‹ Histoire de Henri le GrandChapitre 7 sur 8 · Hennir · texte numérisé non relu

Hennir

i<i clergé une pureté de moeurs irrepro- bibliothèchable : il n'y eut point d évcque scan- que de M. le daleux sous son règne. Tous ceux qu'il comte Lenomma furent des prélats d'un mérite Cantcleu reconnu; mais l'évêque de Rodez , avec pair de . du savoir et des vertus, avoit un carac- ï^^ance. tère impérieux et dur qui le fit haïr dans son diocèse : Henri , par respect pour Tépiscopat, ne voulut pas le révoquer, cependant illôta deKodczet le mit dans un autre évèché, avec injonction d'y por4er toute la douceur évangéliquc , et en l'avertissant que, s'il ne se faisoit pas ai-

xCo8. nier, il scroit réformé sans retour : « Car » tout pasteur , dit Henri , qui ne sait » pas gagner les cœurs , ne sait pas con- « duire son troupeau. »

Bassom- Au milieu de tant d'occupations ,' pien-e. Henri réserva toujours pour la lecture une heure de ces journées si bien remplies. Lorsqu'il avoit la goutte , il se faisoit lire pendant une partie des nuits. Dans une de ces attaques qui fut trèslongue, Bellegarde , Grammont et Bassompierre le veillèrent alternativement pour lui lire le manuscrit du roman de YAsirée , du marquis de Durfé , qui n'étoit pas encore imprimé , et dont il accepta la dédicace.

Mémoires Durant cette année , ainsi que dans toude Sullf. tes les autres , la vie domestique de Henri fut agitée par les jalousies et Taigreur de la reine et par l'insolence toujours croissante des Italiens ses favoris; Henri eut Colère de aussi plusicurs qucrclles avec Sully. Un Henri con- jour , à FArscual , il fut si mécontent de tre Sully. ^^\\y ^ qu'il sortit brusquement de sa chambre, en disant tout haut avec colère : « Voilà un homme insupportable , M il ne fait jamais que me contredire et » trouver mauvais tout ce que je veux; j> mais, pardieu! je m'en ferai obéir; je ne M le verrai de quinze jours. " Bonté de Les secrétaires de Sully et ses domes- Eeuri. • tiques, qui entendirent CCS parulcs , ciUr

rent Sully disgracié sans retour. L'alarme »^o8, se repandit dans la maison , Sully luimême fut ému. iSéanmoins il passa tout le reste du jour et la nuit entière à travailler dans son cabinet pour ce maître si mécontent , auquel il consacroit de si bon cœur ses veilles , puisqu'il n'auroit pas hésité, s'ilTeùt fallu, à lui sacrifier sa vie.

Le lendemain , dès les sept heures du matin, on vit arriver le roi à T Arsenal avec cinq personnes dans son carrosse: ce prince monta à l'appartement de Sully sans permettre qu'on l'avertit. Il frappa à la porte de son cabinet, Sully ayant demandé: Qui est là? reconnut la voix de Henri qui répondit : C'est le mi. Sully se leva plein de trouble et de joie. Que faisiez-vous ? dit Henri : Sully répondit qu'il avoit passé la nuit pour le service de sa majesté. Le roi se tournant vers ceux qui l'accompagnoient, dit à lun d'eux : « Eh jj bien , Roquelaure, pour combien vou- « driez-vous mener cette vie-là'' Non » pas , sire , pour tous vos trésors , ré- » pondit Roquelaure. » Henri attendri fit sortir tout le monde , ensuite il dit à Sully qu'il venoit pour le consulter sur mie chose particulière qui linquiétoit : Sully, qui vouloit lui rappeler la scène de la veille, répondit gravement qu'il n'o- Êoit prendre la liberté de donner sou avis :

iGoS.

Oh , oh! repartit Henri en souriant , vous faites le froid et le réservé ! vous êtes encore en colère d'hier ? Je n'y suis plus moi : là , là , embrassez-moi , et vivez avec la même liberté que vous aviez accoutumé, car je vous connois bien; si vous faisiez autrement, ce seroit signe que vous ne vous soucieriez plus de mes affaires. Quoique je me fâche quelquefois, ajouta-t-il , je veux que vous le souffriez; car je ne vous en aime pas moins : au contraire , dès l'heure que vous ne me contredirez plus dans les choses que je sais bien qui ne sont pas de votre goût, je croirai que vous ne m'aimez plus. »

Après ces paroles, le raccommodement fut bientôt fait : l'entretien se prolongea pendant plus de deux heures. Le roi , en sortant, dit aux courtisans qui Tattendoient dans une pièce voisine : « Il y en » a d'assez sots pour croire que quand je » me mets en colère contre M. de Sully , » que c'est à bon escient et pour long- » temps; mais tout au contraire : car, " quand je viens à considérer qu'il ne » me remontre ou ne me contredit que » pour mon honneur, ma grandeur et le « bien de mes affaires , et jamais pour les » siennes, je l'en aime mieux et suisim- » patient de le lui dire. »

Henri , dit Sully , ne rnanquoit ja-

maïs de marquer sa reconnoissance pour i^o3. un surcroît de peine, par de nouvelles libéralités. Ce fut ainsi qu'il écrivit à ce niênie ministre :

« Je n'attends point que ceux qui me » servent bien me demandent. Vous » m'aidez si bien à faire mes affaires , » que je veux aussi vous aider à faire les » vôtres : je vous donne vingt mille écus « sur mes deniers extraordinaires rfaites- » en faire les dépêches nécessaires. J'ai " su, dit Henri une autre fois à Sully, » que vous faites bâtir à La Chapelle et » que vous y faites un parc : comme ami » des bâtisseurs et votre bon maître , » je vous donne six mille écus pour » vous aider à faire quelque chose de » beau. »

Ce prince si digne d'être aimé donnoit à ceux qu il honoroit de sa confiance des preuves plus touchantes de son affection : non-seulement il avoit besoin, dans ses peines , de leur ouvrir son cœur, mais il leur demandoit le même sentiment; il entroit dans tous leurs chagrins domestiques, il les ])artageoit et s'en occupoit vivement. Son âme, aussi sensible qu'elle étoit grande , avoit cherché non un cou- Arrivée en fident , mais un ami; il le trouva. France de

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Au mois ne juillet de cette année, dom j^ Tolède Pèdre de Tolède, ambassadeur d'Es- ambassapagne , arriva à Fontainebleau. Il étoit ^'^"'''^^*'

pagne.

35o HISTOIRE

i<3o8. grand d'Espagne , connétable de Castîlle et i)arent de marie de iNJédicis. Il avoit beaucoup d'esprit. La gravité espagnole, jointe à la fierté naturelle de son caractère, donnoit à sa conversation un ton de hauteur et de causticité, fine la vivacité de Henri déconcerta plus d'une fois par d'heureuses saillies.

Pèrèfixe. Doni Pèdre , un jour , exallant avec affectation la puissance de l'Espagne , Henri , impatienté , lui dit que c'étoit la statue de IS uhuchodonosor , composée de diffère lis métaux , mais dont les pieds étoient d'argile. L'ambassadeur, piqué, en vint aux reproches et aux menaces.

Mathieu. Henri, perdant patience, répondit : « Si « le roi d'Espagne continue ses attentats, » il me verra bientôt dans INIadrid porter » le feu jus(jue dans l'Escurial. » L'Espagnol reprenant la parole avec une froide arrogance : Cela est possible , dit-il, le roi François I^" y fut bien ! C'est pour cela, repartit le roi, (jue j'y veux aller venger son injure . celles de la France et les miennes. Ensuite le roi lui dit : Monsieur Vambassadcin-, vous êtes Espagnol et moi Gascon, ne nous écJiauffons pas davantage.

Dom Pèdre , malgré ses bravades , étoit rempli de respect et d'admiration pour Henri. Un jour , rencontrant dans les galeries de Fontainebleau un des offi-

DE HENRI LE GRAND. SdI

clersdn palais qvA portoit sur un carreau 1608. de velours IVpée du roi , ii savaiiça, mit un genou en terre et la baisa, rendant, dit-il, cet honneur à la plus glorieuse epée de la chrétienté.

Henri IV , naturellement plein de douceur et de grâce , en eut aussi beaucoup pour dom Pèdre, qui quitta la France charmé de la politesse de la cour et surtout de la bonté du roi.

Henri fut le plus tendre des pères.

Ecoutons-le exprimer à Sully ses sollicitudes paternelles :

» Je ne suis pas sans beaucoup d'in- » quiétude, ayant ici tous mes enfans » malades. jMon fils , le dauphin , eut n hier deux vomissemens : il a mi peu de » fièvre avec un assoupissement et un j' mal de gorge , qui fait croire aux méde- » cins quil couve la rougeole ; liier au » soir, ma fille commença à avoir un » peu de fièvre; mon fils d'Orléans a « toujours la fièvTC continue, mais plus » fort un jour que Tautre ; il semble î> quelle soit double-tierce : jugez si avec » tout cela je suis en peine. Je vous don- » nerai tous les jours avis de la santé de » nîes enfans. H en sera tout ce qu'il w jdaira à Dieu , duquel je trouverai tout i> bon. »

Dans le même temps, le fils du duc de Sully fut malade; le roi lui envoya son

3jÎ2 histoire

1608, médecin , et ce prince ëcrivolt tous les jours à Sully pour savoir de ses nouvelles; il y alla plusieurs fois lui-même. Jaïiiais souverain n'établit dans le commerce d'une intime amitié une égalité plus parfaite.

Mathieu, La Loifc , Cette année, au mois d'ocy^v"//^* tobre , causa par ses débordemens les '^" •^' plus terribles ravages. La perte d hom-" mes , de bétail , de châteaux , moulins , maisons , etc. , fiit inappréciable. Le duc de Sully , qui voyageoit alors , en passant d'Olivet à Orléans fut au moment de périr. « Tout ce trajet, dit-il, n'étoit » qu'une mer , où les bateaux passoient » par-dessus la cime des a'fl)res et des » maisons que Teau avoit encore laissés » debout. Il n'y eut point de pont sur » cette rivière ( qui a plus de cent cin- » quant e lieues de cours) où quelques ar- « ches ne fussent rompues. » Sully , dans ce triste voyage, recueillit soigneusement les récits de tous les désastres causés par cette inondation , qui survint en un instant et dura vingt-quatre heures. Il forma de tous ces faits et de ce qu'il avoit vu lui-même un mémoire qu'il envoya au roi. Ce prince lui répondit : « Dieu » m'a donné mes sujets pour les conserj> ver comme mes enfans , je veux que » mon conseil les traite ainsi. Les au- » mènes sont très-agréables à Dieu, par-

»' lîculièrement en cesaccidens; j'cnsen- >6o8. w tiroîs ma conscience chargée. Qu'on « les soulage de tout ce qu'on jugera que » je le pourrai faire. »

Sully seconda de tout son pouvoir ces 3lemoires pieuses intentions: les villes et bourgs rui- '^'^ '^'"^^r» nés eurent non-seulement pour plusieurs ^^-f/'^^ années une décharge totale de la taille , mais des secours prompts et considérables. Le roi en outre rétablit à ses frais les ponts , les chaussées et les chemins ( i ) .

Henri, accoutvmié dès son enfance à des exercices violens , jouoit à la paume et chassoit souvent, mais sans passion, et seulement pour entretenir sa force physique, son agilité, et pour conserver sa santé (2). Un de ses grands plaisirs étoit de quitter la chasse ef , sans aucune suite, d'aller incognito visiîer des chaumières, oùilsentretenoit familièrement avec des paysans et des gens dii peuple. Là , il recueilloit les éloges les plus chers à son cœur; il demandoit ce qu'on pensoit du roi : il s'entendait bénir, et il étoit dédommagé de tous les soucis de la roj auté , de toutes les fatigues de la grandeur. On

(i) « Cette anm'e, dit Ualliieu , fut appeU'e l'an- » née du grand hiver. Henri IV dit que sa iiious- » tache s'éloit gel'e au lit et auprès de 1;« reine. »

(2) La peine de mort contre les braconniers étoit établie en France, Henri IV, en moulant .sur le trôoe, abolit celte loi odieuâe.

354 HltTOlRE

vGu8. ivii representoit en vain qu'après tant de conspirations faites contre lui , il exposoit sa personne dans ces promenades solitaires : Qui craindra la mort, disoit-il, n'entreprendra rien contre moi ; qui la méprisera sera maître de ma vie. Etre toujours en crainte, est un état pire que la mort: tout est entre les mains de Dieu. Qu'il me garantisse des fous, je necrains point les sages. C'est aux tyrans d'être toujours en crainte et en frayeur. Les pasteurs couragcu.x dorment en sûreté, les poltrons ont toujours peur.

Henri IV n'avoit de l'imprudence que dans les choses qui le regardoient personnellement. Aucun prince n'a conduit les affaires d'état avec plus de sagesse , et n a formé son conseil particulier d'hommeS' d'une prudence plus consommée. Les personnages qui eurent le plus de part à sa confiance, Sully, Sillery , Villeroy , avoient tous les trois le même flegme et le même sang froid , et sans doute ce n'étoit pas sans dessein qu'un prince aussi éclairé que Henri avoit choisi des ministres de ce caractère.

Dans les affaires et dans diverses circonstances de la vie , les gens passionnes peuvent avoir quelques momens heureux d'enthousiasme ; la passion quelquefois inspire bien , mais elle conseille mal. L'art de gouverner les hommes demande sur^

tout de la mesure , de la patience et l'es- ^^08. prit de conduite. Les ministres de Henri secondèrent parfaitement ses vues paternelles et ses grands desseins , et Sillery , par la sagesse de sa conduite et son habileté , fut un de ceux qui rendirent à 1 état les services les plus importans (i).

Un projet digne de la grande âme et du génie de Henri IV occupoit profondément ce prince depuis sept ou huit ans. Il vouloit établir en Europe une paix perpétuelle. Faut-il qu'un tel dessein , conçu par un esprit si juste et si vaste , par une tête si bien organisée , soit regardé comme chimérique! Du moins la plus belle pensée qu'un guerrier célèlire ait eue sur le trône , appartient à Henri. Il crut qu'il n'étoit pas impossible de prouver à des

(i) Sillery succéda à Bellievre dans la place de chancelier.

« Le chancelier de Sillery a rendu trois signalés 3» services à Tétat, i". en employant une partie de « son bien à maintenir les Suisses dans notre al- )) liance ; 2°. à la paix cle Vervins ; 3''. en moyen- » naut le mariage du roi. w (ZVotes de Péditeur des Mémoires de Sully , tom. ^, pag. 22^. )

« Ce chancelier avoit été envoyé en ambassade » vers les Suisses elles Grisons en 1589 par Hen- » ri III , auquel il rendit des services signalés; il y )) fut envoyé une seconde et une troisième fois par » Henri IV. Son fils fut tenu sur les fonts de baptême i> au nom des Cantons suiiSSes. « (Voyez Dictionnaire de la Nobleae. )

1608. souverains qni jouissent de tout ce qu'une grande ambition peut raisonnablement désirer sur la terre, qu'ils dévoient préférer une vie pure , paisible et bienfaisante, à des jours orageux, passés au milieu des discordes cruelles, des meurtres et des embraseniens. Puissent l humanité et le génie céleste de la véritable gloire reproduire dans des âmes royales cette noble pensée, la seule qui puisse diviniser cà la fois la force , la puissance et le trône! Henri vouloit réunir en un seul corps toute la chrétienté, lequel eût été appelé la République chrétlentie. Il comniençoit par chasser les Turcs de 1" Europe , ensuite il partageoit la grande république en quinze dominations ou états à peu près dégale force. 11 établissoit un conseil général de soixante personnes pour juger et régler les diff^rens qni pouvoient naître entre les confédérés. On eût placé ce grand tribunal , ou sénat de la république, au milieu de T Europe. En outre on eût formé trois autres conseils, chacun de vingt hommes, qu on eut dispersés en divers lieux , et qui eussent été subordonnés au sénat. Enlin les troupes de te/-re et de mer étoieiit réglées pour tous les états , et tous les souverains s.engageoient , par les sermens les plus sacrés , à mainteiiii* cet ordre de choses et à ne

s'armer qvie conîre celui qui vondroit le ^^«8 troubler (i) Telles étoient les uiédliations sublimes de <e priiice , dont les desseins ainsi que les actions n'avoieni pour but que le bonheur du geiue humain.

L'aimée suivante, le roi fit le mariage 1603. de deux priuces. Le premier fat celui du âac de VeiidoiUe , fils naturel de Henri IV et de (jabiielle d lustrées, avec Françoise de Lorraine, fille unique de Philippe- Emmanuel de J^orraiue , duc de Mercœur. Cette union avoit été arrêtée dès Tannée i5c)8. Le roi pressa vivement la célébra! ion de ce mariage, que, jusqu'à cetle année 1609, la grande jeunesse des fiaoc >. n avoit pas permis de conclure; mais la grand'mère et la mère de la jeune princesse avoient toujours été contraires à cette alliance: la duchesse de Mercœur se trouvant maîtresse de disposer de sa fille, dont le père n'existoit plus, refusa son consentement (2). Gomme vui traité

(1) Voyez, clans P. réfise ei d;ins les Méinoims de Sully, ce projet Irès-détaillé , el roiiiiiieut Henri, par ses allia. ces et ses iiéyocialious .seorcies, coinmençoit à en préparer T» .xécation.

(2) Le duc de Mercœur <lo[{ mort a Nuremberg,' au mois de février iGoi, eu revenant de la ^llerl•ede HoMgi-ie cotitre les Turcs , où il avoit acq iis beaucoup de gloire. (].; prince avoit eu le tort de uuloir fie reudie indépendant en Bret,igne , m. lis ( i- fut dan.s UQ temps où ce geme d'ambiliou étoit prest^ue uai-

1610. signé par le duc de Mercœur assuroit ce mariage , Henri auroit pu lever toutes les difficultés en donnant un ordre absolu; mais ce prince ne faisoit usage de Tautorilé royale cpie pour le bien de Tétat, il ne l'employolt jamais lorsqu'il ne s'agissoit que de ses intérêts particuliers. Il négocia ce qu'il avoit droit d'exiger , et la duchesse , touchée enfin de sa bonté , accorda son consentement.

Le second mariage fut celui du prince de Condé avec Charlotte de Montmorency, fille du connétable. Jamais beauté d'un éclat aussi surprenant ne parut à la cour ; elle fit sur le cœur du roi une impression qui ne fut que trop marquée. Le roi , à l'occasion de ce mariage , donna de magnifiques fêtes. On y vit au milieu de la plus brillante jeunesse de fia France Henri IV, couvert de pierreries ^^X^ rajeuni par le désir de plaire , disputer à cheval

versel. Leduc de Mercœur montra d'ailleurs, dans toutes les actions de sa vie, beaucoup de vertu et de * piété. Il avoit pris pour devise ces mots : Plus dejbi que de vie , et jamais on n'a mieux soutenu sa de- •vise jusqu'aux derniers momens de son existence. Il étoit mourant lorsqu'on lui apporta les derniers s.tcremens j aussitôt qu'il vit entrer les prêtres , il s'élança hors de son lit pour aller se prosterner au milieu de la chambre, où il reçut le Viatique ; en- .•çuite on le porta daus sou lit, oii il expira peu de luiautes après.

DE HE>'Rl LE GRAND. 35g

dans les courses de bagues et dans les car- »Cio. rousels les prix de ragilité , de la force , de l'adresse , et les remporter tous.

Cependant Léonore Galligaï et Concini , qui haïssoient le roi , excitèrent sans peine le ressentiment de jNIarie de INIédicis contre cette nouvelle passion. Cette princesse , toujours froide avec son époux quand elle n'avoit point à s'en plaindre, ne sortoit de son indifférence habituelle que pour se livrer à tous les emportemens de la colère. Il sembloit qu'elle ne connût de l'amour que les inquiétudes et la jalousie; elle pouvoit craindre et se désespérer, elle ne savoit ni aimer, ni goûter la paisible douceur de l'affection conjugale (i). Non-seulement elle accabla de reproches le roi sur une passion qu'il n'avoit encore ni déclarée ni confiée , et qu'il vouloit peut-être alors cacher à jamais et surmonter, mais elle inspira au prince de Condé tous ses soupçons et toute son aigreur. On doit rendre au roi la justice qu'il ne conçut jamais le coupable projet de séduire cette [jeune princesse ; il dit plus d'une fois à Sully (j/ue , s'il ne pou- Mémoires voit vaincre son amour , il sauroil du de Sully. moins respecter le lien sacré qu'il a^oit

(i) Tous les Mémoires disent qu'elle ctoit cFune telle violence, que, lorsqu'elle pleuroit, ses lariueâ ye couloieul p^s, elle les dunloit.

JOO HISTOIRE

1G09. formé en mariant lui-même mademoiselle de Montmorency. En effet, Henri ne fit auciine dcniarclie dont le prince de Condé pût s'offenser; la conduite de la jeune princesse fut toujours irréprochable : cependant le prince de Condé prit tout à coup l'étrange résolution de l'enlever de la coin- , de se sauver de la France , et de passer dans les pays étrangers. Il n'auroit rien fait de plus sous le règne d'un tyran sans frein et sans pudeur. 11 pouvoit empêcher la princesse daller à la cour , en fixant sa résidence habituelle dans une terre; Henri auroit pu s'en affliger, mais il éîoit incapable d'user de violence pour la faire revenir. Le prince de Condé crut sans doute que cette action seroit admirée, et qu elle doiineroit ime haute idée de son caractère, il s'abusa : le public n'approuve ces partis violens que lorsqu ils sont nécessaires ou du moins raisonnables, et celui-ci ne l'éloit pas.

Le roi , trcs-irrité d'une fuite qui proclamoit des terreurs aussi iiijurieusespour lui que mal fondées, envoya chercher Sully, et lui demanda ce qu'il y avoit à faire dans ceite circonstance : Sully réfléchit un rmjment, ensuite dit : Rien du tout, sire. Le roi répliquant que ce n étoit pas la un avis, Sully lui prouva qu'il n'y en avoit pas de meilleur, parce

ÙE HKNRI LE GRAND. âoi

que cette indifférence jeteroit un grand i6og,

ridicule sur cette incartade : « Il y a des

»> maladies, poursuivit- il, qui veulent

>• plutôt du repos que des remèdes, et je

» crois celle-ci de cette nature. M. le

)' prince se retire à Bruxelles chez Tar-

» chiduc ; il est vraisemblable que les

» Espagnols , toujours mal intentionne's

» pour la France, Taccueilleront suivant

« l'impression forte ou foiljle que son

n évasion produira ici, et que, s'ils ne

» voient que de l'indifférence, ils le re-

» cevront mal ponr s'épargner la dépense

» de le garder : alors jNI. le prince , priva

» de ses revenus, sera forcé d'implorer son

>» pardon. Comment! s'écria le roi, vous

» voudriez qu'un petit prince, mon voi-

» sin , retirât , contre mon gré , le premier

>» prince de mon sang, sans que j'en té-

» moignasse du ressentiment? Voilà un

» beau conseil! aussi n'en ferai -je rien.

n Je veux que Praslin parte dans quel-

» ques jours pour faire savoir mes inten-

» tions. »

Le prince de Condé écrivit au roi pour Le P. Dtz" justifier sa conduite , il n'en donnoit pour '"'^'• raison que des mécontcntemens de cour; il se plaignoit des ministres, surtout de Sully, et finissoit par des protestations de fidélité. Le connétable blâma hauten^ent la conduite de son gendre. L'archiduc refusa d'abord de recevoir à demeure 2. 3f

1609. le prince cle Conc.é, ensuite, par les ordres de l'Espagne, il y consentit. Le prince de Condë , par la suite, quitta Bruxelles, y laissa la princesse, et se relira à jNlilan auprès du comte de Fuentès, gouverneur de ce duché , celui de tous les Espagnols qui passoit pour haïr le plus les François. On a dit que Févasion du prince de Condé avoit décidé Henri à recommencer la Mémoires gucrre ; mais les Mémoires de Sully et {le Sully, tous les écrits dignes de foi de ce temps l'ereftxe. pjoj^jyçjjt q^ic ce projet de guerre étoit formé plus dun an avant que le prince de Condé s'éloignât de la cour, et que la f.iite de ce prince n'en fut ni la cause ni le prétexte.

Le roi fait Le différent survenu entre plusieurs tles prt'para- pi-inces d'x\llen>agne au sujet de la suc- ^'''"^' cession aux duchés de Clèves et de Juliers,

rcAusniciuC

la succès- duniia lieu aux préparatifs de guerre qui sionaux du- se firent en France. Les princes alliés de elles tie Lie- Jlgnri requirent son assistance, il la leur

vesetdeJu- -x . m t xi i i

Hers. promit, et 11 disposa tout pour la leur

jj^yj-i^^p donner promptement. Il demanda seu-r Eouteaii- ses lemcnt aux princes qu il alloit mettre alliés , se q^ possession de ces duchés , qu'ils prissent î-'m*!?,'^ ^ l'engagement de conserver la religion ca^ tholicjue dans tous les lieux où elle étoit établie. Toutes les consid 'rations politiques les plus sages se réunissoient pour décider le roi à cette guerre, qui ne pou-^ voit êtrelongue, et qui fut unaninieiuent

gaerte.

DE HE^TcI LE CnAND. 3G3

approuvée dans son conseil après mi mûr i^^oexamen.

Tous les préparatifs de cette campagn^e 1610. ëtant iinîs, Henri écrivit à larchiduc une lettre conçue en ces termes :

« jNIon frère, ne pouvant refuser à mes » meilleurs alliés et confédérés le secours » dont ils m'ont requis contre ceux qui » les v-eulent troubler en la succession »> des duchés et comtés de Clèves , Juliers, )) Lamark , Bergh, Ravensberg et P\a- » venstein , je m'avance vers eux avec j) mon armée , et parce que mon chemin » s'adi'esse à passer dans vos pays, jai 3i désiré de vous en avertir, et savoir de » vous si j\ dois entrer comme ami ou )> comme ennemi. Sur quoi , attendant » votre réponse, je prie Dieu, etc.

Le roi décida qu'en son absence la reine auroit la régence du royaume , mais avec l'aide d'un conseil dont il nomma tous les membres: c'étoient ceux qui fornioient le sien, à l'exception de Sillery qu'il vouloit emmener avec lui.

Les favoris de Marie de jMédicis persuadèrent à cette princesse qu'afin d'avoir plus de dignité aux yeux du peuple, elle devoit se faire sacrer et couronner avant le départ de Henri. Cette proposition causa beaucoiq) de chagrin au roi : ce prince représenta à la reine que cette céxcmoiiie retarderoit son départ de quinze

iCio. jours au iiiDÎns, que d'ailleurs elle catiseroit une dépense qu'il étoit bon d'épargner au moment de commencer la guerre.

La reine persista. Henri épronvoit la plus vive impalience de sortir de Paris, un instinct secret le pressoit de s'en éloigner Sacredela sans délai! Cependant sa constante bonté veine ; pies- j^g lui permit pBS de résister aux presdu roi santés instances de la reine, qui iit laire aussitôt tous les préparatifs nécessaires à cette cérémonie, dont le jour fut fixé au Mémoires i3 de mai. Plus Henri voyoit approcher de Sully. ^>g moment , dit Sully , p/us il senioit la frayeur et l'horreur redoubler dans son cmc. Il alloit à l'Arsenal confier à l'amitié ces terreurs secrètes qu'il ne pouvoit surmonter et que ses amis ne pouvoient concevoir ! Dans un état inexprimable d'amertume et d'accablement, il passoit des heures entières dans le cabinet de Sully , assis sur une petite chaise basse faite exprès pour lui. Ah! mon ami! lui di.soit-il, que ce sacre me déplaît ! Je ne sais ce que c'est, mais le cœur me dit qu'il m'arrimera quelque malheur! « En » parlant ainsi, et livré à toute la noirj> ceur de ses idées, il frappoit des doigts » sur l'étui de ses lunettes, en rêvant « profondément, et s'il sortoit de cette « triste rêverie , c'étoit pour se lever brus- » quement , en frappant des mains sur » ses cuisses et en s'écriaiil : Je mourrai

7> clanscette ville, je n'en sortirai jamais, ^^'o-

» ils me tueront ! » '

Un jour , Sully le voyant plus accablé que de coutume, lui proposa de rompre le sacre et de partir tout de suite. « Je » ne veux vous rien celer, lui dit le roi; » il faut que i.e vous avoue que Ton m'a » prédit jadis que je serois tué à une » grande magniticence que je ferois, et » (jue je mourrois dans un carrosse, et » cestcequifaitquej'y suissipeureux(i ).

» Vous ne m'aviez jamais dit cela, sire ? » répondit Sully, et en effet je me suis » plusieurs fois étonné en vous entendant » crier dans un carrosse et en vous voyant » si sensible à un si petit danger, après » vous avoir toujours vu si intrépide au » }nilieu des coups de canon et de mous- » quet, et parnn les piques et les épées! » Âlais, sire, poursuivit-il, puisque cette » opinion vous trouble jus«pi'à ce point, » remettez ce sacre à une autre fois; par- » tons , et ne rentrez de quelque temps

(T) Il n'est parlé poiitivenient tli cette'prédiction que clans les Mémoires de Sully ; mais il est assez ,siirj[)le que Henri , qui sV'toit toujoui's moqtic avec {,ii\làe roÀson àei pronostiqueurs , n'eût fuit cette étrange con(iJei)ce qu'à son ami intime et dans le moment du plus grand trouble. Il est tl'aillours irapossible de penser qu'un homme tel que le duc de Sully ai' tété capable d'inventer celte anecdote; et, sans en croire davantage à l'astrologie, il faut conveoir que ce fait est bieii extraordinaire.

obi) HISTOIRE

iGio. „ ,^i c};i,js Paris ni dans ancnn carrosse, » Voulez- vous que jenvoic tout à cette » heure à Notre-Dame et à Saint-Denis » faire tout cesser et renvo}er les ouvriers? » Je le veux, répondit le roi, dont la » physionomie s'éclaircit à cette propo- » sition; mais que dira ma femme? Elle » a merveilleusement ce sacre en tête!

» Elle dira ce qu'elle voudra, repritSully; j> mais je ne puis croire que lorsqu'elle " saura la persuasion où vous êtes qu'il » doit être la cause d un mallieur, elle j> s'y opiniâtre davantage. »

Sully se trompoit : la reine fut inébranlable dans cet ardent souhait , que Sully combattit en vain. Obligé de dire que toutes ses prières et ses supplications avoient été inutiles, il ne put engager le roi à agir avec autorité : ce prince céda. Il dit même alors qu'il se reprochoit ses craintes , que sa raison Ten faisoit rougir; cependant , cédant au noir pressentiment qui Fagitoit lorsqu'il se trou voit seul avec Sully, il ne rompoitun morne silence que pour répéter ces paroles terribles : Usine tueront, mon ami! ils me

tueront! (i).

Mèmoù-es La veille du couronnement , le roi

'^^^^'""""' s'entretenant avec le duc de Guise et

Bassompierre , conta quelque chose de

(i) Méntoii^s de Sullj , tom, 7, pag. 38i etsui?.

SI plaisant, que le duc éclata de rire: »Gio.

« Sire, lui dit le duc, votre majesté est

» certainement l'un des plus agréables

» hommes du monde , et notre destin

» portoit que nous fussions l'un à 1 autre;

» car, si vous n'eussiez été que d'une

» médiocre condition, je vous aurois eu

« à mon service , à quelque prix que c'eût

j) été; mais puisque Dieu vous a fait

3> naître un grand roi , il ne pouvoit pas

w être autrement que je ne fasse à vous.

» Le roi l'embrassa, et pourtant, reprit-

» il en soupirant, vous ne me connoissez

« pas bien, vous autres; et quand vous

» m'aurez perdu , vous verrez la diffé-

» rence qu'il y a de moi aux autres hom-

i» mes! ]NIon Dieu î sire, dit Bassompierre,

» ne cesserez-vous point de nous affliger

» en répétant que vous mourrez bien-

» tôt? » Alors Bassompierre lui fit l'é-

numération de tout ce qui se réunissoit

pour le rendre heureux. Il parla de sa

gloire, de l'amour de son peuple, de sa

bonne santé , des princes ses eiifans , de

la reine, etc. ; et le roi soupirant encore

répondit : Mon ami! il faut quitter tout

celai

Le lendemain, veille de la mort du Présages. roi, Bassompierre étant avec le duc de Guise au Louvre et à la fenêtre, ils virent tomber le mai du côté de l'escalier ijui couduisoit à l'oppartenieut du roi ,

iGio. f>i il ne jnisoit aucun vent. Ils se regailièrent tristement, et Bassom pierre dit : Je voudrais pour tout au monde que cela ne fut pas arrivé!

Ce qui excuse un peu celte superstition , c'est qu'on avoit presque généralement l'imagination noircie et troublée par une inlinité de remarques de ce genre , qu'on appeloit de mauvais pré~ sages ^ et que la tristesse du roi faisoit paroitre plus frappans encore. Il est certain que Henri, à cette époque, reçut une inlinité d'avis qu'il se tramoit des Pèrèfixe, conspirations contre ses jours. On assure ^/^'t"7'^* qu'un mois avant son assassinat, on fit ' "^ * courir en Espagne et à jNlilan le bruit de sa mort par un écrit imprimé , et qu'un Courier passant à Liège annonça publiquement qu'il avoit été tué. A Montargis , on trouva sur l'autel de la grande église un billet contenant la prédiction de sa mort prochaine. Le bruit qu'il mourroit dans cette année se répandant généralement dans toute la France , il n'est pas étonnant que les peuples, qui Tadoroient, aient cru voir partout defiii: estes pronostics ( i ). On remarqua qu'au

(i) On racontoit qu'une image de saint Louis avoit versé lies larmes ; que des religieuses, à une heure indue , avoient eulendu sonner toutes les cloches , et que l'une d'elles s'étoit écriée que c'éfoit pour les avertir de Ja mort du roi, qui fat tué leleademaim

couronnement de la reine, les armes de 1*5 'ocette princesse avoient été mal blasonnées, et qu'on y avolt rais les attributs des veuves. Le roi , en tenant sur ses genoux le duc d'Anjou, frère du dauphin , s'aperçut qu'il avoit les larmes aux yeux, il lui en demanda la cause : le jeune prince répondit qu'étant à Saint-Denis il avoit regardé fixement la statue d'un de nos rois couché sur son tombeau , et qu'il avoit cru entendre dire que cette statue étoit celle du roi. Henri embrassa le jeune prince en disant : Si c'est un présage, il ne peut q a' être heureux , puisqu'il prouve la tendresse d'un fils pour son père.

Le jour du couronnement , Henri prit le daui)hin entre ses bras , et , le montrant à tous ceux qui étoient présens, il leur dit : Messieurs, voilà votre roi.

On se rappela avec effroi la grande éclipse de soleil de l'aimée 1608, et la terrible comète, dit Péréfixe, //t' 1609! Knfin des trcmblenwns de terre, la peste qui avoit affligé Paris en 1606 , des 'monstres nés en diverses contrées de la

A Douai , un saint prêtre, en rendant le dernier soupir, dit : Je viens de voir périr le plus grand prince île l'Europe, On pourroit citer un grand nombre JMiistoires de ce genre sur ce même sujet, qui sont rapportées par riiistorien Mathieu, Morizot , et beaucoup d'autres .

SyO HISTOIRE

iGio. France ( i ) , des pluies de sang (2) , des inondaiions extraordinaires , des apparitions de fantômes (3) et plusieurs autres prodiges^ tenoicnt les hommes en crainte de quelque horrible événement.

Il n'en ttoit point de pins affrenx que la mort du meilleur des rois , et les esprits troublés, les cœurs, inquiets ettremblans, se livroieut à tontes les superstitions que peuvent enfanter la crainte et l'amour.

Couronne- Le jeudi 1 3 mai , jour désigné pour le ment de la couronnement de la reine , étant arrivé , reine, toute la cour se rendit à Saint-Denis (4) '•

(i) On pécha; dit le duc de Sully, sur plusie\;rs côtes de France des poissons extraordinaires et monstrueux.

(2) C'est-à-dire de couleur rouge; mais qui, suivant les naturalistes , ne sont point des pluies de sang.

(3) C'étoit une chasse invisible et merveilleuse, dont le duc de Sully parle fort gravement dans ses Mémoires ; on entendoit dans l'épaisseur des forêts les aboiemens d'une meute de chiens et le bruit des cors, et l'on ne découvrit jamais autre chose qu'un grand homme noir soi'tanttoutà coup //es halhei's, et s' éuanouissant dans les airs. Une multitude de paysans et une grande quantité; de seigneurs chassant avec le roi furent, dit-ou, témoins de ces merveilles. On appela le fantôme de Vhomme noir, le grand veneur.

(4) A l'exception du duc de Sully, qui s'en dispensa, sous prétexte que les médecins lui avoient ordonné de prendre des bains. « Le roi , dit-il, avoit » la (omplaisance d'assister à un spectacle qui lui X perçoit le cceur : pour moi, je restai ù Parisj te cha-

DE HENRI LE GRAND. S'] l

le cardinal de Joyeuse officia; la céré- ^^'^' nionie se fit avec la plus grande magnificence. Quelqu'un faisant remarquer au roi rimmense quantité de spectateurs placés dans l'égl'se sur des gradins , Henri répondit : Ce spectacle me faU penser au jugement dernier! Lorsque la cérémonie fut terminée, le roi , en sortant de l'église, devança la reine, il la reçut au bas de Tescalier, et comme elle faisoit difficulté de passer la première : Allons, ditil, passez, madame la réfienfe , c'est à vous de commander ici. Il lui donna la Joumalde main , et il fit jeter au peuple une grande ^ ^^o'^^quantité de pièces d'or et d'argent qui avoient étë fabriquées exprès pour cette cérémonie. Le peuple , toujours transporté d'une si douce ivresse en voyant le roi, fut, durant tout ce jour, morne et silencieux, et même , en recevant ces largesses, il ne fit éclater aucun témoignage de joie. Il n'y eut point d'acLlamations; on ne cria ni vive la reine , ni vive le roi.

La reine devoit faire son entrée à Paris le dimanche suivant 16 mai, et l'on travailloit avec ardeur aux préparatifs de cette dernière cérémonie.

)' griri que cette cérémonie causoit à Henri me l'a- )» voit rendue pres(jue aussi odieuse qu'à lui-raOme. » Tom. 7, piig. 378.

3'ji iiisToinE

iCi o. Le lendemain du couronnement , ven-

Menwires Jredi i4 r le roi éprouva un redouble- J- nient de tristesse dont tous ses gens furent frappés. Il envoya de grand matin à l'Arsenal la Varenne , son valet de chambre de confiance, dire au duc de Sully qu'il ne vouloit pas cpi'il sortît , parce quil savoit que son médecin lui avoit prescrit de garder sa chambre deux • jours; la \ areniie ajouta : « Le roi sera "^ » ici demain à cinq heures du matin , il }> m'a commandé de vous dire que rien » ne l'en peut détourner que le défaut de » votre personne ou de la sienne. 11 vous » ordonne de l'attendre demain en robe y> de chambre et en bonnet de nuit , et » de vous dire que s'il vous trouve habillé, » il se fâchera. »

Après avoir fait sa commission , la Varenne sortit, et, sans savoir pourquoi. Sullv resta plongé dans une profonde tristesse.

Journalde Le Toi sc trouva d'autaut plus acca- IL toile. ]jj(i dans la matinée de ce funeste jour, que , durant la nuit entière qui le précéda , il navoit pas goûté un instant de repos. Ou remarqua que le soir il fit une prière bcaiicoiq) plus longue que de coutume. La nuit, on l'entendit s'agiter, on s'approcha de lui, on le vit sur son ht priant Dieu à deux genoux. Dès qu il fat levé , il se retira dans son cabinet , et

DE HENRI LE GRAND. SjS

conmie il y resta plus long-temps qu'à «G»* loi dinaire , on y entra et on le trouva en prières. Il se fâcha qu'on l'eût inierrompu, en disant: Ces é^ens-ci veulentils empêcher mon bien? Il alla à la messe aux Feuillans, et, la messe fi,nie, il y resta long-temps à prier Dieu.

Après le diner, il se mit sur son lit pour dormir, l'instant daprèsil se releva triste, inquiet, rêveur, ne pouvant s'occuper et se promenant à grands pas dans sa chambre; il se jeta encore sur son lit, mais il lui fut impossible de dormir. Il demanda l'heure qu'il étoit, et dit qu'il voidoit aller à l'Ai'senal voir le duc de Sully (jui étoit incommodé et qui se baignoit. Son indécision étoit extrême; il Maihieu. sembloit lutter contre des avertissemens .secrets qui le troubloient et qu'il refusoit de croire. Il passa chez la reine ; il lui dit qu'il ne suivait que faire ; qu'il craignoit d'aller à l'Arsenal, parce qu'il déçoit y parler d'affaires et que peutêtre il se fâcherait. Il n'attendit point de réponse ; il s'approcha de la fenêtre en portant la main à son front et en disant : Mon Dieu, j'ai quelque chose hi-

dedans qui me trouble fort Je ne

sais ce que j'ai, je ne puis sortir d'ici. Enfin il demanda son carrosse. Il sortit du Louvre , suivi des ducs de ■Nlontbazon et d'Epernon , du maréchal de Lavardin ,

374 ÎTISTOIRE

1610. (îp Roqneîanre, de la Force, de Mire- Journnhle beaii ct (le Liaiicoîiit , pieniier écuyer. CEtoile. l>aris ce moment, \ ifry survint; le roi lui dii : Je n'ai besoin ni de vous ni de vos gardes; il y a quarante ans que je suis presque toujours nioi-ntcnie mon cop ifain e des gardes , je n e veux perso nne autour de nia voiture. Le cocher demandant où l'on devoit aller, Henri répondit d'un ton chagrin : Mettez~moi hors de céans. En passant devant Ihotel deLongueville , le cocher renouvela sa question, et le roi dit : A la Croix du. Trahoir. Quand il y fut, il dit avec distraciion : Au cimetière Saints-înnocens. Par la plus dijîlorahle fatalité, le roi tout à coup s'avisa de faire lever tous les mantelets de la V oilure ( i ). Si on les eût laissés baissés, le meurtrier n'auroit pu diriger ni même

porter ses coups!

On n'avoit vu aucun événement sinistre au couronnement de la reine , m.al^ré Fopinion répandue dans la ville qu'il y arriveroit quelque malheur; ce jour passé heureusement avoit calmé beaucoup dinquiéludes , et le peuple, tout-à-lait ranimé par la présence de ce roi chéri , faisoit retentir l'air sur son passage des acclamations accoutumées.

(i) Dans ce (cinps , il n^y avoit })oii)t de glaces a»ix voitures , qui n'étoient leiaices que par des maii- Ifiicts de cuir.

Henri , ordinairenieiit si tonché de ces i^io. témoignages (le Taffeclion nniverselle, y parut insensible; il ne jeta pas un seul coup d'oeil de curiosité sur les décorations dont on ornoil les rues et les places publiques pour Tentrée de la reine. Pensif et recueilli, il étoit absorbé dans une profonde rêverie , lorsque son carrosse fut arrêté au bout de la rue de la Ferronnerie par 1 embarras que formoient deux voitures, l'une chargée de vin et l'autre de foin (i). Les valets de pied du roi quittèrent le carrosse pour faire débarrasser le passage. Alors le plus exé- Le roi est crable de tous les régicides, Ravaillac , assassiné et qui suivoit le carrosse, metlepied sur un *"":,r'^' "" des rayons de la roue de derrière et du nommé ' côté où étoit le roi ; il s'appuie d'une François main sur la portière et de l'autre il frappe Ravaillac,

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