‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 115 sur 179 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ment du duc de celui de la duchesse. Ils n'espèrent plus parvenir à leur maîtresse que par cette voie. A leur grand étonnement, c'est celle-là qu'ils trouvent ouverte, et ils arrivent dans la chambre à coucher. La lutte a cesssé, tout est rentré dans le silence, et les persiennes fermées interdisent encore l'accès de ces lieux à la lumière du jour. Mais une lampe est apportée, et ses rayons vont éclairer un corps étendu sur le parquet : c'est celui de la duchesse! Sa tête est appuyée sur le canapé ; elle n'a d'autres vêtements que sa chemise inondée de sang ; son front, son cou, ses bras, ses mains, présentent plus de trente plaies^ larges et profondes, et le dernier souffle de vie s'est retiré de ce corps mutilé : ce n'est plus qu'un cadavre. Mais tout Tient témoigner que la résistance a été longue, et que la malheureuse femme n'a pas succombé sans se défendre. Le lit complètement défait et couvert de sang ; de grandes taches de sang souillent les rideaux de mousseline brodée qui l'entourent ; le marbre blanc de la cheminée, les cordons de sonnettes, les murs, les portes, les verrous, offrent les horribles empreintes d'une main ensanglantée; le sang qui a rejailli jusqu'à huit pieds de haut sous les coups du meurtrier inonde les candélabres, les glaces, le globe de la pendule, les tentures. Quel est l'auteur de cet abominable crime?

Entendant les cris des domestiques, lé duc se présente à la porte du grand salon qui s'ouvre sur la chambre à coucher de la duchesse. Il demande la raison de ce tumulte, et, quand on lui montre la duchesse couchée par terre, dan? une mare de sang, il s'écrie : « Vit-elle encore? » Et portant la main à son front : « Qu'est-ce qui a fait cela ? qu'est-ce qui a fait cela ? Âh ! pauvre femme ! pauvre femme ! Quel est le monstre qui l'a assassinée ? i> Puis il

porte ses mains sur le cadavre, et va se jeter sur le lit sanglant.

Arrivent à la fois les commissaires de police des quartiers du Roule et des Champs-Elysées, et les docteurs Simon, Canuet et Raymond. Quelque temps après, M. le procureur général, M. le préfet de police, M. le juge d'instruction Broussais, M. le procureur du roi, se rendent sur le lieu du crime. Au premier examen des lieux, ils remarquent un chemin de sang qui traverse le cabinet, l'antichambre et le couloir qui conduisent des appartements de la duchesse à ceux de son mari. Interpellé sur cette étrange circonstance, le duc répond qu'éveillé par les cris de sa femme mourante, il a couru vers elle, lui a prodigué des soins inutiles, et s'est ensuite retiré dans sa chambre couvert de sang. Les soupçons que fait naitre cette réponse sont bientôt confirmés par la découverte de divers linges encore humides et imbibés d'un mélange de sang et d'eau, et de plusieurs instruments homicides trouvés, tachés de sang, dans la chambre du duc. On l'interroge ; il explique mal ces incidents dont le concours semble aux magistrats dénoncer le meunier. On procède à la visite de son corps, et l'on y constate huit légères excoriations qui paraissent être le résultat d'une lutte; il ne rend pas un compte plus vraisemblable de ces blessures. On croirait qu'il n'entend pas ou ne comprend pas les questions qui lui sont adres^ sées. Cependant, quand les magistrats lui déclarent que ses réponses équivoques le compromettent, il feint une indisposition subite et se retire. 11 passe alors dans une petite pièce 011 il avait un dépôt de toutes sortes de breuvages pharmaceutiques. Quelques minutes après, il en sortait empoisonné.

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