir; mais une prudence paternelle prescrivoit ces délais au souverain pontife. Il ne suffisoit pas qu'il fût convaincu de la sincérité de Henri, il falloit , pour l'intérêt de la religion , que l'Europe entière ne pût la révoquer en doute. Les ligueurs, à cette époque, répandirent avec profusion les écrits satiriques, et même les libelles les plus outrageans contre le roi (i). jMayenne envoya à Rome une ambassade chargée de ne rien négliger pour maintenir le pape dans son inflexibilité sur l'absolution du roi. L'archevêque de Bourges, en parlant de ces ambassadeurs, dit: Qu'ils portaient du vent pour en former de nou^
(i) Entre autres celui qui est intitule : Banquet clii comte cT Ârète. L'auteur étoit à Paris lorsque Heuri y entra; on pressoit ce prince de le faire arrêter : C^ est un méchant homme , répondit Henri; mais je ne veux point qii' il ait de mal. Le mépris public chassa ce misérable , qui alla mourir dans les pavs étrangers.
iSgS. K'elles tempêtes (i). IVJalgrë ces derniers efforts ci une iisiirpatloii <Jé!aiîlante, le parti du roi se forlifioit chaque jour : quand les folies turbulentes n offrent plus rien d extraordinaire et de nouveau, il n'en reste plus que la fatigue de 1 agitation; les grandes secousses politiques ont besoin , pour soutenir Fintérét public , d'une variété continuelle qui puisse exciter et renouveler sans cesse rétofinement. Dans ces momens de crise, ce sont moins les opinions qu'une ardente curiosité, des sensations fortes et nouvelles, qui égarent les hommes. Quand tout est connu, l'ennui seul pourroit faire aimer le repos comme un changement ,, et la raison (après un si long oubli) comme une nouveauté.
Attentat Henri, victorieux partout et univertieBarritie. selîement admiré, pouvoit se flatter de recueillir bientôt le fruit de tant de travaux; mais ces espérances à peine formées furent au moment d'être renversées par l'horrible attentat de Pierre Barrière. Ce misérable, sans autre motif connu que le dégoût de la vie , conçut Ihorrible dessein d'assassiner le roi. Au moment de
(i) Mot tiré de VÉcritui-e , du propliète Osée. Ils ont semé du vent, nous ai'ons recueilli des tempêtes. On a fait nouvellement une citation beaucoup plus heureuse de ce mol, en Tappliquant aux philosophes modernes.
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consommer son parricide , il fut arrêté ^^9^' et convaincu ; on l'exécuta sans que Henri voulut permettre qu'on recherchât ses complices.
Le duc de Mayenne avoît de grands sujets de se plaindre de son frère utérin, le duc de Nemours, qui avoit refusé de se trouver aux états et même d'y envoyer des députés; Nemours, d'ailleurs gouverneur du Lyonnois , s'y conduisoit en despote : il s'emparoit de tous les revenus de la province; il chargeoit le peuple d'impôts , et , n'avant nul égard à la trêve accordée par le roi, il la vioîoit tous les jours par des actes d'hostilité qui attiroient dans le Lyonnois toutes les calamités de la guerre. INJavenne lit exciter Emeute à secrètement les bourgeois de la ville de -^ °^ ,'
-, . , ^ -, . , vorable au
JLjyon a se soulever contre la tyrannie de j-^i^ son frère. L'émeute eut lieu; Nemours fut pris par les révoltés , et enfermé dans le château de Pierre-Encise. Cet événement fit connoitre aux bourgeois de Lyon quelle étoit leur force; ils en firent, peu de mois après , un usage plus heureux.
Rosny , ami de Villars, negocioit son accommodement avec le roi ; mais la prise de Fécanip fut si sensible à ce gouverneur-, qu'il rompit pour cette fois toute négociation. Ce qui sétoit passé à Fécamp mérite bien d'être rapporté. Entreprîse
Ce fort, pris par Blron sur la Ligue , h'^rdie de
Bois-Pvosé,
'"'0^- a\oit, dans la garnison qui en sortit, nn Mt-moiics gontillionuiie nomme Bois Rose, homme wV Sul/j\ (je tête et d'une intrépidité peu commune. En sortant de Fécamp avec les troupes de la Ligue, il examina attentivement la place d\)ù on le chassolt, et , prenant ses précautions de loin, il fit en sorte que iieux soldats qu'il avoit gagnés fussent reçus dans la nouvelle garnison que les royalistes établirent dans Fécamp. Le côté du fort qui donne sur la mer est un rociier de six cents pieds de haut , coupe à pic , et baigné par la mer à la hauteur de douze pieds, excepté durant le temps de la marée basse. Bois-Rosé, à qui toute voie étoit fermée pour surprendre une garnison attentive à la garde d'une place nouvellement prise , ne douta point que , s'il pouvoit aborder par cet endroit, regardé comme inaccessible, il ne vînt à bout de son dessein. Après avoir bien médité ce projet hasardeux , il ne songea plus qu'à l'exécuter. Il étoit convenu d un signai avec les soldats gagnés , et l'un d'eux rai'tentloit continuellement sur le haut du rocher , où il se tenoit pendant tout le temps de la basse marée : alors la mer retirée laissoit à sec , pendant trois ou quatre heures, le pied de cette falaise, avec quinze ou vingt toises de sable. Bois- Rosé , au milieu d'une nuit fort obscure , . vint avec cinquante soldats déterminés,
choisis exprès parmi tles malelots, et il *%^aborda avec eux flans deux chaloupes au pied du rocher. Il s'etoit muni d'un gros càhle, égal en longueui' à la hauteur de la falaise; il y avoit fait de distance en distance des nœuds, dans lesquels etoient passés de courts bâtons , pour pouvoir s'aider et s'appuyer des mains et des pieds. Le soldat qui se tenoit en ftiction, attendant le signal depuis six mois, ne 1 eut pas plutôt reçu, qu il jeta du sommet du précipice un cordeau , auquel ceux d" enbas lièrent ie gros câble, qui fut guindé en haut par ce moyen et attaché à Tentredeux d'une embrasure avec un fort levier , passé par une agraffe de fer faite à ce dessein. Bois-ilosé fit prendre les devans à deux sergens dont il croyoit connoitre la résolution, et il ordonna aux cinquante soldats de grimper de même sur celte espèce d'échelle , leurs armes liées autour de leur corps, et de suivre à la file, Svi mettant lui-même ie dernier de tous, pour ôter à la troupe toute espérance de retour : la retraite d'ailleurs devint bientôt impossible; car, avant qu'ils fussent seulement à moitié chemin , la marée ayant monté de pkis de six pieds, emporta les chaloupes, et fit flotter le bout du câble auquel cette troupe audacieuse confioit sa destinée! Qu'on se représente cinquante -deux hommes suspendus, au
JQ^' milieu des ténèbres , entre le ciel et les flots, dans l'attitiKle la pins contrainte et la plus pénible , gravissant avec de prodigieux efforts sur une machine si peu sûre , qu'un léger manque de précaution , la trahison d'un soldat mercenaire, ou le tressaillement d une frayeur soudaine , pouvoient les précipiter tous dans les abîmes de la mer ou les briser sur les rochers; que l'imagination joigne à ce tableau le bruit des vagues , la hauteur perpendiculaire duroclier, l'émotion , la lassitude, et l'épuisement progi'essif des forces : et l'on conviendra que des François seuls pouvoient tenter et exécuter une sembiable entreprise. Un seul parmi tous ces honnnes manqua de cœur , et ce fut le sergent même placé à la tête des autres. Il s'arrête en disant qu'il ne peut plus avancer et qu il est près de tomber en défaillance. Bois-Rosé s'aperçoit qu'on n'avance plus; le discours thi sergent, passé de bouche en boviche, lui pai"^ int : alors , prenant son parti sans balancer, il passe par-dessus le corps des cinquante soldats qui le précèdent, en les avertissant de se tenir ferme , et il arrive jusqu'au premier, qu'il tâche en vain de persuader par la douceur; voyant ses efforts inutiles, il tire un poignard, le menace de le lui plonger dans le sein, et, par un nouveau genre de frayeur, il
le ranime , et le fait monter en lui tenant ' ^0^toujours le poignard dans les reins. Enfin la troupe entière parvint au haut de la falaise un peu avant la pointe du jour ! Qui pourroit exprimer ce que dut éprouver Bois-Rosé en se voyant sur la plateforme du fort, environné de ses cinquantedeux soldats, et en embrassant le factionnaire qui Favoit servi avec tant de fidélité?... On regrette qvi'une telle action n'ait pas été faite pour la bonne cause. Les deux soldats introduisirent Bois-I\osé dans le château : lesommeil lui livra toute la garnison ; rien ne lui résista , il s'empara du fort (i).
Bois-Rosé s'empressa de donner avis Boîs-Roa à Villars de ce .succès, à peine croyable; ^'^""^ ^^il demanda le gouvernement de cette ci- ^^™P '^" tadelîe , on le lui refusa. Dans le premier transport de colère que lui causa cette injustice , il remit la place au roi , dont
(i) Le courage intn'pide des François a toujours été constaniraent le mèine depuis le commencement de la monarchie; mais quand l'artillerie n'étoit ni perfeolionnée, ni multipliée; quand les militaires
Eortoii-nt des armures d'un poids énorme, et coinaUoient si souvent corps à corps , ils avoient une force [jhysique et une eSjUce (le témérité qui les mettoient en état de faire des actions qui seroient impossibles aujourd'liui. On lit dans les Mémoires (lu mnféchal c/e Tauanne.s que, dans sa jeunesse , on le vit plus d'une fois s'élancer du toit d'une maison sur le toit opposé , dans les rues étroites \ sau-
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il venoit tV apprendre la conversion. A cette nouvelle , Villars furieux rompit , connue on la dit , les négociations commencées avec Rosny pour son accommodement avec le roi. Il envoya investir Fécamp; Bois-Rosé appela le roi à son secours, Henri s'achemina aussitôt vers Dieppe, et vint loger à Saint-Valery , dans le pays de Caux. Le comte de Beîin arriva à Saint-\ aleiy pour solliciter de la part de Mayenne une prolongation de trêve; il assura que Mayenne désiroit entrer en accommodement, mais qu'avant de conclure il falloit qu'il prévînt les cours de Rome et de Madrid, et qu'il réglât ses affaires : le roi, qui vit qu'on KG cherchoit qu'à l'anmser, rejeta toutes les propositions, et, après avoir congédié Belin, il s'avança droit à Fecamp, obligea-les troupes de Yiiiars de se retirer, et pourvut abondamment cette forteresse de tout ce qui étoit nécessaire pour sa
ter à cheval d'un rocher sur Tautre, à la distance <ie vi7igt-}uut "pieds , et faire soixante lieues pour niier ea Bourgogne se battre seul contre dix lioralues , que , par une fantaisie Lizarre , il força ensuite de diner (wec leurs gants. L'histoire parle aussi «Fun Boiijflevs , surnommé le vigoureux , qui, étant à pied , sans armes, aiTtta et terrassa un cheval indompté , et même le chargea sur ses cpau'es , l'entraîna , et remporta de cette manière hors de Tenr.einte où l'on étoit assemblé pour des courses de tournois.
sûreté. Le roi retourna à ]Mantes , où il apjtrit que le marquis de Vitry , gouveruear de Meaux poui' la Ligue, étoit disposé à passer dans son parti.
Vitry avoit été le premier des seigneurs catholiques qui, après la mort du feu roi, relusa de recoiinoître un souverain protestant; mais lorsqu'il vit son roi abjurer ses erreurs, il représenta au duc de JNÎayenne cpie rien ne devant plus empêcher les François de reconnoitre leur souverain légitime, il étoit décidé à prendre ce parti. Le duc Tassura qu'il négocioit lui-même,- il le pria de ne rien précipiter, et Vitry y consentit: mais lorsqu'il vit la trêve iinie, et la guerre près de se rallumer, il ne différa plus, îl ne marchanda point avec son souverain , ne vendit point son repentir et son refour à la bonne cause, comme le firent tant d'autres. Il n'exigea rien de son roi , et montra un désintéressement qui répondit de sa fidélité future. Le il\. décembre, il fit sortir toute la garnison de la ville de Meaux, et ayant assemblé les principaux magistrats et bourgeois :
« Messieurs, leur dit-il, le roi, en se >' faisant catholique, a levé l'obstacle qui » empêchoit ses sujets de le reconnoitre » pour leur légitime souverain ; je vais » me ranger à mon devoir, et j en ai » prévenu le duc de Mayenne. Je pouvois
soumet au roi
»^93. M livrer la ville au roi, je ne l'ai point » fait. C'est à vous à qui je la remets, je » vous laisse les maîtres de prendre le » parti que vous jugerez convenable; s'il » est conforme à votre devoir, vous aurez » tout le mérite d'une décision libre et » volontaire. »
La ville de Après ce discours il remit les clefs Meaux se gj^tj-g igg niains des magistrats, et il sortit de la ville pour aller joindre ses troupes , qui l'attendoient à un quart de lieue. Cette déclaration surprit les habitans et les entraîna tous. A la gloire de l espèce humaine, il faut du temps, beaucoup d'adresse, d'artifices, de sophismes présentés sous mille formes séduisantes pour corrompre la masse des homn^es : il ne faut souvent qu'un mot heureusement placé , qu'im exemple frappant , pour les faire rentrer dans la route du devoir.
Les habitans de Meaux délibérèrent quelques momens, et résolurent, à l'unanimité, de suivre l'exemple de leur gouverneur. En sortant de l'assemblée ils crièrent : f^i'i'e le roi, le peuple y répondit par les mêmes acclamations, et ils prirent tous lécharpe blanche. Les habitans envoyèrent une députation à Vitry, qui revint sur-le-champ. Cette heureuse nouvelle fut aussitôt portée au roi, qui se rendit à Meaux au commencement de janvier. Ce prince y fut reçu
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avec tous les témoignages de la joie; iSgS. Henri y parut dantant plus sensible, que celte ville étoit la première qui, depuis son abjuration , fut volontairement rentrée sous son obéissance. Il promit qu'il n'y auroit point dans la ville d'autre culte public que celui de la religion catholique II confirma dans les bénéfices et dans les charges ceux que le diic de ÎNIayenne en avoit pourvus; il exenqîta le peuple de tout tribut pour neuf ans, et, afin de lui marquer sa conii.ince, il ne htissa d autre garnison dans la %ille que la compagnie d hommes d armes de Vifry, qu il confirma dans sa place de gouverneur , dont il donna la survivance à son fils.
Le duc de Mayenne envoya un gentil- 1594. homme à Vit ry pour lui reprocher de Mémoires sa part de Tavoir trahi en livrant Meaux /'^f*'"^y^"" au roi; Vitry répondit qu il n'avoit point ^,Vrtce fait de trahison, puisqu il en avoit averti tom. 2. le duc, et que c étoit, non lui, mais les habitans qui avoient appelé le roi. L'envoyé de ^iayenne insistant repartit que les habitans seroient restés fidèles à leur parti, si leur gouverneur neùt pas quitté la place qu'on lui avoit confiée. « Vous » me presser trop, reprit Vitry ; vous me » forcez à la tin de parler en soldat. Je » suppose qu'vm larron ayant, en ma >' présence, volé une bourse, nie l'eut
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Jjy4- » donnée en partie, et que ]e rensse re- » mise iixi propriélaire : en refusant de « la rendre au voleur qui me rauroit » confiée, seroit-ce, à votre avis, acte » mauvais et de trahison? Ainsi est-il » de la ville de iMeaux. » Cet apologue termina la discussion : il étoit difficile, d'y répondre.
I.yon se La soumission de la ville de Meaux soumet au fj^j. gyiyJe d'uue conquêle plus importante, celle de la ville de L}on. Les politiques, qui étoient en grand nombre dans la ville , résolurent de remettre cette belle capitale sous 1 obéissance du roi. Ils envoyèrent secr«>tement à Henri une députation pour l'engager à seconder leurs efforts. Il ordonna au colonel Alphonse Ornano ( i ) , qui commandoit un
(i) Il étoit général des Corses, fils du fameux Sanpietro Basiilica, seigneur d'Oinano, général des Corses , et lui-ratine Corse de nation. Alf)honse, après la mort de son père et de la belle et infortunée \'anina, sa mère, que son mari tua de sa propre main, vint en France , et s'attacha successivement i;u service de Charles IX, de Henri III et de Henri IV, lequel, pour le réconi[)enser, le fit chevalier de ses ordres en 1597, Hi«réchal de France , et ensuita lieutenant générai de Guieime. Ornano montra toujours autant de fidélité que de talent et ce courage. On doit dire encore, à la gloire de sa nation , que Henri IV, durant la guerre avec la Savoie , eut des réginiens corses , qui se distinguèrent particulièrement par leur intrépidité . et qui contribuèrent beaucoup aux succès des armes frauçoises.
corps de troupes en Dauphiné, de se te- i5'j4nirprêt à soutenir les bourgeois de Lyon ausôitârt qu'ils auroient besoin de lui. Père fixe, Ornano , appelé par les trois echcvins , Mezenif. chefs des politiques, Liergues, Jacques et de Seyes, se rendit à Lyon, près du faubourg de la Guiilotière , dans la nuit du 7 au 8 février, et se tint là jusqu'à nouvel ordre. Jacques , accompagné de ses deux anii^ Liergues et de Sèves, et d'une vaillante troupe de bourgeois d'élite bien armés, attaqua, entre trois et quatre heures du matin, un corps-degarde , au bout du pont ; ils le forcèrent après avoir éprouvé beaucoup de résistance. Pendant ce temps, d'autres bourgeois du parti royal stjrtirent de leurs maisons, en criant: Pue laU'oericjraaçolsc; ils posèrent des chaînes dans les rues, et la ville se trouva bientôt barricadée de toutes parts. L'échevin Jacques se saisit de T Arsenal et fit arrêter sept autres échevins , déterminés ligueurs , et quelques capitaines des quartiers. Le lendemain matin, on vit paroitre de tous côtés les h^ibitans avec des écharpes blanches: tous les quartiers retentissoi eut des cris de Five le roi; on alluma des feux de joie dans toutes les rues; on arracha les armes d' l'Espagne , de Nemours et de Savoie, des lieux où elles se trouvoient; la populace représenta la Ligue sous la
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i594- figure d'une vieille sorcière hideuse, et jeta cette effigie au feu avec mille imprécations. Les bourgeois firent ensuite dresser des tables devant leurs maisons, et le peuple y vint en foule boire à la santé du souverain. 11 est remarquable que cette brave bourgeoisie de Lyon, ayant des troupes à ses portes, ne les appela point , et ne les fit entrer que lorsqu'elle eut teriinné seule toute cette heureuse révolution. Ces bourgeois nétoient point des soldats aguerris : tout François , quels que soient son état et ses habitudes, n'a besoin, pour combattre, que d'un grand motif, et non d apprentissage.
Sur les deux heures après midi, le colonel Ornano entra dans la ville, accompagné seulement de ses officiers et d'un grand nombre de gentilshommes, tous avec Ttchaqie blanche et des panaches blancs. La ville étoit soumise , ces guerriers n'y parurent que pour y maintenir la paix. D après les intentions du Roi, Ornano mit tous ses soins à modérer lanimosité du peuple contre les ligueurs. On dépoca les sept échevins qu'on avoit arrêtés, et Rubis , procureur de la maison de ville, auteur d une multitude de libelles contre le roi; on leur rendit la liberté ; on leur laissa leurs maisons et leurs biens : ils sortirent de la ville. L'archevêque voulut aussi se retirer , on le ra»-
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snra snr les craintes que lui causoient les ïSg^. preuves de dévouement qu'il avoit données à la Ligue et à Mayenne; on Tinvita à rester, il y consentit; il rendit le château de Pierre-Encise, et remit entre les mains du roi le duc de Nemours, sou prisonnier.
Tous ces heureux succès jetèrent de vives alarmes à Paris parmi les Seize et les partisans de Mayenne, d'autant plus que grand nombre des hahitans de cette ville inontroient avec peu de déguisement un royalisme timide encore, mais qui n'attendoit, pour éclater, qu'une occasion favorable. Le comte de Belin (i), gouverneur de Paris , ne pouvoit cacher son inclination pour le roi depuis la journée d'Arqués, où, fait prisonnier, il avoit vu de près ce prince , si grand , sî intrépide au milieu d'une poignée de soldats , faisant tête à une armée entière qu'il vainquit. Belin, devenu suspect à Mayenne, perdit le gouvernement de Paris , qui lui fut ôté malgré les représentations du parlement et les regrets du peuple, dont Belin s'étoit fait chérir par sa douceur et sa modération : on donna cette place à Brissac. Le comte de Belin, justement irrité de cette injustice , se retira auprès du roi, qui le reçut à bras
(i) Jeau-François Faudoas, comte de Beliu. 2. 2
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itî94- ouverts ; car ce prince , nemetiant jamais eu doute la sincérité ties reL)elles qui rcvenoient à lui , les accueilloit non-seulènient sans rancune, mais avec toute l'effusion de la joie et de la reconnoissance. Il daignoit leur accorder tous les droits des anciens serviteurs; mais aussi, par cette conduite , il leur en donnoit tout rattachement. Le comte de Belin fut trèsutile au roi pour la réduction de Paris , par les conseils qu'il donna , et par les intelligences qu'il avoit dans la ville.
Les ligueurs firent encore sortir de Paris , comme suspects , un grand nombre de politiques, qui tous allèrent rejoindre le roi. Cette conduite tyrannique, en rendant odieux le gouvernement , lit connoître au public que les hommes les plus estimables étoient tous royalistes. Cette réflexion augmenta le nombre des partisans secrets de Henri, et accéléra la soumission de Paris, qui fut cependant précédée de celle d'Orléans et de Bourges. Sacre de Le roi , voulant se faire sacrer , et ne ïieuri IV. pouvant l'être à Reims, dont les ennemis étoient maîtres , consulta les prélats les plus éclairés, qui l'assurèrent que cette cérémonie pouvoit se faire dans toute autre église : il choisit la cathédrale de Chartres, dans laquelle jadis Louis-le- Gros avoit été sacré. Au lieu de la sainte ampoule de Pveims, on se servit de celle
qu'on gardolt à ManiiOTitiers , et qui fut '^oî* soîeaneilcmeut apportée par les religieux de cette abbaye , conduits par Souvré , gouverneur de Tours. Le couronueiuent se fit sans magnificence ; mais il n'en fat ni moins imposant , ni moins auguste :
nulle pompe ne pouvoit ajouter à l'éclat tl<ïne cérémonie où Ton voyoit Henri l\ au pied des autels , entouré des princes de son sang , de sa noblesse , de ses soldats, recevoir des mains de la religion la couronne royale de ses ancêtres , que la fortune Tavoit forcé de conquérir par tant de travaux et d'exploits! Et que ne duton pas éprouver en entendant ce héros remercier le Dieu des armées , l'invoquer pour la paix et pour le bonlieur de son
peuple!. Noble et touchante prière,
qui fut exaucée.
Le maréchal de ÎNIatignon exerça au sacre les fonctions de connétable , le comte de Saint-Pol celles de grand-maître, les ducs de Longuevillc et de Bellegarde celles de chambellan et de grand écuyer.
Les pairs de France furent représentés par les princes du sang et les ducs de Piney, de P^etz et de Ventaclour.
Quant aux pairs ecclésiastiques, ces dignités étant vacantes, ou ceux qui les possédoient se trouvant encore dans le parti de la Ligue , ils furent représentés par les évêques qui assistoient au sacre.
1 594- L'arcbeveqne de B ourges , nommé à Tarchevèché de Sens, métropole de Chartres, prétendit que, par cette qualité et par sa dignité archi-épiscopale , il devoit représenter l'archevêque de Reims ; mais Nicolas deThou, évèque de Chartres, soutint que cet honneur lui appartenoit , parce que les canons défendent aux archevêques de faire aucune fonction dans les diocèses de leurs suffragans. L'archevêque s'étant désisté de sa prétention , l'évêque de Chartres fit la cérémonie dans " son église, le 27 février. Le lendemain, après les vêpres, le roi reçut l'ordre du Saint-Esprit dans la même église , par les mains de l'évêque qui l'avoit sacré.
La nouvelle du sacre du roi répandit la joie dans tout le royaume et surtout à Paris, où elle fortifia le zèle et les espérances despartisans deHenri. Ce prince, averti qu'il falloit encore différer d'une quinzaine de jours la gi'ande entreprise qu'il méditoit, employa utilement ce délai. Désirant toujours entretenir la paix autour de lui , il réconcilia ensemble deux princes de son sang, le comte deSoissons et le duc de INIontpensier , divisés depuis long-temps par de violentes disputes sur les prérogatives de leur rang, leur concurrence aux mêmes charges , et de plus par une rivalité à la fois d'amour et d'ambition. Ils ainioient tous deux la princesse
Catherine, sœur du roi, dont le comte ^594. de Soissons étoit aimé. Le roi , avec autant de peine que de patience , parvint à les réconcilier (i). Il s'occupa ensuite de terminer son accommodement avec Villars; il chargea Rosny de cette négociation. Rosny alla sans délai à Rouen , où étoit Villars, gouverneur de cette ville. Villars , comme s'il eût été une puissance Mémoires étrangère , mit un prix exorbitant au ^^^ Sullf. traité de paix que son maître daignoit lin proposer; mais, à bien peu d exceptions près , c'est ainsi qu'agissoient les rebelles. Villars demanda, 1°, à être Traité de maintenu dans la charge d'amiral, dont Vilars. il avoit été pourvu par la Ligue, et que
(i) Cependant il avoit les plus justes sujets de ressentiment contre le comte de Soissons, et, dans le même temps où il devoit être le plus irrité , il lui rendoit , à son insu , d'importans services. Sous le rtgne précédent , il avoit empêché Henri III de lui faire plusieurs injustices, en prenant vivement son parti , et en le justifiant de plusieurs torts qu'on lui imputcit. On trouve tous ces détails dans les lettres manuscrites de Henri le Grand à Henri III , précieuse collection que possède M. le comte le Couteulx de Canteleu , et qu'il a bien voulu confier à l'auteur de cet ouvrage. Une de ces lettres sur le comte de Soissons, adressées au roi par Henri IV, finit ainsi : Je sais cjiiil ne m! aime pas j ainsi vous ■voyez mon bon naturel, et cjue je dis la vérité. Ce n'est que pour prouver son impartialité , et pour donner plus de poids à sa défense, qu'il avoue que le comle ne l'aime pas. Il empêclia en eflet sa disgrâce ; ou n'a jamais poussé plus loin la bouté.
i^yi- le roi avoit donnée à Eiron; 2°, à jouir dans son gouvernement cVnn pouvoir indépendant du doc de Montpensier, gouverneur de la province, du moins pendant trois ans; 3", Tassurance que tous les ofiiciers mis par la Ligue dans les villes dépendantes de son gouvernement y seroient conservés avec quinze cents hommes d'infanterie et trois cents de cavalerie, et entretenus par le roi pour la sûreté de ces mêmes villes; 4*'i enfin une somme de cent vingt mille livres pour acquitter ses dettes , et une pension de soixante mille. Enfin il demanda qu'on lui rendit Fécanip, et qu'on laissât à sa disposition les abbayes de Jumiege, Tiron, Bonport, Lavalase , INIontivilliers et Saint-Taurin. On est indigné qu'im sujet qui n'ainx)it dû aspirer qu'au généreux oubli dupasse , osât faire de telles conditions; mais les exemples de cette audace étoient depuis long-temps multipliés. Ce n'étoit pas assez pour Henri de conquérir son royaume , il falloit encore Tacheter; il faîloit à la fois récompenser la fidélité de ses amis , et payer la soumission des rebelles. Comment la France, lorsqu'il monta sur le trône, livrée au pillage de toutes parts, sans commerce , sans industrie, sansmiariiie , sans agriculture , a-t-elle pu fournir assez de ressources et d'argent pour continuer long -temps la guerre, et pour
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remplir tous ces engagemens onéreux? 'Sg/j. Par la patience, le travail, re'conomie, les liunières d'un souverain aussi habile administrateur que grand guerrier, et par les soins assidus dun ministre des finances également intègre et affectionné. Traiter ainsi avec des sujets coupables, c'étoit sans doute oublier les droits de la dignité royale. Henri, le prince le plus belliqueux de son temps , pouvoit acquérir toutes ces places par ses armes; mais il avoit horreur de la guerre civile , et rien ne lui coûta pour la terminer. Rosny avoit reçu du roi des pleins pouvoirs pour terminer avec Villars. L'abbaye de Saint- Taurin que demandoit Yillars lui appartenoit, et il en fit sur-le-champ le sacrifice ; mais il fut arrêté par les deux articles qui dépouilloient le duc de jSIontpensier de son gou\ernement pour trois ans, et Biron de la charge d'amiral. 11 demanda le temps d'écrire au roi à ce sujet, et il alla aliendre la réponse à quelques lieues de Rouen , où plusieurs affaires l'appeloient. Durant cet espace de temps, deux obstines ligueurs formèrent avec beaucoup d'art le plus noir complot pour empêcher Villars de signer son traité avec le roi. Villars avoit une grande droiture , mais il étoit Thommc du monde le plus violent et le plus emporté. On lui persuada, par de faux témoignages et une
»594- ninlti tilde d'artifices, que Pvosny avoit le projet de le faire assassiner et de s'emparer de Rouen. Rosny n'ayant nul soupçon de ces calomnies, revint à Rouen avec le traité signé par le roi, qui s'engageoit à faire consentir le duc de Montpensier etBiron au sacrifice qu'on exîgeoit d'eux. R.osny , comblé de joie de pouvoir enfin terminer une négociation à laquelle le roi attachoit la plus grande importance, se rendit avec empressement chez Viliars, qu'il se finsoit, dit- il, « i\n vrai plaisir » de surprendre , parce qu'il n'avoit pas » du compter sur une si prompte expé- , » dition ; Rosny tenoit d'une main le » traité, de l'autre une écharpe blanche, j> cachée sous son habit, qu'il comptoit » jeter au cou de Viliars en l'embrassant " et en le saluant amiral et gouverneur i> des bailliages de Rouen et de Caux. »
Mais il ne garda pas long-temps, dit-il, son air riant. Du plus loin qvie Viliars l'aperçut, il s'avança à grands pas vers lui, ie visage bouffi et enflammé, les yeux étinceîans. Il lui arracha des mains le traité , qu'il déchira , foula aux pieds , et, avant que Rosny eût le temps d'ouvrir la bouche , il lui dit, en bégayant de colère, un torrent d'invectives.
Rosny , avec un sang froid inaltérable, le laissa exhaler cette fureur incompréhensible pour lui. Ensuite il demanda une