‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 108 sur 179 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Procès Teste, Despans-Gubières, Parmentier et Pellapra. — Instruction. — Nouvelles lettres remises au président de la cour par M. de Malleville. — Interrogatoire des accusés; déposition des témoins; tentative de suicide de M. Teste. — Gomdamnation des quatre accusés. — Assassinat de M** la duchesse de Praslin. — Instruction de cette affaire. ~ Suicide de M. le duc de Praslin.

L'instruction fut aussitôt commencée et suivie sans relâche. Elle n'était cependant achevée que vers le milieu du mois de juin. Il n'y a pas de crime qui se dissimule avec plus de soin que la corruption : le crédit et la qualité des personnes appelées en témoignage, leur grande expérience, la subtilité de leur langage, l'habileté de leurs démarches, rendaient encore plus difficiles, en cette affaire, les investigations de la justice, cependant on apprit bientôt que les charges s'accumulaient sur plusieurs têtes, et que les corn* missaires instructeurs, soupçonnant d'autres coupables que le général de Cubiëres, avaient décerné des mandats de comparution contre MM. Parmentier et Pellapra, intéressés, comme le général, dans l'affaire de Gouhenans, et

contre M. Teste, ancien ministre des travaux publics. M.Renouard, nommé rapporteur de la commission, présenta, le 21 juin, le résultat de cette longue et laborieuse enquête. Il évitait de conclure ; mais les circonstances dont il rendait un compte fidèle dans les termes les plus mesurés, étaienf à la fois si graves et si précises, que le procureur général, M. Delangle, ne put hésiter à réclamer la mise en accu< sation de MU. Despans-Cubières, Teste, Parmentier e( Pellapra. La* cour délibéra plus longtemps. Assemblée dans la chambre du conseil, les portes closes, elle fit attendre son arrêt pendant deux jours. Les négociations qui avaient été pratiquées pour étouffer l'affaire avaient toutes échoué ; et cependant on se demandait encore s'il n'était plus possible d'épargner à la pairie la honte de ce procès. Enfin, le 26 juin, un arrêt de la chambre du conseil rendu sous la présidence de M. Pasquier, cita devant la cour les quatre accusés.

Ils comparurent, pour la première fois, le 8 juillet. Un seul fit défaut, M. Pellapra. La veille, M. Teste avait fait remettre au roi la lettre suivante :

« Sire,

c Je dois à Votre Majesté^ en retour d*aii dévonement doit je me sais efforcé de maltiplier les preaves, la dignité de pair de France et l'honneur de siéger dans la plas hante magistratare da royanme, comme Tan de ses présidents.

« J'aborde demain nne épreuve solennelle, a?ec la ferme oonfianee d'en sortir sans avoir rien perdn de mes droits & l'estime pubUqae et à celle de Votre Majesté.

« Mais nn pair de France, un magistrat qui a eu le malheur de travers ser une accusation de corruption, se doit k lui-même de se retremper dans la confiance du souverain qui loi a conféré ce double caractère.

« Je dépose entre les mains de Votre Majetté ma dénisaîoQ de la

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dignité de {yair de France et ceJle des fonctiong de président k la eoar de cassation^ poar n*être défendo^ dans les débats qui vont s'ouvrir, qae par mon innocence.

J.-D. Teste.

« Farii, le 7 Jniliet 1647. »

Ce lai^ge plein de noblesse di^osa dès Tabord les esprits en faveur de Taocusé. Innocent, il devait agir et parler de cette manière. On ne pouvait plus, d'ailleurs, s'arrêter à ces frivoles soupçons auxquels on sacrifie trop souvent rhonneur des fonctionnaires. Dans la terrible situation où se trouvait M. Teste, ses ennemis politiques imposèrent eux-mêmes silence k de justes rancunes, pour observer son maintien^ pour étudier son langage avec l'impartialité la plus scrupuleuse. Aussi, Teffiet qu'il attendait de sa lettre ne fut-il pas contrarié.

La première audience de la oour fut consacrée tout entière à la lecture des pièces. A l'ouverture de la deuxième audience, une lumière inattendue vint édairer quelques parties de ces ténèbres. Teste et Parmentier avaient adopté le même système de défense. Parmentier disait que si la concession de Gouhenans n'avait pas été obtenue sans d'énormes sacrifices, ces sacrifices avaient été faits en pure perte par des gens de bonne foi, sur les instances d'un fripon. Qui s'était diargé de corrompre le ministre? le général Cubières. U avait reçu le prix de la corrupiion pour le transmettre. Mais il ne l'avait pas transmis. Jamais, d'ailleurs, Parmentier n'avait supposé que M. Teste fût de connivence avec le général. Gdui-ci demandait sans cesse, imaginant ou créant des difficultés pour obtenir le moyen de les aplanir ; et comme c'était un bomme considérable» qui jouissait d'un très-grand crédit auprès des ministres.

il fallait paraître le croire, et concéder ce qu'il exigeait ; mais on se réservait de le prendre dans ses pièges et de Tobliger un jour à restituer les sommes qu'il s'était fait compter. Parmentier n'avait-il pas prouvé la sincérité de cette explication, lorsqu'il avait lui-même mis entre les mains des juges civils les lettres d'où venait de sortir le procès criminel? Mais, à la deuxième audience, les juges connurent d'autres lettres; et celles-ci, loin de confirmer l'ingénieux récit de Parmentier, le démentirent ouvertement.

M. Armand Marrast, rédacteur en chef du National, avait reçu des communications qu'il avait ensuite livrées à son ami, M. de Malleville, vice-président de la chambre des députés, et celui-ci n'avait pas cru devoir, dans sa position officielle, laisser ignorer à la justice l'existence des pièces qui devaient exercer tant d'influence sur l'issue de l'affaire.

Des lettres, écrites en l'année 1846, par Cubières et par Vellapra, établissaient clairement que les négociations suivies entre le ministre des travaux publics et la société de Gouhenans avaient eu Pellapra pour agent principal. On y trouvait, en outre^ un long détail de toutes les fourberies que le général Cubières reprochait à ses complices, les accusant de vouloir mettre à sa charge la somme totale des sacrifices, après avoir recueilli la meilleure part des profits de la concession. Aussitôt que ces documents eurent été rendus publics, les esprits commencèrent à mieux se diriger dans le labyrinthe des transactions véritables et des contrats fabriqués pour dissimuler la vérité. Sur l'habild déposition de Parmentier, bien des gens auraient absous le ministre et condamné le général comme le plus effronté des escrocs. La correspondance remise par H. de Mallevilld

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