‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 109 sur 179 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

à M. le président de la cour des pairs, donnait à penser que Parmentier et Pellapra s'étaient entendus pour engager l'inexpérience peu stoîque du général dans une coupable intrigue, et pour escompter ensuite à gros intérêts ou ses remords ou ses terreurs.

Le terrain était donc préparé par cette communication pour la défense du général Cubières. Cependant il évita de s'y établir ; car prouver de cette manière qu'il n'avaif pas, suivant les termes de l'article 405 du Code pénal, escroqué M. Parmentier, c'était avouer la part qu'on Taccusait d'avoir prise à la corruption d'un ministre, crime plus grave et plus sévèrement puni par Tarticle 179 du même Code. Les réponses du général Cubières furent d'abord pleines de circonspection. Dans ses explications vagues, évasives et confuses, il voulait ménager tout le monde, et n'accepter pour lui-même d'autre tort que celui d'avoir écrit, avec trop de passion ou de légèreté, sans prévoir le sens qu'on pourrait donner un jour à ses paroles, des lettres qui devaient rester confidentielles. Mais l'accusation ne lui permit pas de se maintenir longtemps dans cette difficile réserve. Pressé de questions par le président, par le rapporteur, mis en contradiction avec lui-même et contrain de chercher sans cesse des équivoques pour en expliquer d'autres, enfin vaincu par cette torture morale qu'éprouvent toujours en mentant ceux qui ne savent pas mentir, il se troubla, prononça des paroles imprudentes, voulut^ mais ne sut pas les rétracter, et se compromit en compromettant ses complices.

On lui montrait, dans une de ses lettres, ces phrases adressées à Pellapra : « Vous ne m'avez avancé aucune somme, quoique j'aie mentionné le contraire, et il ne s'agit,

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en effet, qve de satisfaire am exigences éhontées de H. . . . qui a Toulu réaliser nn bénéffee à mes dépens et sans dente aux vôtres, là oà la probité la pins ordinaire lui commande d*y renoncer. J'aurais iû me rérolter plus tôt, je Tavone, contre ces exigences éhontées ; je pouraîs les repousser dès le moment ou elles se sout prodaites, et, si je ne m'y suis pas déterminé, e'est que f ai cédé à des considérations qnî nous étaient personnelles et qui prenaient leur source dans mon très-ancien attachement pour tous. Aujourd'hui je ne Tevx plus être la victime et la dupe de M . . . . Mon parti est pris de me laisser actionner, ponr me soustraire, s'il est possible, à sa rapacité, afin de ne point payer ce que je n'ai jamais dû, et, par conséquent, afin de récupérer ce que je n'étais point tenu de payer. Je ferai donc connaftre tons les faits sous la foi du serment, et si, par impossible, j'étais condamné à payer faute de pièces écrites suffisantes, j'aurai du moins le plaisir d'avoir éclairé le public sur la nroralité deM...., en le forçant à se parjurer. Il m'en contera d'agir contre un de vos amis ; mais, à ma place, vous n'anriei pas attendu si longtemps, et vous ne vous seriez pas laissé duper un seul moment.

« Avant d'en venir à cette extrémité, je tous demande, an nom de famitié, de faire une tenta tiye auprès de M...., pour le ramener à des sentiments d'équité. Je vous prie d'insister pour qu*il me décharge d'une amende exorbitante dont il n'avait pas le droit de me frapper; enfin, pour obtenir qn'il rende ce qu'il a reçu de vous, et q»'il eesse de l'exiger de moi qui n'ai profité de rien. Vous devei y parvenir facilenrent, car il a confiance en vous. Il est, dit» w, devenu très-riche, et il ne doit pas être insensible an Biaintien de sa répvtation, que sa position âevée dans b

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magistrature lui fait, plus qu*à tout autre, un devoir de conserver intacte, y»

Et quel était donc, lui denaandait le président, ce haut magistrat qui persécutait aiilsi de ses exigences éhontées les principaux actionnaires de la mine de Gouhenans ? Â une question, si précise et circonscrite en de telles limites par les indiscrétions épistolaires de l'accusé, il ne pouvait répondre qu'en nommant M. Teste. Il le nomma. Dès lors, il tenta vainement de revenir à ses réticences : il en avait perdu la trace ; et comme on ne lui donnait pas le loisir de la rechercher, il s'engagea davantage dans cette voie large et facile de la vérité oii l'habileté de l'interrogatoire l'avait amené malgré lui.

L'interrogatoire de M. Teste eut un tout autre caractère. Avocat de grand renom, non moins versé dans la procédure que dans les affaires, il ne pouvait se laisser intimider par la mise en scène d'un procès criminel ; il ne pouvait se laisser arracher par des questions adroites ces réponses que la conscience fait tout bas, mais auxquelles il faut rapidement en substituer d'autres, sans embarras visible, sans effort apparent.

Aux premiers mots que prononça M. Teste, on vit bien qu'il avait préparé sur tous les points le système de sa défense, et qu'il voulait prendre le ton fier et indigné d'un homme que le soupçon ne doit pas atteindre. Des gens s'étaient concertés pour solliciter une concession, et leur demande avait, en effet, passé sous les yeux du ministre compétent. Ces gens, comme tous les solliciteurs, avaient fait et fait faire de nombreuses démarches, et, durant le cours de l'instruction administrative, le ministre avait été visité par son collègue, M. de Cubières, par son

ancien client, M. Pellapra, tous deux intéressés dans l'affaire. Devait-il, pouvait-il refuser de les entendre, quand ils venaient l'éclairer sur une question qu'il avait à résoudre? L'usage autorise ces conférences, et assurén)ent la loi ne les condamne pas. Que s'était-il passé depuis ? Il l'ignorait. Les propriétaires de Gouhenans, ayant obtenu leur concession, avaient, dit-on, fait ensemble des traités, signé des actes, échangé, vendu des actions ; et les uns accusaient les autres de dol, de trahison, et même d'escroquerie. Il ne connaissait rien de ces tristes affaires et n'en voulait rien connaître. Un ministre des travaux publics n'a pas à s'occuper des négociations honnêtes ou déshonnêtes que peuvent pratiquer ensemble, à leur profit ou à leur préjudice, les concessionnaires des entreprises autorisées. Le règlement de ces débats est à la charge du juge civil. Voilà ce que disait M. Teste, et quand on lui montrait les lettres du général, où il était clairement désigné comme ayant mis à prix les faveurs de l'administration, comme ayant effrontément réclamé le salaire de ses complaisances, il répondait qu'on avait abusé de la crédulité du général, et que, si l'on avait reçu de l'argent de ses mains, on l'avait gardé.

Ainsi M. Teste se défendait en accusant M. Pellapra, MM. Parmentier, de Cubières, les commissaires de la cour et leur rapporteur, tout le monde avait été joué par cet habile homme. Chargé d'être auprès du ministre l'interprète, le négociateur de la compagnie de Gouhenans, il avait imaginé toutes les circonstances du crime, et, ayant exploité la naïve confiance de ses commettants, il avait pris la fuite avant un débat qui devait le confondre. Les juges avaient ensuite recueilli les déclarations faites de bonne foi

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