CHAPITRE XIII
fets pouvaient faire pour la contenir, c*est que la force des choses hâtait la fin d*un régime réprouvé. Quelques élections eurent lieu, dans ces derniers mois de Tannée 1847, et elles prouvèrent que, même dans le pays légal, la corruption avait fait moins de progrès que la réforme.
A Dieppe, le ministère présentait M. Lebobe; M. Osmont, candidat de Topposition, obtint la majorité des suffrages. Vers le même temps, M. Dumas, aide de camp du roi, demandait le renouvellement de son mandat aux électeurs de Rochefort. II les représentait à la session de 1846; mais promu récemment au grade de maréchal de camp, il venait, aux termes de la loi, courir les périls d*une réélection : les électeurs nommaient à sa place M. Baroche, avocat au barreau de Paris, signalé moins encore par son talent que par la ferveur de ses opinions libérales et la bonne renommée de sa conscience. Â Toulouse, M. Pages ; à Florac, M. Daudé^ l'un et l'autre candidats de l'opposition, obtenaient la préférence sur les candidats minislériels. Ces succès ne devaient pas, il est vrai, déplacer la majorité ; mais du moins, ils attestaient que le pays se décidait à prendre parti contre le ministère. Ordinairement l'opposition était battue dans les élections partielles, le ministère y portant toutes ses forces. Ces quatre victoires étaient d'autant plus significatives. À Paris, le gouvernement reçut une leçon plus rude encore. Il s'agissait de présenter une liste de douze candidats aux fonctions de maire et d'adjoints pour le deuxième arrondissement. Les candidats de l'opposition étaient MM. Berger , Baroche , Lupin, Lagneau, Scdillot, Treilhard, Ducorps, Fourneyron, Lefebvre-Martineau, Goudchaux, de Monfleury et Flon. Cette liste passa toute entière malgré les efforts
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du gouvernement. Ce qui lui rendait cette échec plus péoio bte, c'est qu'après avoir vu se détacher de lui les quartiers habités par la population ouvrière, et ensuite les quartiers où les petits commerçants sont en majorité, il voyait les quartiers de la haute banque et de la grande boutique passer à leur tour dans l'autre camp. A un second scrutin, le candidat préféré du gouvernement, le maîpe désigné d'à* vance par H. Duchâtel, M. Dailly^ n'avait que 300 voix, et son concurrent, M. Flon, en obtenait 1,219. Le comité de l'opposition avait déployé beaucoup de zèle : cela est vrai. M. Berger ne s'était pas reposé : Ofi en convient. Mais, en d'autres temps, la même activité n'avait pas été récompensée par cette éclatante victoire. M. Duchfttd ne pouvait faire sans douleur cette triste comparaison. La bourse, sensible à toutes les variations de l'atmosphère politique, baissa dans le même jour de 40 centimes : c'était presque une crise.
Au ministère de l'intérieur, on disait que l'auteur de tout le mal était H. Guizot; qu'avec son goût pour la grande politique^ il avait conduit les affaires au rebours des intérêts^ des sentiments du pays ; et que le pays exprimait par ses votes hostiles une désafection que H. Guizot, tout seul, avait provoquée. Les familiers de M. Guizot, et» s'ils n'étaient pas nombreux, ils avaient une grande jactance et confiaient volontiers leurs plaintes ii tous les vents; les familiers de M. Guizot assuraient que l'unique embarras de la situation était le mauvais renom de M. Duchilel; qu'il avait exaspéré les consciences timorées par le cynisme de ses pratiques ; que la corruption voulait être dissimulée par la dignité du maintien, et que M. Duchâtd était complètement dépourvu de ce prestige. Ces accusations étaient