‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 139 sur 179 · CHAPITRE mu · texte numérisé non relu

CHAPITRE mu

founé Tambitieux projet de conquérir ee vaste empire, moins, sans doute, par les armes, que par Tinfluenee de son nom. Tandis que l'armée française allait soumettre la grande Kabylie, sous la conduite du maréchal Bugeaud, et terminait cette campagne, au mois de mai, par la prise d'Azrou, l'émir travaillait au succès de son entreprise, envoyait sur toutes les terres de l'empereur des missionnaires zélés, qui semaient Tagitatioiii annonçaient la venue du saint vengeur de Tislamisme, entraînaient les paysans et débauchaient méo^e les principaux officiers de l'armée. De toutes parts, on accourait au-devant de lui. Au nombre de ces transfuges il compta bientôt le fils du précédent empereur, qui, se plaignant d'avoir été dépossédé de son trdae par les caupables intrigues de Muley-Abd-er-Rhamao, venait ofirir à un autre prétendant ses services et ceux de ses nombreux amis. Dès que l'émir fut à la tête d'une aroiée, il déclara ses projets et se mit en campagne.

Il eut d'abord quelques succès ; mais l'empereur et ses deux fils étant venus à sa rencofitre avec des forces considérables, les transfuges commencèrent à trembler, et quelques tribus^ dent la foi douteuse inspirait des craintes légitimes, vinrent d'elles-méo^s demander à marcher les premières contre l'émir rebelle. Bientôt les deux armées furent en présence. Enfermé dans un cercle assez étroit, ayant devant lui l'empereur, qui s'était avancé lesteiBent, mais en occupant tous les passages, et derrière lui la frontière française qu'il savait trop bien gardée, Abd-el^ Kader comprit qu'il devait (enter de grands coups. Son armée n'était qu'une poignée d'hommes ; mais ces hommes, habitués au combat, méprisaient oomoae une vile cohue les nombreuses légions que l'empereur trainait à sa suite. U se

mit à leur tête et les conduisit, durant une nuit sombre de décembre, sur un des camps marocains. Ce camp fut livré presque sans résistance. Mais le jour venu, les fuyards se rallièrent, et Tintrépide agresseur se vit contraint de faire une prompte retraite. Il se retira vers la Malouîa, rivière qui, coulant du sud au nord, va se jeter dans la Méditerranée à quelques lieues de la frontière française. Il fut poursuivi non sans quelque vigueur. S'avançant à la hâte et par fortes masses, les milices impériales occupaient toutes les issues, couronnaient toutes les éminences. Il ne pouvait faire aucune diversion, il ne pouvait pratiquer aucun stratagème, et, resserré chaque jour dans un espace plus étroit, il commençait à désespérer de sa fortune.

Arrivé sur les rives de la Malouîa, il prit la résolution de la traverser, espérant ainsi rompre le cercle qui le tenait emprisonné. On était au 21 décembre. Ayant tout préparé pour le passage de la rivière, il se mit en mouvement ; mais aussitôt les phalanges marocaines se précipitèrent sur sa faible troupe et engagèrent un combat qui parut un instant décisif. Cependant après avoir fait de grandes pertes, désormais irréparables, Abd-el-Kader franchit la rivière et se dirigea, sans rencontrer d'autres obstacles, vers nos possessions. Son projet était de fuir au plus vite avec les meilleurs de ses cavaliers et de regagner le désert. II se rendrait alors chez les Beni-Snassen, tribus dévouées, et, laissant en paix l'empereur, il recommencerait à guerroyer contre les chrétiens.

Le général Lamoricière fut informé de ce projet, ou le soupçonna. Aussitôt il fit garder tous les chemins. Dans la nuit du 22 décembre, deux cavaliers se présentèrent aux avant-postes français, déclarant qu' Abd-el-Kader les en-

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voyait offrir sa soumission. Elle fut immédiatement acceptée.

Le lendemain 23, Abd-el-Kader se rendait au marabout de Sidi-Brabim, oii il était attendu par le colonel Hontauban. Les généraux Lamoricière et Cavaignac ne tardèrent pas à les joindre, et, une heure après, Àbd-el-Kader était dans le village de Nemours, Tancien Djemma-Chazaouat, en présence du gouverneur général de TÂlgérie, le duc d'Aumale.

Ayant déposé ses sandales sur le seuil, Abd-el-Kader fut introduit devant le prince et lui dit : c< J'aurais voulu faire plus tôt ce que je fais aujourd'hui ; j'ai attendu Theure marquée par Dieu. Le général m*a donné une parole à laquelle je me suis fié. Je ne crains pas qu'elle soit violée par le fi)^ d'un grand roi comme le roi des Français. » Il offrit ensuite au duc d'Aumale un cheval de soumission.

Cette parole, que le général Lamoricière avait donnée, et qui fut confirmée par le duc d'Aumale^ était un engagement téméraire. Avant de se soumettre, Abd-el-Kader avait demandé qu'on le conduisit à Alexandrie ou à Saint-Jeand'Acre. L'occasion qui se présentait pouvait échapper ; le général Lamoricière n'était pas certain que tous les défilés des montagnes fussent gardés par nos troupes ; il craignait et avait lieu de craindre que l'émir, voyant sa conditiou rejetée, ne prît sa course à travers le désert, pour en revenir un jour recommencer là guerre sainte à la tête d'une autre armée ; il promit ce qu'on demandait, s'estimant heureux peut-être de faire à si bon compte une prise de cette importance. Mais le gouvernement ne devait pas ratifier cette promesse. Embarqué dans la soirée du 34, sur le Solon avec ses femmes, ses enfants et ses serviteurs, Abd-

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el-Kader était rendu, le 25 au maUn» dans la rade de Mersel'Kébir. Il fut de là dirigé sur Toulon, pour être interné dans une ville du territoire français.

£n recevant cette grande nouvelle, le ministère s'eoapressa de la répandre. Des crieurs publics Tannoneèrent dans les rues de la capitale, avant même qu'elle fût parvenue aux journaux ordinairement les mieux informés. On se réjouit d'apprendre que nos possessions d'Afrique étaient désormais délivrées de leur plus redoutable ennemi; mais aucune voix ne fut entendue adressant au gouvernement les actions de grâces dont il se montrait avide.

On ne s'inquiétait que des prochains débats de la chambre élective.

La commission chargée de rédiger l'adresse fut composée de MM. Bussières, Muret de Bord, Plougoulm, Yitet» Couture, Saglio, d'Angeville, d'Haussonville, d'Hauber* saert. M. Guizot n'eut pas fait lui-même d'autres choix. Il était donc satisfait : la nuijorité lui restait fidèle. 11 n'avait plus qu'à se préparer à soutenir les vains assauts de U minorité. On accusait le ministère d'avoir compromis au dehors le nom de la France en de honteuses intrigues; M. d'Hausson ville était là pour répondre que notre diflo^ matie avait fait des prouesses. On l'accusait d'avoir, audedans, avili les fonctions publiques en pratiquant ou en patronnant la corruption ; M. d'Haubersaert devait aisément confondre cette calomnie. M. Guizot s'entretenait dans eei espoir, quand un nouveau procès fut l'occasion d'un noU'» vean scandale.

Un sieur Petit, ancien directeur des postes, sollicitait, e» 1844, la recette particulière de GorbeiL Le secrétaire intime de M. Guizot, M. Génie, lui fit savoir que le titulaire àà

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cette recette allait obtenir de Tavancement ; mais que, pour obtenir sa place, iJ fallait mettre à la disposition du gouvernaient une démission de conseillef à la cour des comptes, Au début de cette négociation, le gouvernement B*avait besoin, disait IL Génie, que d'une charge de référendaire de seconde classe ; il s'agit plus tard d'une charge de référendaire de première classe ; aifin, H. Petit apprit avec douleur qu'il n'aurait la recette de Gorbeil qu'en livrant une charge de conseiller-mattre. Décidé toutefois à faire les plus grands sacrifices^H. Petit rechercha ce qu'on lui demandait et se présenta quelque temps après à M. Génie avec une démission de conseiller-maître : il l'avait obtenue en signant un engagement de six mille francs de rente, réversible sur h tète de la femme du conseiller démissionnaire. En eouséi quence, il avait été nommé receveur à Corbeil, le S4 décembre 1844. Voilà ce qveU. Petit racontait lui-même, ne dissimulant aucunecircoostance, n'épargnant aucune preuve; et, pour expier sa faute, il se démettait d'une fonction acquise par de tels moyens.

Ainsi, d'une part, il était avéré que les charges de la cour des comptes étaient l'objet d'un ignoble trafic D'autre part, on apprenait que le gouvernement vendait des recettes particulières pour récompenser avec le prix de cette venlCj des services occultes, des dévouements d'un ordre subalterne.

Cette révélation produisit un grand effet. Quand M. Guizot avait connu l'existence du mémoire accusateur, il avait envoyé M. Achille Fould près de l'honorable avocat que le sieur Petit avait chargé de ses intérêts. Mais cette démarche n'avait pas eu de résultat. On demandait la suppression du mémoire : M. Petit, croyant que son honneur l'obligeait à

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tout dire, n'avait pas voulu consentir à cette suppression.

Occupé de tant d'autres affaires, M. Guizot fut accablé par ce coup. Avait-il ignoré jusqu'alors ces honteuses transactions ? On devait en douter, puisqu'elles avaient eu lieu dans son cabinet. M. Duchâtel, que n'épargnaient pas les amis de H. Guizot, ne fut peut-être pas très-sensible aux chagrins de son collègue. H. Hébert feignit de n'avoir pas même ouï parler de cette affaire. Quant à M. de Salvandy,ce personnage à la fois grave et facétieux, il venait de descendre un instant des hauteurs sublimes où les génies méconnus aiment & chercher une retraite, et, pour servir à sa manière la cause commune, il avait suspendu le cours de M. Hichelet. Puis il était rentré dans le repos. Le plus grand désordre régnait dans son empire ; le conseil royal était insurgé contre son outrecuidance; les professeurs des collèges adressaient aux chambres des pétitions où ils dénonçaient vertement sa tyrannique impéritie : mais il s'en inquiétait peu. L'Académie française venait de le satisfaire, en plaçant M. Vatout sur le fauteuil de Massillon.

La discussion de l'adresse s'ouvrit le 10 janvier à la chambre des pairs. A la chambre des députés, la commission n'avait pas encore, à cette date, terminé la rédaction de ce projet.

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