‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 136 sur 179 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

fondées : de part et d'autre, on alléguait de justes griefs. Mais les difficultés de la situation étaient devenues beaucoup trop graves, pour que la simple retraite de M« Ducliâtel, ou celle de IL Guizot, pût toutes les résoudre. Où conseillait au roi de sacrifier Tun ou l'autre ; il ne se rendit pas à cet avis. U aurait été beaucoup plus sage de les congédier Tun et l'autre : mais en cédant sur les personnes, il fallait, pour composer un nouveau ministère, céder encore sur les choses, et le roi ne le voulait pas.

Les chambres étaient convoquées pour le 28 décembre. Dès le 20, un grand nombre de députés étaient arrivés à Paris. L'opposition, presque certaine d'être vaincue aux épreuves du scrutin, montrait néanmoins beaucoup d'ardeur, et même quelque confiance. Cette confiance, auraitelle su la justifier ? Non, sans doute. Rien ne pouvait faire présager le désaveu du sjstème soit par les ministres, soit par les chambres. On avait parlé, pendant quelques jours^ d'un changement de cabinet : mais on n*en parlait plus. Les aides de camp du roi n'entretenaient en particulier aucune des notabilités parlementaires. Les ministres paraissaient calmes et assez ums, puisqu'ils n'affichaient aucun désaccord. Cependant les membres de l'opposition s'abordaient avec un visage souriant, tandis que les conservateurs étaient mornes, taciturnes, et semblaient accablés par le pressentiment d'un grand désastre.

Le 28, le roi se présentait à la chambre et lisait d'une voix altérée le discours du trône. Ce discours ae contenait ordinairement que des phrases vides : on n'y trouvait aucun engagement pour l'avenir, le roi n'aimant pas à s'engager ; et, comme il n'était pas plus oirieux d'appeler l'attention des diambres sur les affaires présentes, il se

contentait chaque année d'apporter à la tribune quelques banales redites, où Ton avait ensuite beaucoup de peine à trouver la matière d'une controverse. Le discours de 1847 devait ressembler et ressemblait aux autres. Le roi s'exprim'dt en ces termes sur l'ensemble des affaires extérieures : « Mes rapports avec toutes les puissances étrangères me donnent la confiance que la paix du monde est assurée. J'espère que les progrès de la civilisation générale s'accompliront partout de concert entre les gouvernements et les peuples, sans altérer l'ordre intérieur et les bonnes relations des États. » On ne pouvait moins dire. Pas un mot d'encouragement à l'adresse du pape, de Léopold, de Charles-Albert ; pas une marque de sympathie aux populations italiennes; pas une plainte sur l'attentat de Cracovie. La Suisse avait, du moins, obtenu les honneurs d'ut paragraphe spécial. Il était ainsi conçu : ce La guerre civile a troublé le bonheur de la Suisse. Mon gouvernement s'était entendu avec les gouvernements d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse et de Russie, pour offrir à ce peuple voisin et ami une médiation bienveillante. La Suisse re* connaîtra, j'espère, que le respect des droits de tous et le maintien des bases de la confédération helvétique, peuvent seuls lui assurer les conditions durables de bonheur et de sécurité, que l'Europe a voulu lui garantir par les traités. » Soit ! mais avant de négocier cette tardive et vaine médiation, dont la Suisse n'avait entendu parler qu'après la déroute du Sunderbund, qu'avait fait le gouvernement pour prévenir la guerre civile ? On ne le disait pas. On ne voulait pas même déclarer pour quel parti l'on avait fait des vœux. Un seul passage de ce discours pouvait servir de texte aux commentaires ; c'est celui dans lequel le roi,

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