‹ Histoire de Henri le GrandChapitre 8 sur 8 · p . ^] . 1 natif tl ^iu · texte numérisé non relu

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le roi d un couteau a deux tranchans ; ce „ouiê.ne premier coup glissa entre la deuxième et ^u Etoile, la troisième côte, il n'étoit pas mortel, et Mathien. sept personnes étoient dans la voiture!

Le roi s'écrie : Je suis blessé! Au même instant , il reçoit un second coup de poi-

(1) Des échoppes placées aux deux côtés de l'extréniité de celte rue eu rendoient le passage excessivement étroit. Henri II, peu de jours avant sa mort, avoit ordonné d'oter ces échoppes : si cet ordre tut été exécuté, il n'y auroit point eu d'embarras de voiture, et le l'égicidc u'auroit pu commettre le

SyG HISTOIRE

tCio. gnard clans le cœur, il expire (i)! Le meurtrier voulut donner un troisième coup, mais il ne porta que dans la manche du duc de Montbazon , qui étendit le bras pour le parer.

Nul de ceux qui étoient dans le carrosse ne vit frapper le roi , et si le monstre, d'enfer eût rejeté son couteau, on n'eiU su à qui s^en prendre. Tous ceux qui étoient dans le carrosse en descendirent pour empêcher que le peuple qui s'attroupoit ne mit en pièces le parricide ; trois des seigneurs restèrent debout à la portière pour secourir le roi, et l'un d'eux voyant que le sang lui sortoit par la bouche et qu'il ne parloit point, s écria : he roi est mort! A cette parole terrible, il se lit un tumulte effroyable; le peuple qui

(i) Sur les sept personnes qui eurent le malheur (le se trouver dans cette falale voilure, il y en avoit six (lotn rattacliement pour le roi ne pouvoit être et n'a jamais été suspect. Elles étoienttou tes occupées, sans doute , à rej;;arder l'embarras de la rue , et les Jeux coups de couteau furent portés avec une inconcevable rapidité. Mathieu dit : « Que, le ma-« )> tin, Ravaillac demeura longuement au Louvre, )) assis sur les pierres de la porte où les laquais atw tendent leurs maîtres, il pensoit faire sou coup j) entre les deux portes; mais il trouva 'que le duc » d'Épernon étoit en la place où il pensoit que le » roi devoit se mettre. »

Ce scélérat confessa , depuis , que le matin il avoit aussi suivi le roi aux Feuillans, et que le duc de Yecdôme , qui survint, le força de s'éloigner.

étoit dans les rues se jetoit dans les bou- i6io. liques, dans les maisons, comme s'il eût craint de devenir la proie des ennemis et que la ville eut é(é prise d'assaut. Chacun pensa confusément qu'il perdoit son appui , son défenseur, son père ; on se trouva dénué de tout en le perdant. On ne vit plus ni siireté , ni paix, ni espérance: on n'éprouva d'abord que de l'épouvante, qu'une invincible frayeur! Le duc d'Epernon aussitôt se hâta de crier que le roi n'étoit que blessé, et, pour le persuader , il demanda du vin : alors tout le monde s'empressa de sortir des maisons; on entendit des exclamations touchantes de joie et d inquiéîude; on vit couler des pleurs. Le duc d'Epernon répéta mille fois que le roi n'étoit que blessé : le peuple vouloit le voir; il entouroit en foule la voiture, on l'écarta en disant qu'il falloit le remener promptement au Louvre pour le faire panser.

SaJnt-Mîchel , un dos gentilshommes ordinaires du roi, avoitsuiviceprince; mais il n'étoit pasauprèsdu carrosseaumoment de l'assassinat. Il accourut au bruit , tira son épée , arracha le couteau sanglant des mains du parricide , qu'il alloit tuer , si le duc d'Epernon ne l'en eût empêché.

On remit le scélérat en des mains sûres , Mrmoïre qui l'emmenèrent. Tandis que se passott ^c 6'«//j'. cette scène de désolation, on étoil trau- 2. -32

iCio. quille à l'Arsenal ! Mais sur les qiiatrr heures, Sully étant dans son cabinet, il entendit tout à coup dans la chambre voisine madame de Rosny jeter un grand cri et aussitôt la maison retentir de ces exclamations : lout est perdu , ht France est détruite! Quand il apprit la funeste cause de ces gémissemens, il s'écria en fondant en pleurs : O mon Dieu , ayez compassion de nous , de l'Etat, de la France! Oh! qu'elle va tomber en d'étranges mains ! Saint-Michel arriva , qui lui confirma un malheur si grand , qu'il en doutoit encore. Il s'habilla pour aller au Louvre : on y avoit posé le roi sur son lit. Les premiers qui entrèrent dans sa chambre furent le brave de Vie , qui, le visage couvert de larmes, s'étoit assis sur ce même lit en appuyant sur la bouche du roi sa croix de l'ordre du Saint-Esprit; iMilon , son premier médecin, ctoit dans la ruelle avec des chirurgiens, tous fondoient en pleurs; le grand éciiyer, à genoux à son chevet, tenoit une de ses mains qu'il baisoit; Bassompierre étoit à ses pieds , qu'il serroit contre sa poitrine; le duc de Guise vint l'embrasser. Sully n'entra dans le Louvre que deux jours après. Des avertissemens sinistrés que peut-être il auroit dû mé- ])riser , l'empêchèrent deux fois d'en franchir les portes et à''y entrer; enfin

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la reine le reçut. Cette entrevue fut très- ^^lo. touchante : la reine lui montra une grande affliction ; elle fit venir le jeune roi , Sully le prit dans ses bras et ne put Mémoires s'empêcher d'éclater en cris et en san- '^^ Sullf. glots; il n'eut pas le courage d'entrer dans la chambre du maître qu'il avoit adoré et qui resta exposé dix-huit jours au Louvre (i). Aussi fidèle à sa douleur qu'il l'avoit été dans son attachement pour ce grand roi , il pleura jusqu'à son dernier soupir son souverain et son ami ; jamais le temps ne put adoucir l'amertume de ses regrets (2).

Henri le Grand périt à cinquante-sept ans et cinq mois (3), après avoir régné vingt et un ans, mais dont il passa les cinq premières années à combattre pour conquérir son royaume; ensuite il eut à sou-

(i) Il dit aussi, dans ses Mémoires , qu'il avpit horreur de ceux qui, ayant été honorés des bontés de Henri le Grand, pouvoient prononcer le nom de son meurtrier ; jamais ce nom exécrable n'est sorti de sa bouclie , jamais sa main ne l'a tracé.

(2) Comme protestant, le duc de Sully n'avoit pu avoir l'ordre du Saint-Esprit , mais il se fit un ordre qu'il porta jusqu'au tombeau: c'étoit une qrande chaîne d'or à laquelle étoit suspendu le portrait , gravé en relief, de Henri le Grand. 11 fit peindre dans une galerie de son château toutes les grandes actions de Henri IV.

(3) Les chirurgiens qui firent l'ouverture de son corps le trouvèrent si bien constitué, qu'ils assurtreut que ce prince auroitpu vivre encore trente ans»

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iGio. lonir la guerre avec TEspagne : ainsi la Providence ne lui donna qu'une douzaine d'années pour réparer les maux sans nombre causés par quarante ans de guerres civiles , de révoltes , de bouleversemens , d'anarchie et de désordres de tout genre; et à sa mort toutes les dettes de 1 état ëtoient payées, les peuples soulagés des impôts qui les avoient écrasés si longtemps, Tagriculture florissante. On a va tout ce que fit ce g^rand roi pour les sciences , les lettres et les arts. 11 trouva en montant sur le trône Tétat endetté d une somme de trois cent trente millions ( i ) ; tout fut acquitté , et il laissa vingt -quai re millions dans son trésor : fruit d une sage économie , qui ne nuisit jamais à la nuinificence royale, portée au plus haut point sous ce beau règne (2).

(i) L'argent éf oit alors à vingt-deux livres le marc: ainsi, la dette de l'état répondoit à plus de huit cent dis. millions de notre monnoie actuelle.

(2) D'après l'examen réfléchi des pièces du procès de Ravaillac, il paroît démontré que ce scélérat n'eut point de complice , et c'est ce qu'il soutint jusqu'au dernier soupir. Peu d'insans avant d'e.spirer, il demandoit avec ardeur l'absolution au religieux qui l'assistoit , ce religieux lui répondi; qu'il ne pouvoit la lui donner que s'il -déclaroit ses complices. Je n'en ai point, dit Ravaillac; mais donnez-moi une absolution conditionnelle ; dévouez-moi à l'enfer si j'ai ties complices , et absolvez-moi si je dis la ■\crite. Il reçut i'absolutiou de cette luauiwre.

Henri eut de Marie de Médicis six en- ï^'*fans : Louis XIII , qui lui succéda ; le second mourut à ràg;e de quatre ans ; le troisième fut Jean-Baptiste Gaston, duc d'Orléans.

Les trois filles s'appeloient , Elisabeth, Christine , et Henriette-^Iarie. La première fut mariée a Philippe IV, roi d'Espagne.

La seconde à Victor Amédée, duc de Savoie; la troisième à 1 infortuné Charles I", roi d'Angleterre.

Henri IV reconnvit huit enfans naturels.

Cependant, à quatre heures du soir de cette déplorable journée, Paris, toujours en suspens , ne savoit pas encore avec certitude la mort du roi ; mais l'inquiétude y étoït au comble. On remarqua que tous les hommes, sortis des maisons, erroient dans les rues et dans les places publiques sans autre but que celai d'apprendre des nouvelles de l'état où étoit le roi. Une seule pensée occupoit tous les esprits; les affaires , les engagemens particuliers , tout fut oublié , ou, pour mieux dire, en ne pensant qu'à l'auteur dî la félicité pul)li(j'ae, chacun croyoit ne penser qu à ses propres intérêts. On ne s'approchoit les uns fies autres que pour se faire mutuellement la même que.stlon. On se parlait , on sinterrogeoit sans se connoître;

iGio, nul ne voyoit un étranger dans un inconnu, car chacun portoit sur son visage l'empreinte de la plus profonde douleur; durant cette journée entière , tous les François furent des frères, un sentiment dominant dans tous les cœurs n'en fit qu'une seule famille étroitement unie par le même trouble et les mêmes émotions.

V Étoile , Enfin on apprit avec certitude que le roi Mathieu , n'existoit plus ! A cette affreuse confirmaerejixe. ^^^^^ ^^^ ^^^^ grand des malheurs, tous les habitans de cette grande ville furent glacés de saisissement et d'effroi. On vit des hommes , comme frappés de la foudre , tomber évanouis au milieu des rues ; plusieurs personnes moururent subitement (i); les uns, en se rencontrant , se serroient la main en disant : Que deviendrons-nous? D'autres se hàtoient de retourner dans leurs maisons pour aller pleurer dans leurs foyers : là , tous les jeux de Tenfance furent suspendus; les vieillards disoient : Mes enfans , nous avons tous perdu notre père ! il vous pre-

(i) Entre autres , un citoyen respectable et bienfaisant, nommé Marchant, qui iit à ses frais le Pont au Change : il mourut subitement de douleur en apprenant la mort de Henri IV. Le vertueux de Vie, en passant dans la rue de la Ferronnerie, fut saisi d'une telle horreur, qu'il fallut le porter chez lui , où il mourut le lendemain. Plusieurs femmes, dit PércGxe, refusèrent de prendre des alimens, et uiourureut.

paroit des jours heureux, à présent qui ^^loveillera sur vous? On n'envisageoit plus qu'un avenir orageux, inquiétant: ce bon roi emportoit dans la tombe le bonheur et la douce sécurité de la nation entière; car les mêmes regrets, les mêmes sentiniens éclatèrent dans toutes les parties de la France. L'afïiiction du peuple à Paris prit bientôt un caractère alarmant : à la consternation succéda promptement un désespoir furieux; on voyoit des femmes échevelées pousser des cris aigus , des hommes égarés par une douleur impétueuse parler de vengeance , désigner des complices imaginaires , et jurer de les immoler. Le tumulte devint si effrayant , que la reine donna des ordres pour le réprimer; elle fit monter à cheval le duc d'Epernon et quelques autres seigneurs de la cour à la tête de tout ce (ju'on put rassembler de noblesse : cette troupe parcourut tous les quartiers de Paris, elle harangua le peuple et parvint à le calmer.

C'est ainsi que fut aimé Henri IV. Sa bonté fit presque oublier ses exploits, du moins elle les effaçoit; il sembîoit qu'on le louoit plus dignement en ne parlant que de son humanité, de sa justice, de son affabilité. On avoit tant de traits à citer de sa clémence , de son amour pour ses sujets, qu'on ne songeoit point à se

rappeler et à vanter ses actions guerrières. L'Europe entière lui donna le surnom de Grande son peuple ne Tappela jamais que le bon Henri ; mais ce beau titre exprime tout ce qui fait la véritable grandeur des rois. Jamais les hommages de la postérité ne pourront égaler ceux que lui rendit le peuple sensible et reconnoissant dont il fit le bonheur. Et ce])endant sa statue, placée sur ce pont qu'il fit bâtir,

la statue de Henri IV, fiit renversée!

Qu'importe? S'il a mérité les éloges gravés sur le socle qui la poi toit , elle sera relevée! Voilà ce que le temps et les révolutionsnesajiroient détruire. Les tyrans aussi peuvent faire modeler ime masse de bronze, mais l'inscription seule immortalise quand l'amour et la vérité l'ont dictée.

En se rappelant le caractère et la vie de Henri le Grand, tout François graveroit , sur le piédestal de sa statue, ces paroles : nÉROS PACIFIQUE; ROI RELIGIEUX, CLÉMENT ET PATERNEL; ADMINISTRATEUR ÉCLAIRÉ, vigilant; POLITIQUE PROFOND ET LOYAL.

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