‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 131 sur 179 · CHAPITRE XIK · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIK

avaient disparu : ce parti d'intrigants et de dupes, que l'ambassade française avait prétendu former elle-même, avec les débris de la fraction grégorienne et quelques timides approbateurs des réformes pontificales, s'était dissous de lui-même à la nouvelle de l'invasion autrichienne ; les grégoriens avaient quitté Rome où ils n'étaient plus en sûreté, les autres s'étaient laissé entraîner par l'émotion générale, et on les entendait dire eux-mêmes que l'agression de l'Autriche était une violation des traités, un attentat contre Tindépendance italienne. L'indépendance italienne ! Dès que ce mot fut prononcé, notre ambassadeur écrivit que désormais la bonne cause était perdue, que les exaltés dominaient le souverain pontife, et qu'il ne pouvait plus le soustraire à leur fatale influence. Vers le même temps arrivèrent à Paris des dépêches de Livourne^ de Turin, annonçant que, dans ces villes, on parlait aussi delà vieille patrie, et que Charles- Albert avait; de sa bouche royale, promis de concourir à la défense du sol italien. A Lucques, on s'était soulevé. Un soulèvement bien plus considérable venait d'éclater en SicilC; et l'on allait peut-être voir finir le règne abhorré du Bourbon de Naples. Tous les plans de H. Guizot étaient renversés. Il ne voulut plus s'occuper de l'Italie.

C'est alors que le cabinet de Londres s'en occupa davantage. Un des collègues de lord Palmerston, lord Minto, fut chargé de se rendre dans ce pays, de le parcourir en tous les sens, d'en observer attentivement l'état moral, et d'encourager le parti de la liberté, s'il le trouvait digne de ces encouragements. Lord Hinto n'avait pas été longtemps à reconnaître que la haine de l'Autriche et le désir des réformes étaient dans tous les cœurs italiens deux sentiments d'une égale énergie, et, loin de conseiller VindifTérence et

la résignation, il avait favorablement reçu les visites et les confidences de ces hommes pleins d'une généreuse ardeur, que M. Guizot signalait à nos chargés d'affaires comaie des pestes publiques. Partout sur son passage il avait ref u des témoignages de respect ; partout il y avait lépondu par des paroles amies. La France avait lâchement abandonné ses alliés naturels : l'Angleterre recueillait tous les profits de cette faiblesse.

Louis-Philippe s'était rapproché de rAulriche pour s'introduire par cette porte dans le conseil des rois : H. Guizot, ministre, docile, malgré la raideur affectée de ses manières et le ton personnel de ses discours, avût, de son eôté, recherché la confiance de M. de Metternich, et ne l'avait obtenue que par une entière soumission. Bien triste rôle ! mais il ne répugnait pas trop à M. Guizot, car il trouvait chez M. de Metternich quelques passions qui répondaient aux siennes, Torgueildu pédagogue n'étant pas moins offensé que l'orgueil du prince parTinfluence toujours croissante des idées révolutionnaires et des personnes engagées dans le parti de la révolution. En Suisse et en Italie, comme en France, M. Guizot prétendait être le plus habile ou le plus redoutable adversaire du radicalisme, et l'impopularité qu'il avait acquise lui paraissait la plus glorieuse des récomj)enses. Il l'avait assurément bien méritée.

Personne ne demandait au gouvernement d'aHer audelà des Alpes exciter des passions déjà trop ferventes, provoquer l'Autriche, et remettre en question la paix du monde : mais personne n'ignorait que cette malheureuse Italie avait l'incontestable droit de refaire ses constitntionst sans consulter les convenances de l'Autriche, et l'on regardait comme un devoir strict pour la France d'accepter.

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