CHAPITRE XI
terminant son discours il définissait ainsi Tobjet de la réunion : <( II ne s'agit de rien qui soit en dehors des lois et de la constitution ; il s'agit, par une réforme légale, conslitutionnelle, pacifique, de restaurer les principes delà révolution de juillet, ces principes qui viennent d*étre si éloquemment revendiqués par mon ami, M. Barrot. Il s'agit d'arracher ainsi la France à l'exploitation systématique dont elle est la victime trop patiente. Nous le pouvons, si nous le voulons tous avec persévérance, avec accord, sans récriminer sur le passé, sans anticiper sur l'avenir. » Nous constatons, avec les journaux du temps, que ces paroles furent accueillies par des applaudissements unanimes, et, si nous interrogeons nos souvenirs, ils nous disent que ces applaudissements étaient sincères. Tout le monde voulait croire que la réforme était possible, et quelle devait être eflScace.
M. Sénard, président des électeurs du comité de l'opposition de Rouen, se leva pour porter un toast à la ville de Paris. M. Marie, député de Paris, avait été chargé de lui répondre. Celui-ci laissa bien entrevoir qu'après la réforme électorale , après la réforme parlementaire , le parti du progrès aurait encore quelques vœux à former : « Mais, dit-il, à chaque jour son œuvre, et, pour arriver sûrement au but, il ne faut pas trop se presser. » Parlant au nom de l'extrême gauche, et forcé d'expliquer à son tour comment on s'était rapproché, comment s'était constituée cette ligue réformiste contre laquelle déclamaient à la fois et les journaux du gouvernement et ceux du parti le plus contraire, M. Marie devait déclarer que M. Barrot ne lui avait pas demandé de sacrifices, et qu'il n'avait fait à M. Barrot aucune condition. On s'était concerté dans un
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but honnête; on avait mis ses efforts en commun pour combattre une mauvaise loi dans son principe, et dans se.^. conséquences, le gouvernement personnel et la corruption : n'était-ce pas assez pour une campape? Â un avenir plus ou moins prochain le règlement des autres affaires ! Les confédérés devaient-ils alors se désunir et rechercher d'autres alliances? On le prévoyait. Il était permis de le prévoir : mais Talliance actuelle n'en était pas moins utile, pas moins loyale.
D'autres toast furent encore portés : A V amélioration du sort des classes laborieuses^ par M. Grisier ; à la presse, par M. Riglet ; aux députés de V opposition^ par M. Hamelin. MM. Gustave de Beaumont, Chambolle, Frédéric Degeorge et de Malleville prirent la parole pour leur répondre.
Dans tous ces discours, un même esprit : pas un mot inconstitutionnel, mais de dures apostrophes à l'adresse d'un gouvernement corrupteur et corrompu, de chaleureuses protestations contre Tindifférence ou l'apathie des masses, de vifs témoignages d'une mutuelle confiance, et déjà des chants de triomphe, comme si la main divine venait d'écrire sur le drapeau de la réforme : Tu vaincras parce signe! L'effet de cette manifestation ne se fit pas attendre. Le Journal des Débats s'efforça de prouver que la gauche dynastique venait de se suicider en pact^sant avec les démagogues ; la i?^/brme déclara, de son côté, que, pour s'être engagés dans cette ligue réformiste avec M. Barrot, avec M. Duvergier, les radicaux du iYArtonalàvaienl trahi la sainte cause. A l'un de ces propos il suffisait d'opposeï l'autre, et ils eurent l'un et l'autre peu de succès. De Paris Tagitation réformiste se propagea dans les départements, €t au banquet du Château-Rouge succédèrent d'autres